Un appartement classique sobrement rénové

Si les résidences grandioses sont généralement celles qui font la une des magazines, la simplicité et l’accessibilité peuvent aussi être source d’inspiration. Dans cet appartement typique de Montréal, le designer-propriétaire a misé sur la sobriété en dosant bien ses interventions.

« Ce n’est pas un château », affirme tout de go Louis-Philippe Pratte en nous ouvrant la porte de son condo. Le designer industriel, fondateur d’À Hauteur d’homme (Hh), une entreprise qui conçoit des cuisines et du mobilier écologique, a l’habitude des projets à gros budgets, certains réalisés en collaboration avec les plus grands bureaux d’architectes montréalais.

« On a découvert qu’on pouvait faire de super rénos au Québec, c’est le fun, mais en même temps, ça coûte cher », constate-t-il. Ainsi, il souhaite envoyer un message de « raisonnabilité », en harmonie avec le propos de son essai La méthode Y – Penser et vivre la déconsommation, publié en avril dernier.

« Je trouve qu’il y a une surenchère de la grandeur nécessaire [pour vivre]. Je ne suis pas dans la misère. C’est quand même grand pour quelqu’un qui habite seul. »

— Louis-Philippe Pratte, fondateur d’À Hauteur d’homme

Mais peut-être plus pour longtemps, puisque c’est un projet d’adoption, qui pourrait débloquer très bientôt, qui l’a amené à déménager dans ce condo de 1000 pi⁠2.

Sis à l’étage d’un duplex, sur une jolie avenue de l’arrondissement de Verdun, l’appartement est de construction classique avec ses planchers de bois franc, ses moulures et sa pièce double à l’avant.

Louis-Philippe Pratte y a emménagé à la sortie du premier confinement en 2020. Un évènement ayant été bénéfique pour sa quête immobilière, puisqu’il a déposé son offre d’achat à l’aube de cet inattendu confinement qui aura eu pour effet d’éloigner la compétition.

Rapidement, il a vu du potentiel dans cet appartement qui avait conservé son cachet d’origine, mais dont la cuisine et la salle de bains appelaient à une modernisation. Le designer estime à environ 100 000 $ la somme investie pour cette rénovation.

Exposer et choisir

Adepte du minimalisme, il a opté pour une cuisine où le rangement est en grande partie exposé, un pas que peu sont prêts à franchir, admet-il. Mais pour lui, ce choix apporte un côté convivial et européen.

« C’est l’idée de dire : “je ne veux pas en avoir trop”. Il faut choisir. Chaque tasse ou à peu près vient d’un voyage. Tout est là pour une raison. Je n’ai pas besoin d’avoir 12 coupes à vin. »

— Louis-Philippe Pratte, fondateur d’À Hauteur d’homme

Sur le mur, il a installé des tablettes en MDF qu’il a peintes, un aménagement simple et économique, dont lui-même avait sous-estimé l’impact visuel. Il y expose notamment ses bocaux de vrac, une motivation supplémentaire pour intégrer ce type de consommation dans son mode de vie.

Ce choix d’aménagement, sans armoires traditionnelles, a notamment été rendu possible par la présence d’une grande armoire garde-manger.

La conception du mobilier est aussi inhabituelle. Dans une optique de recherche et développement, il a choisi une cuisine sans caissons, mais en chêne blanc. Voilà quelques années que le designer remet en question le système de caissons qui nécessite une grande quantité de panneaux en particules de bois. En 2019, Hh a lancé un système dans lequel les caissons sont remplacés par une structure d’acier. Cette fois, il avait envie de se tourner vers le bois massif, avec des tablettes coulissantes, créant un effet de mobilier chaleureux et intemporel, pas du tout ostentatoire, qui s’intègre bien dans l’appartement.

Une salle de bains japonaise

Son attachement pour le bois s’observe d’autant plus dans la salle de bains. Inspirée du style japonais, où les matériaux naturels sont très présents, la pièce est entièrement recouverte de grandes feuilles de contreplaqué de bois.

« On ne s’attend pas à ça dans un appartement comme celui-là », reconnaît Louis-Philippe Pratte. Ne souhaitant pas la présence d’un rideau de douche, il a installé des panneaux rétractables qui peuvent s’ouvrir de part et d’autre du bain-douche pour éviter les éclaboussures. Un compromis qui n’est pas parfait, puisqu’il l’oblige à passer un coup de chiffon après.

Au plancher, on retrouve également du contreplaqué, mais si c’était à refaire, il opterait pour du bois massif, plus durable et tout aussi harmonieux.

Outre les portes et fenêtres qu’il a remplacées l’été dernier, la seule autre modification apportée à l’appartement est l’ajout de portes en verre et en acier pour séparer les deux sections de la pièce double, qui ont des fonctions distinctes, soit celle de salle à manger/bureau et celle de salon. « C’est l’une des choses dont je suis le plus satisfait. Le verre ajoute de la réflexion, comme de la lumière. » Pour l’instant, le choix est surtout esthétique, mais l’arrivée éventuelle d’un enfant pourrait le rendre fort utile.

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