Contestation du coup d’État

Escalade de la répression

La Birmanie a connu samedi sa journée la plus meurtrière depuis le coup d’État du 1er février, avec deux manifestants tués par les forces de l’ordre.

Près de trois semaines après le putsch, la mobilisation prodémocratie ne faiblit pas des grandes villes aux villages reculés du pays. Face à cela, malgré le concert de protestations internationales, l’armée ne cesse d’accentuer la pression, avec de plus en plus d’évènements rapportés ces derniers jours.

Samedi, les tensions se sont rapidement intensifiées à Mandalay entre la police et des protestataires antijunte, dont des ouvriers en grève d’un chantier naval.

Craignant des arrestations d’employés du chantier, certains manifestants ont lancé des projectiles sur les forces de l’ordre, qui ont tiré.

« Deux personnes sont mortes, dont un mineur qui a reçu une balle dans la tête, une trentaine ont été blessées », a indiqué Hlaing Min Oo, chef d’une équipe de secouristes volontaires.

Selon lui, « la moitié des victimes ont été visées par des tirs de balles réelles », les autres ont été blessées par des munitions en caoutchouc et des tirs de lance-pierres.

« Ils ont frappé mon mari et ont tiré sur lui et sur d’autres. Il ne faisait que regarder, mais les soldats l’ont emmené. »

— Une résidante de Mandalay

Les tirs à balles réelles ont également été confirmés par des médecins travaillant sur le terrain, sous le couvert de l’anonymat par crainte de représailles.

Plus d’une dizaine de personnes ont été interpellées, d’après des médias locaux.

Sollicitée, la police n’a pu être jointe pour commenter ces informations.

« Notre martyre »

Le pays s’est réveillé sous le choc. « Où est la justice ? », « Stop terrorisme », « Combien de vies doivent être prises avant que le monde réagisse ? », pouvait-on lire sur les réseaux sociaux.

Les funérailles de la jeune Mya Thwate Thwate Khaing, blessée par balles le 9 février et décédée vendredi, devaient avoir lieu ce dimanche.

Des hommages ont débuté la veille à Rangoun, capitale économique du pays. Des manifestants ont déposé des roses blanches et rouges devant son portrait avec de petits messages : « Tu es notre martyre », « Nous ne t’oublierons pas ».

La junte a, de son côté, fait état de la mort d’un policier en début de semaine.

L’escalade de la violence en Birmanie a provoqué de nouvelles condamnations internationales.

« L’usage de la force meurtrière, de l’intimidation et du harcèlement contre des manifestants pacifiques est inacceptable. »

— António Guterres, secrétaire général de l'ONU, sur Twitter

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a appelé « l’armée et les forces de l’ordre à mettre immédiatement fin aux violences contre les civils », indiquant que l’Union européenne allait « prendre les décisions appropriées ».

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE doivent se réunir lundi pour discuter d’éventuelles sanctions.

Sanctionner les conglomérats ?

Des mesures coercitives visant uniquement certains généraux – comme c’est le cas de celles annoncées par les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni – ne suffiront pas, ont averti plusieurs ONG, exhortant à viser aussi les puissants conglomérats contrôlés par les militaires.

Pékin et Moscou, alliés traditionnels de l’armée birmane aux Nations Unies, considèrent, eux, la crise comme « une affaire intérieure » au pays.

La junte fait fi des condamnations. Les vagues d’arrestations de responsables politiques, de militants ou de grévistes se poursuivent. Près de 570 personnes ont été interpellées depuis le 1er février, et seules une quarantaine relâchées, d’après une ONG d’assistance aux prisonniers politiques.

Les connexions internet ont été coupées pour la septième nuit d’affilée, avant d’être restaurées dans la matinée.

La peur des représailles est très forte en Birmanie, où les derniers soulèvements populaires de 1988 et de 2007 ont été réprimés dans le sang par l’armée.

Malgré cela, parallèlement aux manifestations de rues, les appels à la désobéissance civile se poursuivent avec des médecins, des enseignants, des contrôleurs aériens ou des cheminots toujours en grève.

Les protestataires réclament l’abolition de la Constitution très favorable aux militaires, le retour du gouvernement civil et la libération des détenus, dont Aung San Suu Kyi, 75 ans.

L’ex-dirigeante, tenue au secret depuis son arrestation, est inculpée pour des motifs non politiques, accusée d’avoir importé « illégalement » des talkie-walkies et d’avoir violé une loi sur la gestion des catastrophes naturelles. Une audience est prévue le 1er mars.

Les militaires ont justifié leur coup d’État en invoquant des fraudes aux législatives de novembre, remportées massivement par le parti de la Prix Nobel de la paix. Ils ont promis de nouvelles élections.

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