L’éclairage paysager

Jeux d’ombres et de lumières

L’éclairage paysager est la touche finale qui change tout dans l’appréciation du jardin. Il bonifie l’aménagement paysager au clair de lune alors que le jardin s’enveloppe de mystère et se révèle dans une tout autre beauté. Pour atteindre ce résultat, les mots d’ordre sont harmonie et subtilité, insistent toutefois les spécialistes qui nous dévoilent ici leurs secrets.

L’éclairage paysager

Un jardin la nuit

C’est sur cette chaleureuse propriété de Saint-Basile-le-Grand que le fermier Fardoche, figure paternelle et bienveillante, captivait des « enfants » en tunique géométrique et une première génération Passe-Partout rivée à son petit écran. De ce terrain de jeu rénové de fond en comble, il reste aujourd’hui un souvenir affectueux, une anecdote cocasse, une vieille grange mise en lumière de magnifique façon et des arbres dont le vécu et la majesté s’illuminent à la nuit tombée, créant ainsi une nouvelle magie.

Dominique Filion a démarré sa petite entreprise à 16 ans, outillé d’une tondeuse et d’une volonté à toute épreuve. Cinq ans plus tard, il faisait l’acquisition d’une vieille maison de campagne et de dépendances patinées par un passé coloré. Du territoire de Fardoche, le paysagiste a fait un domaine. La modeste ancestrale a triplé de volume et son terrain, gagné en luxuriance. Plus de 225 lampes illuminent une végétation judicieusement implantée sur 5000 m2 de terrain, et modulent le décor dans l’obscurité.

« L’éclairage au jardin crée l’ambiance. Il faut le vivre pour en comprendre l’impact », soutient Dominique Filion en nous invitant à constater par nous-mêmes l’effet des faisceaux de lumière qui créent chez lui un décor végétal enveloppant et donnent l’impression d’entrer dans sa grande cour de campagne comme dans un immense salon.

L’éclairage vient bonifier ce qui est en place, déclare-t-il. « Évidemment, ça prend un bel aménagement paysager ! Sans ça, c’est comme d’éclairer une pièce sans décor. »

En revanche, la nuit pardonne les défauts qui ne passent pas inaperçus le jour, que ce soit un feuillage abîmé par endroits ou des zones moins travaillées. L’idée étant de mettre en lumière les points forts du jardin pour faire en sorte de profiter de sa beauté, ou de « ses bijoux », dirait Dominique, quand le soleil fait place à la lune.

« L’effet est très théâtral. Un jardin bien éclairé est souvent plus beau encore la nuit que le jour. Ça crée une poésie et une atmosphère incroyables. »

— Dominique Filion, paysagiste

Un intérêt chaque jour de l’année

L’intérêt d’un bon éclairage au jardin est à la fois esthétique et pratique. Il est la touche finale qui permet de jouir de la cour le soir, au moment où on est souvent plus disposé à y passer du temps et à se relaxer. On en profite cependant tout autant de l’intérieur de la maison, fait valoir le designer d’éclairages extérieurs Pierre-Yves Pagé, de Splendeurs de nuit. L’éclairage paysager permet de prolonger le décor intérieur vers le jardin. Les fenêtres, plutôt que d’être de grands carrés noirs ou de se transformer en miroirs, deviennent alors des tableaux qui renvoient un décor végétal sublimé, fait-il remarquer.

Cependant, rares sont ceux qui investissent dans l’éclairage avec autant de conviction que dans leur aménagement paysager, déplorent les experts. Il n’est pas rare de voir des éclairages pensés uniquement pour leur fonctionnalité : une lumière puissante éclaire l’entrée ou une zone de circulation, alors que le reste du jardin est plongé dans le noir. L’aspect esthétique n’exclut pas le côté utile de l’éclairage, souligne Pierre-Yves Pagé. Un chemin peut très bien être éclairé par la plate-bande qui l’entoure qui, elle, est mise en valeur.

Des lumières trop espacées sont également chose fréquente, constate Dominique Filion. « Pour obtenir un bel effet, il est préférable de bien éclairer une petite section du jardin plutôt que d’étaler quelques luminaires aux quatre coins du terrain. La modération est importante. Tout est question d’équilibre entre la quantité de lumière, sa puissance et l’angle des faisceaux. »

Une erreur fréquente est d’utiliser des sources lumineuses trop puissantes. Or, il vaut mieux en disposer davantage, mais de façon plus atténuée, que de chercher à économiser avec une source d’éclairage qui monopolise l’attention et éblouit, comme c’est le cas avec un lampadaire. Dans la même veine, l’éclairage des éléments architecturaux de la maison devrait se fondre dans l’ensemble et non prendre le dessus sur l’éclairage du jardin.

Dans tous les cas, on retient que le résultat doit être doux, et l’éclairage, chaud et enveloppant. On oublie les lumières froides et bleutées et encore davantage un mélange de deux types de lumières (chaudes et froides).

Les aires et spécimens à favoriser

Les aires de vie extérieures (espace repas, lounge, piscine ou jeux) et l’aspect sécuritaire des lieux devraient d’abord être assurés. Toutefois, il n’est pas nécessaire d’éclairer directement un passage ou une table pour s’assurer de voir ses convives ou de mettre les pieds aux bons endroits.

Dans une seconde étape, on veille à éclairer le périmètre du jardin pour donner vie à l’ensemble du terrain qui devient autrement une zone sombre à l’infini ou délimitée par les lumières du voisin. De beaux végétaux, des textures intéressantes, un beau cabanon, des accessoires comme une fontaine ou une sculpture sont autant d’éléments qui peuvent être mis en valeur.

« Ça doit être conçu pour être intéressant de l’extérieur, mais surtout de l’intérieur de la maison. On est dehors quelques soirs par année, mais on est à l’intérieur à longueur d’année avec une vue vers l’extérieur », relève Pierre-Yves Gagné. Selon les dimensions de la cour, l’éclairage de massifs de végétaux, d’un bel arbuste, d’un accessoire visuellement intéressant ou d’un arbre viendra agir comme un trait d’union.

« Il faut éviter d’éparpiller les sources lumineuses au jardin sans objectif. Elles devraient servir à mettre en valeur ce qu’on a de plus beau à montrer. »

— Jean Collerette, d’Ambiance Lumière

« Les arbres sont les végétaux qui ont souvent le plus d’impact sur l’ensemble. Ils structurent l’espace, donnent de la hauteur et du volume au jardin, explique le concepteur d’éclairages extérieurs Jean Collerette, d’Ambiance Lumière. Suivent ensuite les lits de plantation et les arbustes. Comme l’éclairage s’étale sur quatre saisons, il faut prendre en considération son effet en hiver, alors que les feuillus se dégarnissent et que plusieurs vivaces s’éclipsent.

À moins d’une bonne bordée de neige ou d’habiter dans une région où l’hiver est rigoureux, les flocons ont généralement tendance à fondre sur les appareils. « L’éclairage finit par fonctionner dix mois et demi sur une période d’un an. Si une partie du terrain est ensevelie sous la neige durant cette période, on peut s’assurer d’avoir un appareil dissimulé dans une clôture ou sur la maison pour prendre la relève quand le reste de l’éclairage est hors fonction », conseille Pierre-Yves Gagné.

Éclairage paysager

L’éclairage au jardin en cinq questions

Quel budget prévoir ?

Si on s’en remet aux professionnels, on devrait prévoir un investissement équivalent à 1 ou 2 % de la valeur totale de la propriété pour éclairer son jardin, estime le designer de Splendeurs de nuit. Le paysagiste Dominique Filion chiffre quant à lui ce montant à 5 ou 10 % du total déboursé pour l’aménagement paysager. Parfois jusqu’à 10 ou 15 %, selon la grosseur du projet, évalue Jean Collerette, d’Ambiance Lumière.

La planification d’un éclairage paysager exige des connaissances techniques et un œil artistique, mais il n’est pas hors de portée des amateurs. Si on en est au début de son aménagement, l’idéal est de se garder une marge de manœuvre pour l’éclairage en prévoyant de passer un conduit sous les allées pavées ou bétonnées, comme c’est le cas autour d’une piscine, pour y passer éventuellement les fils. Même chose si on construit un bac à fleurs dans un muret. Lorsque le filage passe sur un terrain végétal, il doit tout simplement être enfoui à une profondeur d’environ quatre à six pouces dans le sol ou dissimulé sous un paillis.

Comment éclairer les différents végétaux ?

On éclaire généralement les arbres et arbustes du dessous, de la base vers le haut, pour souligner le tronc et le dessous du feuillage. Une ou plusieurs sources lumineuses peuvent aussi être disposées sur le côté pour éclairer la canopée. Comme le feuillage des résineux est dense, il s’éclaire souvent bien du haut de l’arbre vers le bas. Quant aux plates-bandes, pour une superficie de 10 pi sur 20 pi, on ne mettra pas une seule lumière, mais plutôt quatre ou cinq, soit un appareil d’éclairage (souvent un faisceau diffus éclairant vers le bas ou une lampe de sentier) tous les six à huit pieds.

Cela dit, il n’y a pas de recette qui s’applique à tous les jardins. Certains végétaux ont le potentiel de projeter des ombres intrigantes sur une structure, par exemple. Un autre éclairage raconterait une histoire. Une fois que le principe de base est intégré, le reste est une question de créativité.

Au bout du compte, c’est l’effet qui compte et ce dernier devrait être harmonieux, chaleureux et sans source lumineuse qui monopolise l’attention. On retient qu’on veut voir ce qui est éclairé et non l’appareil qui éclaire, lequel devrait donc être dissimulé.

Quels appareils choisir ?

Il existe une grande diversité d’appareils d’éclairage pour arriver à ses fins. L’offre dans les grandes surfaces est toutefois plus restreinte. Mais le véritable problème est souvent lié à la qualité, ce qui se solde par des appareils peu durables, selon les spécialistes. C’est le cas entre autres des lumières solaires, vendues à prix abordables et faciles à installer, mais peu fiables. « Le problème est aussi que ça allume, mais que ça n’éclaire pas vraiment. Au bout du compte, ça fait beaucoup de plastique et de pollution », selon Pierre-Yves Pagé.

De plus en plus populaires, les guirlandes de lumières de style bistro obtiennent une critique favorable des spécialistes. « Ça permet de donner vie à un espace de façon très intéressante et c’est parfois ce que ça prend pour obtenir un bel effet, assure le designer qui en a d’ailleurs installé sur sa terrasse. Ce type d’appareil crée l’effet recherché en général, soit plusieurs sources lumineuses douces, généralement des lumières incandescentes d’environ 11 W, ce qui équivaut à des DEL de 1 W. »

Le luminaire, comme ses connexions, devrait être étanche pour survivre aux intempéries et à notre climat. Mieux vaut se tourner vers des magasins spécialisés en éclairage ou les jardineries. Un bon éclairage bien planifié a le potentiel de durer une trentaine d’années.

Si le budget le permet, préconiser des appareils en cuivre, en laiton ou en acier inoxydable. L’aluminium anodisé contient une couche de protection supplémentaire si on le compare à l’aluminium non traité, mais il finit souvent par se corroder au Québec.

Les luminaires sont reliés par des fils à basse tension spécifiquement conçus pour l’éclairage paysager à un transformateur à bas voltage, lui-même branché à une prise électrique. Une seule prise électrique est souvent suffisante pour éclairer l’ensemble d’un terrain de 10 000 pi2. Comme il s’agit de bas voltage, l’intervention d’un électricien certifié n’est pas nécessaire. L’ajout d’une minuterie munie d’un détecteur de clarté ou programmée avec les fuseaux horaires est un incontournable pour ne pas avoir à gérer l’éclairage au quotidien.

Lumens ou watts ?

Les paysagistes travaillent avec des appareils à DEL dont la puissance oscille entre 1 et 8 W. Ce n’est pas tant le nombre de watts (qui représentent la consommation d’énergie) que la quantité de lumens (qui correspondent à la quantité de lumière émise) qui est à considérer lors de l’achat. Pour obtenir un éclairage doux, les 200 à 300 lumens sont généralement utilisés, à moins d’avoir à éclairer un arbre très volumineux qui requiert alors de 600 à 700 lumens.

Énergivore, l’éclairage de jardin ?

Les DEL sont de plus en plus efficaces en matière de consommation d’énergie et utilisent peu d’électricité, répond Pierre-Yves Pagé, qui évalue à moins de 20 $ par année les coûts liés à un éclairage paysager pour un terrain standard de banlieue. « Ce n’est pas un argument valable pour évacuer cet investissement ou le choix de l’électricité comme mode d’éclairage. »

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