Emmanuel Besnier, PDG de Groupe Lactalis

Une présence grandissante au pays

Déjà présent au Québec depuis l’acquisition de Parmalat en 2011, Groupe Lactalis, le plus important transformateur laitier au monde, a consolidé sa position industrielle chez nous en concluant en mars 2021 l’acquisition d’Aliments Ultima, fabricant des yogourts IÖGO, IÖGO nanö et Olympic, qui appartenait à Agropur. Emmanuel Besnier, PDG de Groupe Lactalis, raconte le cheminement de cette entreprise familiale, fondée en 1933 par son grand-père à Laval, en France.

« Mon grand-père a débuté comme simple fromager, il y aura bientôt 90 ans, en fabriquant six camemberts par jour. L’entreprise s’est développée localement de façon naturelle jusqu’à ce que mon père en prenne la direction en 1955.

« Il a ouvert l’entreprise à la fabrication de tous les produits laitiers, lait de consommation, beurre, yogourts… et en 1968, il a lancé la marque nationale Président », relate Emmanuel Besnier.

À la fin des années 1970, la fabrication d’un camembert pasteurisé permet à la marque Président d’amorcer les ventes à l’exportation, puis en 1981, Groupe Lactalis réalise une première acquisition dans l’État du Wisconsin, aux États-Unis.

Emmanuel Besnier succède à son père en 2000 et l’entreprise poursuit activement son expansion internationale, alors que son chiffre d’affaires passe de 4 milliards d’euros à 22 milliards d’euros (30 milliards de dollars canadiens) en 2021.

« On est aujourd’hui le plus gros transformateur laitier au monde avec une présence dans 50 pays. On a réalisé beaucoup d’acquisitions par opportunités. On réinvestit continuellement dans le développement du groupe. »

— Emmanuel Besnier, PDG de Groupe Lactalis

Près de 40 % du chiffre d’affaires de Lactalis provient des ventes de fromages, le reste étant partagé entre le lait de consommation, le beurre, les yogourts et les produits dérivés du lait. En 2000, le groupe réalisait les deux tiers de ses revenus de ses activités en France ; aujourd’hui, celles-ci ne représentent plus que 20 % de ses revenus totaux.

Le transformateur laitier exploite 270 sites de production et emploie 85 000 personnes dans les 51 pays où il est présent.

Le Canada, 2e marché au monde

Lactalis a d’abord consolidé sa position en Europe en faisant l’acquisition en 2006 du groupe italien Galbani pour devenir le leader de la mozzarella et du parmesan en Italie. Puis, en 2011, l’entreprise française a fait l’acquisition de Parmalat, un autre groupe italien qui avait des activités au Canada, en Amérique du Sud, principalement au Brésil, et en Australie.

« On a réalisé une offre publique d’achat qui nous a permis de nous implanter solidement dans ces trois régions. Au Canada, on a acquis les marques de Parmalat, dont Béatrice, Lactantia, Astro et Black Diamond », précise Emmanuel Besnier.

Du coup, le Canada est devenu le deuxième marché en importance de Lactalis après celui de la France, et Parmalat est devenue Lactalis Canada lorsque le groupe a, en 2018, privatisé complètement l’entreprise qui était encore inscrite à la cote de la Bourse de Milan.

En 2019, Lactalis a poursuivi sa consolidation du marché canadien en absorbant la division de fromages naturels canadienne de la multinationale Kraft Heinz et ses marques Cracker Barrel, P’tit Québec et aMOOza, au coût de 1,6 milliard.

Deux ans plus tard, Lactalis a racheté la division Aliments Ultima d’Agropur et ses marques de yogourts IÖGO et Olympic.

« Aujourd’hui, on opère 26 sites au Canada, dont 19 usines de transformation. Au Québec, on a notre usine de fromages de Victoriaville, notre usine de yogourts de Granby et notre usine de lait à Montréal. On a 16 marques au Canada », précise Mark Taylor, président de Lactalis Canada, qui participait à la rencontre avec Emmanuel Besnier.

Le coût d’acquisition d’Aliments Ultima n’a pas été dévoilé, mais le PDG de Lactalis Canada confirme que cette transaction a permis d’ajouter plus de 300 millions à son chiffre d’affaires canadien.

« On a de l’ambition pour nos activités au Québec et au Canada. On a beaucoup investi pour améliorer la productivité de notre usine de Victoriaville, tout comme on vient aussi de le faire à notre usine de yogourts de Granby. On a ajouté des marques et du volume à nos activités. »

— Emmanuel Besnier, PDG de Groupe Lactalis

Parce qu’il en faut, du volume, dans le secteur de la transformation laitière pour espérer faire ses frais et générer une rentabilité alors que les marges de profit de l’industrie tournent autour de 2 %, précise-t-il.

Importations de fromages fins

Lactalis exporte la moitié de sa production de fromages fabriqués en France vers les marchés étrangers. Important producteur de fromages d’appellation d’origine protégée, l’entreprise a-t-elle profité de la hausse des quotas d’importation de fromages étrangers, en raison du libre-échange, de 20 000 à 37 000 tonnes par année entre l’Europe et le Canada ?

« On n’a pas vu de hausse significative. Il faut dire que les ventes de fromages importés représentent moins de 2 % de nos ventes annuelles au Canada. On produit au Canada et on vend au Canada », estime Emmanuel Besnier.

« C’est la même chose en Italie. On est le premier groupe agroalimentaire en Italie, mais on est Italiens en Italie, nos équipes de direction sont italiennes. Au Canada, on est un producteur canadien », insiste-t-il.

Alors qu’on a longtemps observé une grande indifférence de la part des grands groupes industriels français à investir au Québec, on assiste depuis quelques années à des rapprochements comme viennent de le faire Lactalis avec Ultima ou Michelin avec Camso ; pourtant, Couche-Tard s’est fait virer de bord rapidement quand elle a voulu lancer une OPA sur le géant français de l’alimentation Carrefour.

« Il faut préciser que Carrefour est un important client de Lactalis et Couche-Tard aussi est un client important pour nous au Canada. J’aurais bien aimé que Couche-Tard vienne chez nous, mais ç’a été une décision politique, j’ai suivi l’affaire dans les journaux comme vous », observe le PDG.

Lactalis est une entreprise familiale et va le rester. Son PDG ne voit aucun avantage à ouvrir le capital de cette multinationale française.

« On a plus d’autonomie, on est plus rapides, on ne dépend pas des marchés et il y a une quatrième génération qui va se préparer, mais je suis encore jeune et je compte bien continuer à diriger le groupe », précise le PDG.

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