Plein air

La nouvelle réalité du plein air

Le terrain de jeu des adeptes de plein air rétrécit sans cesse.

Les choses ont évolué tellement rapidement que ce qui pouvait sembler une bonne idée il y a deux semaines (une randonnée en raquettes dans les Adirondacks, par exemple) est devenu en quelques jours une hérésie.

Plusieurs amateurs de plein air doivent maintenant prendre de difficiles décisions. Comme Catherine Turgy, qui a traversé la frontière canado-américaine il y a une dizaine de jours, soit bien avant sa fermeture officielle.

Mardi dernier, elle a mis en branle un projet qu’elle caressait depuis des mois, sinon des années. Elle a fait ses premiers pas sur l’Appalachian Trail, en Géorgie, avec l’intention de marcher plus de 3500 km jusqu’au Maine.

Mercredi matin, alors qu’elle était sur le sentier, elle a reçu un courriel de l’Appalachian Trail Conservancy (ATC) qui demandait aux randonneurs de longue distance, les thru-hikers, de remettre leur projet à plus tard.

« Les pratiques nécessaires pour réaliser l’ensemble ou de grandes sections du sentier peuvent transformer les randonneurs en vecteurs de propagation de la COVID-19, qu’on parle de regroupements autour des abris ou des tables de pique-nique, de navettes pour se rendre au début des sentiers ou de séjours en auberge tout au long du sentier », fait savoir l’ATC.

L’organisme ajoute que si les randonneurs décident quand même de se mettre en route, « au risque de s’exposer ou d’exposer les autres à la COVID-19 », ils devraient au moins suivre certaines règles : ne pas commencer à l’extrémité sud du sentier, soit au parc Amicalola ou au mont Springer, parce qu’il y a trop de gens à ces endroits, éviter les abris, prévoir des mesures pour être plus autonome et se mettre en quarantaine en cas de symptômes.

« Plusieurs communautés tout au long du sentier ont peu de ressources et peuvent avoir des services de santé débordés, poursuit l’ATC. Propager la COVID-19 dans ces communautés peut mettre les services de santé, les professionnels de la santé et toute la communauté en danger. »

Des provisions pour deux semaines

Déjà, Catherine Turgy avait modifié ses plans en prenant l’autocar jusqu’à Atlanta plutôt que l’avion, de crainte de se retrouver prise dans un aéroport ou un autre. Elle avait décidé de partir malgré tout.

« Quand je suis partie, ce n’était pas encore la crise, raconte-t-elle en entrevue téléphonique depuis le sentier. Je me disais que je serais seule, que je serais capable de me débrouiller. Effectivement, ici, je me sens en sécurité dans le bois, il n’y a pas grand monde, mais c’est sûr que je ne veux pas contaminer qui que ce soit. »

Lorsque Catherine Turgy a assisté à une rencontre d’orientation au parc d’Amicalola avant son départ, l’ATC ne recommandait pas encore de reporter la longue randonnée. L’organisation avait cependant quelques recommandations que Catherine a prises au sérieux.

« Normalement, j’aurais pris des provisions pour trois ou quatre jours. Mais ils nous ont dit que compte tenu des circonstances, il serait préférable d’en prendre pour deux semaines. C’est un peu plus lourd, mais je n’ai aucun problème avec ça. »

Il s’agit d’éviter de multiplier les voyages de ravitaillement en chemin.

« Dans les circonstances, je n’ai pas l’intention de faire du pouce et d’embarquer dans l’auto de n’importe qui, commente Catherine Turgy. Et puis, ça va être beaucoup plus difficile de faire du pouce, les gens seront moins à l’aise à l’idée d’embarquer des étrangers. »

L’organisation a recommandé d’éviter les abris. La randonneuse québécoise avait déjà décidé d’utiliser son hamac. « Je peux me suspendre entre deux arbres n’importe où, indique-t-elle. Je peux m’isoler. »

Elle souligne que les randonneurs font preuve de prudence, ils gardent une distance entre eux, ils ne s’échangent pas de nourriture.

« Au jour le jour »

La réception du courriel de l’ATC mercredi a causé une certaine surprise auprès des randonneurs qui, comme Catherine Turgy, s’étaient mis en route la veille.

« Nous allons réévaluer les risques lorsque nous arriverons à la prochaine communauté, à Neels Gap, indique la randonneuse. Je me sens prête à accepter d’arrêter. Mais je me sens aussi prête à continuer si je trouve ce dont j’ai besoin à la prochaine épicerie. On va voir ça au jour le jour. »

Même au Québec, les adeptes de plein air doivent se poser des questions d’éthique. Dans plusieurs parcs nationaux et régionaux, il est toujours possible de faire de la randonnée en autonomie. Il faut toutefois être bien préparé et très prudent. Mais lorsque vient le temps de faire des activités plus à risque, comme le ski de montagne et l’escalade, les enjeux sont plus critiques.

« Nous vous conseillons de continuer à suivre les directives du gouvernement et donc, de minimiser vos sorties et vos rencontres, écrit la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade. Les services de secours sont tous mobilisés pour la COVID-19, nous ne voulons donc pas leur infliger une pression supplémentaire si un accident survenait. »

L’Association des stations de ski du Québec a également demandé aux skieurs de ne pas profiter de la fermeture des stations pour faire du ski de montagne (montée par ses propres moyens et descente dans les pistes désertes). Il y a une semaine, deux personnes se sont blessées en faisant du ski à la station touristique Stoneham alors que les pistes étaient fermées, ce qui a nécessité l’utilisation de deux ambulances.

Suggestion de vidéo

Quand on s’ennuie de la montagne

Tonny Valenzuelaa, à Barcelone, s’ennuie de l’alpinisme. En attendant de pouvoir retourner dans les montages, il fait du ménage chez lui.

Chiffre de la semaine

477

C’est le nombre d’hospitalisations dues à des blessures en ski ou en planche à neige au Québec en 2017-2018. Pendant la même période, l’Ontario n’a eu que 377 hospitalisations.

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