Littérature

Un recueil de récits sous le signe de la pandémie

La crise sanitaire a fourni un plein réservoir de munitions aux autrices et auteurs québécois, et le projet Récits infectés peut en témoigner. Dans ce recueil dirigé par Léonore Brassard, doctorante en littérature à l’Université de Montréal, 23 écrivains ont ainsi été invités à narrer l’impact et la perception de la pandémie de COVID-19. Parmi les plumes signant ces textes de fiction, on retrouve notamment Catherine Mavrikakis, Nicolas Chalifour, Marie-Céline Agnant et de nombreux scribes universitaires. « Les textes du collectif Récits infectés tentent de prendre la mesure tragique, comique, porteuse d’utopies ou de désastres de la crise, et de la traduire à travers un récit », indiquent les éditeurs Léonore Brassard et Benjamin Gagnon Chainey, qui ont cherché à préserver une saveur de spontanéité, les écrits ayant été composés en trois semaines à peine et transmis au début de juin.

— Sylvain Sarrazin, La Presse

Ce que La Presse en pense

comme une envie de se laver les mains

Les cibles
Chrystine Brouillet
Druide
376 pages
Trois étoiles

Dans les romans policiers, il est normal de trouver de vilains personnages. Dans Les cibles, le plus récent roman de Chrystine Brouillet, le personnage de Gilbert Baril est particulièrement exécrable : borné, violent, xénophobe, homophobe à l’excès. Il déteste son frère Marc-Antoine, intelligent, riche, gai, manifestement le favori de sa mère.

Le personnage du docteur Jérôme Tardieu n’est pas plus sympathique : contrôlant, il n’est pas question qu’il accepte que sa conjointe le quitte pour une femme.

L’ouvrier de la construction et le brillant chirurgien orthopédique pourraient-ils faire équipe pour régler leurs petits problèmes personnels ?

Ces sinistres personnages peuvent sembler un brin caricaturaux. Il suffit toutefois de suivre un peu les réseaux sociaux pour constater que de telles personnes existent vraiment.

Chrystine Brouillet aborde ainsi des thèmes d’actualité : l’homophobie, la violence contre les femmes, l’apparition de groupuscules d’extrême droite. Mine de rien, elle évoque aussi la question de la transmission des préjugés au sein de la famille.

L’écriture est simple, directe. L’intrigue, elle, est complexe à souhait. On compte quatre meurtres qui s’étalent sur une période de sept ans et qui semblent n’avoir aucun lien entre eux. Le lecteur connaît le fin mot de l’histoire parce qu’il suit les pas de Gilbert Baril et du Dr Tardieu depuis le début. La question est de savoir comment la détective Maud Graham et son équipe réussiront à relier les fils entre eux. Un peu de chance et beaucoup de déductions seront nécessaires.

Chrystine Brouillet campe fermement l’action dans divers lieux de la ville de Québec et, comme toujours, elle émaille son récit de délices gastronomiques.

La personnalité de Gilbert Baril laisse toutefois un vilain goût dans la bouche et on a presque envie de se laver les mains après avoir posé le livre. D’où vient cette haine, cette ignorance chez l’ouvrier ? Or, pour qui sait chercher, il y a des pistes d’explication bien discrètes ici et là.

Un roman policier qui présente une intrigue bien ficelée, c’est bien. Un roman policier qui fait aussi réfléchir sur des questions sociales, c’est encore mieux.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.