Analyse

Au bon endroit, au bon moment

Bon, sur qui pourrait-on bien écrire ?

Des suggestions, quelqu’un ? Personne, vraiment ?

[Lourd silence, rires polis dans les premiers rangs, un bonbon est déballé à l’arrière…]

Le plus sérieusement du monde, cette fois : comment rester de glace devant ce but de Cole Caufield, son deuxième en deux matchs – pardon, son deuxième en prolongation en deux matchs ? Qui n’a pas retenu son souffle en voyant le jeune homme parfaitement positionné recevoir, comme l’avant-veille, la passe de Jeff Petry ?

Contrairement à son but contre les Sénateurs d’Ottawa, Caufield a eu tout son temps pour décocher un laser qui a déjoué Jack Campbell, des Maple Leafs de Toronto. Le résultat est toutefois le même : une victoire du Canadien par 3 à 2. Un troisième gain de suite, encore une fois obtenu au terme d’une remontée.

« Il est peut-être petit, mais il aime les grands moments ! », s’est exclamé Phillip Danault quelques instants après la conclusion du match. Le Québécois a assuré en riant que sa réflexion était spontanée et n’avait pas été préparée pour la télévision. « Mais c’est bien placé, je pense ! »

Assurément. Car on ne saurait souligner à quel point ce but est arrivé à un moment opportun.

Mine de rien, en l’absence de son capitaine, de trois attaquants de son top 6 et de son gardien numéro 1, cette équipe vient de remporter quatre de ses cinq derniers matchs. Les sourires sont revenus et avec eux, la confiance. Cette dernière victoire est d’autant plus significative qu’elle a été signée face à la meilleure équipe de la division, confirmant que les trois autres, contre deux clubs à la traîne et un autre en difficulté, n’étaient pas qu’attribuables aux circonstances.

Classement

À la veille d’un voyage de quelques jours en Ontario, le Canadien se retrouve maintenant à égalité au classement avec les Jets de Winnipeg, qui gardent toutefois le troisième rang de leur division puisqu’ils détiennent davantage de victoires.

Mais en réalité, la position importe peu. Car le premier tour des séries, pour le Tricolore, sera disputé contre les Leafs ou contre les Oilers d’Edmonton, ce qui signifie qu’il faudra contenir Auston Matthews ou Connor McDavid. Même si la marche est devenue l’activité officielle de la pandémie, aucune promenade n’aura lieu dans un parc pour le CH.

Il n’empêche que le Canadien, comme Caufield en prolongation et comme la remarque de Danault sur son coéquipier, se retrouve au bon endroit, au bon moment.

Bien sûr, les cinq derniers matchs de la saison ne se convertiront probablement pas en autant de victoires – cela dit, pourquoi pas ? Mais même si sa participation aux séries semble acquise depuis un moment, le Tricolore a été incapable, pendant tout le mois d’avril, de trouver une véritable erre d’aller. Accéder aux séries, c’est bien, mais il y a la manière. Et les pièces se mettent en place pour que cette équipe atteigne son sommet – son « peak », comme on dit à Oshawa – juste à temps pour la proverbiale « vraie saison ».

Danault, encore lui, a énuméré les éléments qui différencient le Canadien des derniers jours de celui, moribond, des semaines précédentes.

« On a fait un solide travail en désavantage et en avantage numérique, on est allés chercher de gros buts qui nous ont donné du momentum, et même quand on ne marque pas, on passe bien la rondelle », a dit le joueur de centre.

« Il reste encore du travail, mais on s’en va dans la bonne direction. »

— Phillip Danault

Nick Suzuki, lui, a parlé d’une équipe « résiliente » qui a comblé un retard dans trois matchs consécutifs. « Ce n’est pas une situation qu’on recherche, mais ça démontre notre caractère, a-t-il fait valoir. Ce sera plaisant d’ici la fin du calendrier. »

En mission

La remarque est d’autant plus significative du fait qu’elle vient de Suzuki. Car celui-là semble drôlement s’amuser au centre de Tyler Toffoli et de Joel Armia. Et devant Jeff Petry, aussi.

Suzuki (3-6-9), Toffoli (4-2-6) et Petry (1-7-8) totalisent 23 points sur les 14 derniers buts du CH. Ne cherchez pas plus loin la locomotive du Tricolore.

Suzuki s’est dit pleinement conscient d’à quel point il a peiné en milieu de saison. Or, « le personnel d’entraîneurs a continué de me faire confiance et m’a confié des missions importantes », a-t-il rappelé. Il en récolte aujourd’hui les fruits.

« Il a élevé son jeu », a confirmé l’entraîneur-chef Dominique Ducharme, qui n’a pas hésité à l’envoyer contre le trio de John Tavares – Danault devait se charger de celui d’Auston Matthews.

Compter ainsi sur deux joueurs de centre en pleine possession de leurs moyens est « énorme », a ajouté Ducharme : « c’est ce qu’on veut » à l’approche des séries.

En d’autres circonstances, il y aurait peut-être lieu de s’inquiéter que l’apport offensif soit si peu diversifié. Mais au moment où le trio de Danault affronte soir après soir la meilleure unité adverse, et alors que l’« effet Caufield » fonctionne à plein, on serait bien ingrat de râler, et ce, même si la deuxième et la troisième période de lundi soir étaient loin d’être des pièces d’anthologie.

« Ce n’était pas parfait, mais on s’est accrochés, a convenu Ducharme. Surtout en deuxième, je trouvais qu’on manquait d’énergie. En troisième, on a eu quelques chances, mais c’est à la fin qu’on a vu les gros jeux pour égaler la marque et aller chercher une grosse victoire. »

Avec le caractère vient la confiance. Et on pourrait aussi dire la constance, attendue comme Godot depuis des semaines, si ce n’est des mois.

Mais il n’y aurait peut-être rien de tout cela sans l’arrivée de ce tout petit homme à la « christie de shot ».

Pardonnez l’abus dans un journal familial. Les mots sont de Phillip Danault, en fait.

Mais on ne l’aurait pas dit autrement.

Prochain match : Canadien c. Sénateurs, mercredi à 19 h à Ottawa

« Une grosse victoire »

« On était tous bien placés, on avait prévu créer de la congestion autour du filet. Ç’a adonné que c’était mon tour. C’était vraiment un beau moment, un gros but et une grosse victoire.  »

— Phillip Danault

« Il a [saisi sa chance] à tous les niveaux. C’est un gros moment, surtout contre les Leafs. Je n’ai pas encore de but en prolongation, lui en a deux. Il est en avance !  »

— Nick Suzuki, à propos de Cole Caufield

« À trois contre trois surtout, avec l’espace sur la glace, on l’a vu : quand il a du temps pour décocher son lancer, il est très dangereux. Et en première période, il a eu une excellente chance en avantage numérique. C’est sa grande force, la vitesse à laquelle il tire, la force et la précision combinées. Ce sont deux gros buts qu’il vient d’aller chercher.  »

— Dominique Ducharme, à propos de Cole Caufield

« On a joué assez bien pour gagner, mais ils ont eu un but chanceux pour aller en prolongation… ç’aurait été bien de sortir de là avec la victoire, je pense qu’on aurait pu gagner. Cole Caufield, j’avais entendu parler de lui dans le programme de hockey américain, c’est un bon joueur et il possède aussi un bon tir.  »

— Jack Campbell

« On a raté trop de chances, surtout en première période… On a eu la rondelle sur notre bâton quand eux avaient choisi de retirer leur gardien. Ce sont de petites choses comme ça qui expliquent ce résultat.  »

— Sheldon Keefe, entraîneur-chef des Maple Leafs

Propos recueillis par Simon-Olivier Lorange et Richard Labbé, La Presse

Dans le détail

Toffoli en feu

Dommage qu’il n’y ait personne dans les gradins du Centre Bell ces jours-ci, parce qu’on pourrait probablement entendre des « Toffoliiii » comme jadis on entendait des « Guyyyyy » entre les murs du glorieux Forum. C’est que Toffoli, Tyler de son prénom, a réussi l’exploit de devenir l’un des cinq meilleurs buteurs de la LNH après le 50e match de la saison du Canadien, ce qui n’était arrivé avec personne dans cette équipe depuis le Guy en question, Guy Lafleur, qui avait réussi ce tour de magie lors de la saison 1979-1980. Toffoli a réussi le 28e de sa saison magique lundi soir au Centre Bell, contre des Maple Leafs médusés qui n’ont eu aucune réponse contre lui, comme personne d’autre dans la Ligue nationale, d’ailleurs. En date du 3 mai, l’attaquant du Canadien arrivait au quatrième rang des buteurs de la ligue, derrière Auston Matthews (39), Connor McDavid (29) et Mikko Rantanen, lui aussi à 28 buts, mais un total atteint en 45 matchs, soit trois de moins que Toffoli.

Matthews en feu lui aussi

Dans la défaite, Auston Matthews a été Auston Matthews et il a fini par marquer un but, son 39e de la saison. Dans une saison normale, et aussi à ce rythme, le joueur vedette des Leafs s’approcherait donc de la barre des 70 buts dans une saison, ce qui est quand même loin d’être mauvais, et il aurait pu en ajouter un autre en prolongation, lors d’une descente à… deux contre Jake Allen en compagnie de Mitch Marner ! Mais les deux joueurs ont complètement raté leur coup. Après le match de lundi soir, Matthews a surtout tenu à rendre hommage au Canadien, et aussi à Phillip Danault. « On a bien joué, et eux, ils jouent avec une bonne structure d’équipe, a fait savoir le joueur des Leafs. C’est un match dont le résultat aurait pu aller d’un bord comme de l’autre, je dirais. Ça fait mal de perdre un match de cette façon, en prolongation. Mais on va prendre le point et passer au prochain match. »

Kotkaniemi sur le banc

Si vous croyez ne pas avoir vu Jesperi Kotkaniemi très souvent lors de la troisième période, eh bien, vous avez bien vu. En effet, le jeune joueur (de seulement 20 ans, comme tout le monde le sait) n’a effectué que trois présences sur la glace lors de la troisième période, et aucune en prolongation. Kotkaniemi avait précédemment été victime d’un coup de bâton de la part du défenseur T. J. Brodie. Peut-être était-il blessé ? « Il n’était pas blessé », s’est contenté de répondre l’entraîneur Dominique Ducharme, pas particulièrement intéressé à en rajouter sur le sujet. Il faut bien sûr préciser que le jeune joueur finlandais traverse sans doute ses pires moments de la saison, lui qui n’a aucun but à ses 19 derniers matchs, et qui a récolté un seul point à ses 14 derniers matchs. Ça n’aide pas à gagner la confiance d’un entraîneur.

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