Session d’hiver à distance

Les cégeps appellent les élèves à allumer leur caméra

Ouvrez vos caméras : c’est le message qui sera envoyé aux cégépiens en vue de la prochaine session. Des cours donnés devant des écrans complètement noirs ont démoralisé plus d’un enseignant l’automne dernier, situation que personne ne souhaite revivre.

C’est un « message fort » que les enseignants, mais aussi les directions de cégep et les représentants d’élèves, veulent envoyer tout juste avant que les cégépiens reprennent les cours. À la session d’hiver, qui se déroulera encore à distance pour la majorité d’entre eux, il serait préférable que tout le monde se voie.

« La caméra fermée semblait être la norme [l’automne dernier]. Ce qui est attendu maintenant, c’est que la caméra soit ouverte », explique Caroline Quesnel, présidente de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), qui représente 85 % des enseignants de cégep de la province.

Il ne s’agit pas d’une obligation, ni d’une « entente négociée », mais bien « d’un message partagé pour que l’enseignement soit stimulant », précise Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps.

Michel Manning, enseignant d’éducation physique au Collège de Valleyfield, reconnaît qu’il s’est senti « un peu seul » quand il a dû donner des cours à des élèves qu’il ne voyait pas, ou si peu, remplacés par des carrés noirs sur un écran.

« Les étudiants ne sont pas nécessairement à l’aise d’ouvrir leurs caméras. On les sent moins motivés, plus distants, mais il n’y a pas d’avis légaux pour les obliger. »

— Michel Manning, enseignant d’éducation physique

L’enseignant, qui a plus de 240 élèves par session, a beau faire un travail de persuasion, évoquer des arguments de « savoir-être » et de « respect », le message passe difficilement, poursuit-il.

« Faites-le pour vous »

Pour convaincre les élèves, la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) entend passer le message qu’une caméra ouverte, c’est mieux pour tout le monde.

« On dit : faites-le pour vous », résume sa présidente, Noémie Veilleux. « On est tous capables de faire un effort pour briser l’isolement et aller vers les autres, favoriser les discussions. »

Cet appel devra toutefois s’accompagner de mesures pour aider les cégépiens, poursuit-elle, car « il existe tout un tas de raisons pour lesquelles un étudiant ne peut ouvrir sa caméra ».

Une enquête menée l’automne dernier par la FECQ a révélé que plus du quart des élèves au cégep n’avaient pas un « endroit calme et propice à la concentration pour étudier convenablement ». Un cégépien sur dix n’a pas une connexion internet qui peut soutenir la vidéoconférence, et une même proportion n’a pas un ordinateur qui lui est exclusivement réservé à la maison.

La Fédération des cégeps se dit bien au fait de ces difficultés vécues par certains et rappelle que, l’automne dernier, les campus ont accueilli des élèves qui voulaient « sortir de leur bulle et être dans un lieu qui ressemble à une école ». Même en zone rouge, un élève peut « normalement » trouver un endroit à son cégep où aller suivre ses cours à distance en paix, confirme la FECQ.

L’implication des enseignants

Et les enseignants, devront-ils offrir une contrepartie ? Enseigner en direct à leurs élèves plus souvent ? Il a été rapporté, l’automne dernier, que des professeurs avaient laissé leurs élèves à eux-mêmes, avec pour seul enseignement des documents à lire.

« On a entendu parler de cas, assez particuliers, où les contacts [avec les élèves] étaient très peu fréquents. On a tous travaillé dans une perspective d’essais-erreurs, il y a eu de bons coups et de moins bons coups. »

— Caroline Quesnel, présidente de la FNEEQ-CSN

Elle ajoute qu’en « enseignement supérieur, les enseignants sont libres de choisir les meilleures méthodes pédagogiques ».

Il reste du chemin à faire pour tout le monde, observe la FECQ, qui demande l’implantation de mesures pédagogiques « efficaces » et qui a obtenu que les plateformes technologiques utilisées par les professeurs soient moins disparates pour faciliter la vie des élèves.

Quoi qu’il en soit, élèves et enseignants s’y résignent : pour une grande partie d’entre eux, les seules rencontres qu’ils auront cet hiver seront encore par l’entremise d’un ordinateur.

Le professeur d’éducation physique Michel Manning a d’abord cru qu’il verrait ses élèves en personne de temps en temps. « La rentrée s’annonçait prometteuse », dit-il. C’était avant d’apprendre qu’il devrait donner ses cours de golf et de badminton à distance pour les prochaines semaines. Ce n’est pas l’idéal, mais oui, ça se peut. « On fait avec, dans l’espoir de revenir. C’est l’inconnu qui est le plus difficile à gérer. On joue au yo-yo ces temps-ci », conclut-il.

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