Entrevue avec l’animatrice de L’île de l’amour

Déjouer l’ennui avec Naadei

Son passage remarqué à Occupation double l’a fait connaître du grand public. « Maman » du groupe, habile communicatrice et concurrente avisée – avouons-le, on se demandait parfois comment elle avait atterri là –, Naadei Lyonnais est aussi mannequin, auteure-compositrice-interprète, reporter et maintenant animatrice. Dès dimanche, elle tiendra la barre de la nouvelle téléréalité L’île de l’amour, sur les ondes de TVA. Résumé d’un appel Montréal-Los Cabos.

« Dans ma tête, on est encore hier soir ! », s’exclame Naadei. De notre côté de l’écran, le soleil est déjà bien haut dans le ciel. Mais à Los Cabos, au Mexique, il se lève timidement. « Quel jour on est, déjà ? Mercredi, jeudi ? Je ne sais plus ! Ici, on fonctionne juste avec des numéros. »

C’est au troisième jour du tournage de L’île de l’amour que La Presse s’est entretenue avec elle. L’avant-veille, les insulaires (oui, la production est au courant que Los Cabos n’est pas une île, mais dans la version originale de l’émission, Love Island, les concurrents sont appelés les « Islanders ») ont déposé leurs bagages dans la luxueuse villa où ils cohabiteront pendant les prochaines semaines.

Le concept de l’émission ? Dix célibataires aux corps bien coupés devront former des couples dès la première semaine, et ce, sans savoir si le courant passe réellement. Entre les éliminations et les échanges de partenaires, de nouveaux insulaires rejoindront la villa et brouilleront les cartes.

L’humoriste Mehdi Bousaidan fera la narration, tandis que Naadei assumera le rôle d’animatrice. Elle-même ex-candidate d’un jeu d’amour, la femme de 35 ans s’estime bien placée pour guider les célibataires dans leur aventure.

« Je suis capable de me mettre dans leurs souliers. Quand je m’adresse à eux, je vois les questions passer dans leurs yeux. Je sais exactement ce qu’ils se demandent. Pour nous, c’est de la télé, mais pour eux, c’est la réalité. Mon travail, c’est qu’ils se sentent bien. »

— Naadei Lyonnais, animatrice de L’île de l’amour

Tant qu’elle n’a pas à partager la villa avec eux : « Thank God ! J’ai assez donné à OD ! »

Maintenant qu’on en parle… Nous lui posons la question directement : « C’était stratégique, ta participation à Occupation double ? À peine quelques mois après ton passage à l’émission, TVA te confie cet énorme mandat… » (L’île de l’amour devait initialement être filmée au printemps dernier, mais sa production a été reportée en raison du contexte sanitaire.)

« J’aurais aimé te dire oui ! rigole Naadei. J’aurais aimé être aussi intelligente, être la fille qui place super bien ses cartes. Mais malheureusement, non. Ce n’était pas du tout planifié. Un peu comme Occupation double. Les plus belles expériences de ma vie ont souvent été des surprises. »

L’ennui ? Connais pas !

Aujourd’hui, Naadei est animatrice. Hier, elle était auteure-compositrice-interprète, mannequin, journaliste… « Je ne tiens plus la liste ! »

Parmi ses faits d’armes : des collaborations internationales avec Booba, 2Chainz et Wyclef Jean (elle a assuré la première partie de sa tournée en Afrique et en Europe), et des participations au festival Montreux Jazz (Suisse), à Ultra Music Fest (États-Unis) et à Osheaga. En 2017, elle a été recrutée par VICE Media à titre de reporter, puis en 2020, par Télé-Québec, pour animer un documentaire d’enquête sur le vol d’identité. Et on sait aussi que, quelque part dans les cartons, un album solo attend toujours d’être dévoilé au grand jour.

Bref, dites-le, Naadei l’a sûrement déjà fait.

« Ce n’est pas par ennui, prévient-elle. C’est probablement l’un des seuls sentiments que je ne ressens pas. Et ce n’est pas que je me lasse non plus. »

« La vie est tellement courte, on a tellement peu de temps pour essayer le plus de choses possible. Lorsqu’une occasion se présente à moi, j’ai vraiment envie de l’essayer. Il n’y a jamais d’obligation à être une seule chose, mais on a l’obligation d’être à 100 % dans ce qu’on fait au moment où on le fait. »

— Naadei Lyonnais, animatrice de L’île de l'amour

« Une case »

Née à Rouyn-Noranda d’une mère québécoise et d’un père ghanéen, Naadei Lyonnais reconnaît qu’elle a « rempli une case » à Occupation double. Et encore, elle a l’impression d’avoir déjoué les pronostics en se rendant aussi loin dans l’aventure. « À OD, les Noirs, c’est comme dans les films d’horreur, c’est toujours eux qui meurent en premier », l’a avertie un ami avant son départ pour la villa.

« On peut faire le choix d’être fâché par ça, de se sentir utilisé. Il va arriver un moment où on va tellement être habitué à voir de la diversité que les quotas vont devenir obsolètes. Mais il faut d’abord briser ce mur invisible », croit Naadei.

Sur ces questions, on la sent plus frileuse. Elle a l’habitude de peser ses mots ; elle prend littéralement des pincettes. Ces enjeux lui tiennent à cœur, évidemment, mais depuis qu’elle a hérité d’une plateforme, Naadei se fait plus discrète. « Mon souci, c’est de ne pas prendre toute la place. Tu sais, je peux juste représenter mon opinion à moi. »

« J’ai une responsabilité, mais je trouve que c’est important de la répartir pour qu’elle soit plus représentative de tout le monde. La diversité, c’est divers, justement. »

— Naadei Lyonnais, animatrice de L’île de l'amour

Jeune, Naadei faisait de la planche à roulettes. Elle avait les cheveux verts. Ce n’était ni Beyoncé ni Rihanna. « En tant que minorité, plus on a de modèles différents, moins on se sent restreint à une image simplifiée de ce que c’est une personne racisée. Une femme noire, ce n’est pas Destiny’s Child. »

Ce n’est pas Naadei non plus. Naadei est Naadei. Une auteure-compositrice-interprète, journaliste, comédienne, animatrice… On oublie quelque chose ? « Je ne sais pas ! On va devoir se reparler bientôt ! »

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