Série 3/4 Mon endroit zen

LA VIE AVANT LA MORT

Cet été, Pause prend l’air. Le mardi, nous suivons des passionnés dans leur endroit zen. Car on a tous un coin bien à nous où l’on se réfugie, en quête de calme. Cette semaine, on se retrouve sur le mont Royal, au cimetière Notre-Dame-des-Neiges.

Les gardiens des cimetières sur le mont Royal le connaissent très bien. Chaque semaine, Alain Tremblay passe de longs moments à marcher entre les monuments et les tombes, sur la montagne.

Il s’attarde particulièrement au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, où il nous donne rendez-vous. À la tête de l’Écomusée de l’au-delà, un organisme voué à la protection des cimetières et à la diffusion d’informations sur ceux-ci, il consacre sa vie à ces sanctuaires.

Lugubre ? « Pas du tout ! », répond-il, avant de nous entraîner dans chacun de ses endroits préférés, tantôt couverts de fleurs sauvages, tantôt offrant une vue imprenable sur l’oratoire Saint-Joseph et l’Université de Montréal.

Le temps d’une promenade sous le soleil, entre les tombes d’Émile Nelligan et d’Henri Bourassa, Alain Tremblay nous entraîne dans son havre… on ne peut plus paisible.

Que retrouvez-vous comme état d’esprit lorsque vous êtes dans ce cimetière ?

Quand tu arrêtes de considérer un cimetière comme un lieu triste, représentant seulement la mort, tu entres en communion avec le lieu. Ça dépend de l’heure, mais il y a plusieurs beaux coins. C’est un endroit où j’aime marcher. Des fois, je mets de la musique dans la voiture et je marche pas trop loin, je mets le son assez fort pour l’entendre – de toute façon je suis toujours tout seul, car il y a de moins en moins de monde dans les cimetières. Ensuite, je profite du paysage et je me repose. […] La plus belle heure pour se trouver ici est au coucher du soleil, l’été, mais c’est dommage, le cimetière ferme maintenant ses portes bien avant.

Donc, c’est surtout la fonction de parc des cimetières qui vous touche.

Regardez comme il fait beau. Si vous venez ici quand il fait chaud, il fait au minimum cinq degrés de moins grâce à tous ces arbres. Vous serez toujours à la fraîche. C’est agréable, n’est-ce pas ? Où peut-on entendre des oiseaux, comme ça ? Et les feuilles dans les arbres ? C’est agréable ! Même dans le parc La Fontaine, c’est impossible. Il y a des valeurs d’ancienneté dans les cimetières, mais je préfère le paysage : je me concentre sur le romantisme des lieux.

Croyez-vous que c’est la peur des morts, de LA mort, qui fait que vous êtes si peu nombreux à profiter de ces parcs urbains ?

Peut-être. C’est encore méconnu. Quand tu meurs, tu n’existes plus. Et ça, c’est très angoissant. Et c’est pour ça que le cimetière existe, pour donner la possibilité aux morts d’avoir une nouvelle forme d’existence. D’avoir un lieu. D’être. C’est un peu flyé, mais c’est ça ! On le voit : des gens marquent leur espace avec des petites clôtures, des plantes… C’est comme une ville… la ville des morts.

Quand avez-vous eu cette révélation, cette découverte qu’un cimetière offre ce type d’environnement paisible ?

J’ai fait ma première visite au cimetière au début du mois de juillet 1980, et j’ai découvert que c’est extraordinaire. Je pouvais en apprendre sur notre histoire au cœur d’un parc ! L’architecture, les formes, les dessins sur les monuments, les épitaphes… on en apprend beaucoup ! Au début, mes proches ne comprenaient pas mon intérêt. Je pense qu’ils croyaient que j’étais un peu malade. Finalement, des passionnés de cimetières, il y en a ! Ils n’avaient juste jamais été réunis auparavant.

Cet intérêt pour les cimetières doit vous amener à réfléchir à la mort…

C’est évident que je réfléchis beaucoup à la mort. Passer du temps ici, ça me donne la chance d’avoir beaucoup de temps à consacrer à la réflexion sur le sens de ma vie, le sens de la mort, ce que je fais sur terre. C’est bien. […] Je ne suis pas censé le dire, parce qu’on va m’empêcher de le faire, mais je veux que mes cendres soient dispersées dans de beaux endroits précis de ce cimetière, ces endroits que je préfère.

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