Applications

L’intelligence artificielle
pour dénicher l’être aimé ?

Les Montréalais tomberont-ils amoureux de l’appli de rencontres Say Allo ? Dans un marché déjà très fourni en la matière, la nouvelle venue tente de faire valoir ses atouts, notamment le recours à l’intelligence artificielle continue pour rapprocher les atomes crochus.

Le projet est lui-même né de la rencontre (purement professionnelle) entre l’entrepreneur Zackary Lewis, le développeur montréalais Stephen Shaw et le psychologue torontois Brian Shaw. Ensemble, ils se sont demandé quels étaient les meilleurs ingrédients pour créer un philtre d’amour électronique sous forme d’application mobile. Le but ultime : maximiser la compatibilité entre les utilisateurs célibataires pour tenter de leur faire nouer des relations durables.

À cette fin, ils ont mis au point un algorithme qui, en se fondant sur les informations de base fournies par l’utilisateur, mais aussi sur ses choix au cours de l’utilisation de l’application, va s’adapter et suggérer les meilleurs candidats ou candidates possible. Ainsi, même si la présentation rappelle celle de l’application Tinder (des fiches avec photo et brève description à balayer vers la droite ou la gauche, pour indiquer si le choix est retenu ou non), Say Allo cherche à s’en démarquer dans la mesure où l’intelligence artificielle « prend des notes » à chaque approbation ou rejet.

« Plus on utilise l’application, plus elle “apprend” et cerne mieux vos préférences à chaque balayage. Elle recourt aussi à une technologie de reconnaissance et d’analyse faciales qui lui permet de s’adapter à vos goûts et de mieux comprendre les personnes qui vous attirent. »

— Zackary Lewis, cofondateur du projet

Say Allo prend aussi en compte dans ses calculs les critères autres que physiques, tels que les statuts sociaux ou professionnels.

« Utiliser l’intelligence artificielle pour trouver des solutions aux problèmes, comme la solitude ou le célibat, je trouve ça intéressant. Mais il faudra s’assurer de l’usage des données personnelles fournies à l’entreprise, qu’elle n’en fasse pas de marchandisation », prévient Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information et de la communication en éducation, qui soulève d’autres questions. « Finalement, est-ce qu’on veut quelqu’un qui nous ressemble, ou pas ? Est-ce qu’on veut laisser le choix à un algorithme ? Il y a là un côté un peu obscur, mais aussi un peu amusant. »

Pas sérieux s’abstenir

Autre différence par rapport à Tinder, Say Allo dit chercher à favoriser les relations sérieuses. Le public visé est ainsi situé dans la tranche d’âge entre la fin de la vingtaine et le début de la cinquantaine. « J’ai eu une période de célibat et quand j’ai testé plusieurs sites et applications de rencontres, j’ai rapidement réalisé que la culture qui s’y était développée était davantage axée sur les relations occasionnelles, au détriment de la compatibilité », a constaté Zackary Lewis lors du balbutiement de l’application, qui a été développée à Montréal.

Lancée et testée d’abord aux États-Unis, où son cofondateur mène d’autres projets, Say Allo a convaincu 65 000 utilisateurs depuis 2018. Elle remet aujourd’hui le cap sur Montréal où elle vient d’être lancée. La semaine passée, 3500 personnes de la région de Montréal s’étaient inscrites sur le réseau, selon son développeur. La métropole québécoise fait office de test pour le marché canadien, et il n’est pas exclu que l’application fasse des petits ailleurs au Canada dans l’avenir.

Le chercheur Thierry Karsenti met cependant en garde les aspirants cupidons de ce monde :  « Est-ce qu’il y a du marketing autour de ça ? Évidemment. Est-ce que l’application sera efficace au début ? Absolument pas. Pour que ça marche, il faut un grand nombre d’abonnés », prévient-il.

Nous avons en effet constaté, en utilisant l’application pendant cinq jours, qu’un seul « match » – un peu suspect, par ailleurs – avait été obtenu, malgré des critères de recherche élargis au maximum. Il faudra donc certainement attendre que le bassin d’utilisateurs grossisse pour laisser la chance au coureur (de jupons).

Des extensions payantes

Le fonctionnement en tant que tel s’avère assez simple : après une inscription, l’utilisateur répond à une dizaine de questions sur sa situation (taille, revenus, sensibilité politique et religieuse, emploi, désir d’enfants, etc.) qui serviront d’éléments de base pour l’algorithme. Les options de recherche restent sommaires (genre recherché, âge), puisque l’intelligence artificielle déterminera les critères de préférence au fil de l’utilisation. « Contrairement à d’autres applications ou sites, on ne demande pas vraiment quel type de personne vous cherchez », souligne M. Lewis.

La version gratuite permet de butiner parmi les profils des candidat(e)s, puis de communiquer par messagerie intégrée. Pour ce faire, il faut cependant que les fiches aient été réciproquement désignées comme « intéressantes » par les deux candidats. Des extensions payantes autorisent la conversation vidéo sécurisée, la consultation du profil détaillé ou permettent de voir qui a apprécié notre fiche (25,98 $ pour un mois, 49,98 $ pour trois mois, 76,98 $ pour six mois).

« La fonction vidéo permet de vérifier s’il y a une étincelle ou non avant de se rencontrer en vrai. Elle est intégrée et permet de se mettre en contact sans donner d’information personnelle, comme une adresse courriel ou un numéro de téléphone », explique M. Lewis.

L’intelligence artificielle sera-t-elle capable de concilier les sentiments des âmes célibataires entre elles ? Si l’idée vous séduit, balayez à droite ; sinon, « swipez » à gauche.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.