La famille d’abord

Dans l’intimité, pas question d’abdiquer son rôle de mère.

Ces instants de tendresse dans une vie de rigueur représentent un défi qu’elle ne remporte pas toujours. Reine modèle et chef d’une famille unie, deux sacerdoces durs à concilier. Ses défenseurs évoquent son dévouement à ses enfants, réel mais limité : « Une demi-heure le matin et une heure le soir. »

Au nom de ce rituel, dès son entrée à Buckingham, Élisabeth II bouscule le protocole. Elle repousse d’une heure le rendez-vous avec le premier ministre. Churchill devra attendre la fin du bain des petits princes.

Charles, Anne, Andrew, Edward… les quatre bijoux de sa couronne

Elle les encourage à se confronter à la réalité. À 5 ans, Charles voit sa mère disparaître six mois pour une raison qui lui échappe : un tour du monde. À la naissance des cadets, la reine s’efforce d’être plus présente et le prince Philip veut que ça se sache. En 1969, il fait tourner un documentaire qui la montre en train de galoper avec Anne dans le Berkshire ou en famille devant une sitcom américaine. Lors de sa diffusion, 40 millions de Britanniques sont hypnotisés.

À la tête du clan, la reine fait face à des révolutions… de société. Trois de ses enfants divorcent. Anne puis Charles se remarient. Avec Kate, la souveraine accueille même une roturière, selon un nouveau credo : la Couronne a besoin d’amour. Le 4 juin 2021, Harry et Meghan lui rendent hommage en nommant leur fille Lilibet. Trois mois plus tôt, ils attaquaient pourtant la « famille ». Plus qu’un grand cœur, être granny et patronne de la Firme demande des nerfs d’acier.

Il a l’âge de croire que la photo de famille est un jeu. Et besoin d’un marchepied pour prouver qu’il est à la hauteur. Près de 80 ans séparent la naissance d’Élisabeth II de celle du prince George. De quoi démontrer que la dynastie des Windsor a résisté à bien des épreuves. La plus tapageuse, la séparation de Charles et Diana, l’a fait vaciller. Mais à son fils William, la « princesse des cœurs » laisse le plus précieux des héritages : une popularité qui garantit l’avenir de la Couronne.

Attentats, adultères, accidents… un règne mouvementé

Fin de splendeur. Sur le Britannia, le yacht dont elle est si fière, la reine fixe le cap. À son côté, Louis Mountbatten, dernier vice-roi des Indes. Premier lord de la mer, il a favorisé son mariage avec Philip, son neveu. Charles, qui le vénère, le surnomme « Dickie ». Le 27 août 1979, lord Mountbatten est victime de l’explosion d’une bombe placée par l’Armée républicaine irlandaise, sur son bateau de pêche. Avec lui disparaît son petit-fils de 14 ans. D’ordinaire impavide, Élisabeth peine à retenir ses larmes. Une faiblesse qu’on lui reverra en 1997 lorsque, par mesure d’économie, le bateau est désarmé.

Le cœur plus fort que le devoir : les divorces successifs chez les Windsor vont bouleverser la monarchie et le règne d’Élisabeth. Celui de la princesse Margaret, en 1976, ouvre la série. C’est une première depuis la séparation d’Henri VIII et Catherine d’Aragon qui provoqua la rupture du royaume avec le pape. Les scandales s’étalent à longueur de tabloïds, faisant ressembler la chronique d’une dynastie à une série sentimentale. La famille royale ne peut plus prétendre être un modèle.

C’est l’acte final d’une année aux airs de drame shakespearien. Après l’éclatement d’une famille qui semble désormais alimenter un soap opera, Windsor, le refuge aux 1000 pièces où Elizabeth a passé son enfance et traversé les années de guerre, est ravagé. Détail : il n’est pas assuré.

Le coût des travaux, 36,5 millions de livres, essentiellement pris en charge par l’État, poussera la reine à accepter de payer l’impôt. Une révolution ! Maigre réconfort : son désarroi devant les ruines lui ramène la sympathie de la Grande-Bretagne.

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