Enquête sur la vague de décès

Pas de mention des CHSLD avant mars

Un haut fonctionnaire contredit l’affirmation de l’ancienne ministre de la Santé Danielle McCann, qui affirme avoir préparé les troupes dès janvier

Ce n’est qu’en mars que le sujet des CHSLD aurait été abordé pour la première fois lors des réunions gouvernementales de gestion de la pandémie regroupant la ministre de la Santé de l’époque et des représentants de tous les CISSS et CIUSSS de la province, selon le témoignage du haut fonctionnaire qui pilotait ces mêmes rencontres.

Une affirmation qui détonne avec celles de l’ancienne ministre de la Santé Danielle McCann et du sous-ministre Yvan Gendron, qui ont dit en novembre à la coroner Géhane Kamel que les PDG des CISSS et CIUSSS avaient reçu dès janvier le mot d’ordre de préparer les établissements pour aînés. Une information qui avait déjà été contredite par les procès-verbaux de réunions du Comité de gestion, déposés en preuve plus tôt dans l’enquête.

Pierre Lafleur, ex-sous-ministre adjoint à la Direction générale de la coordination, de la planification, de la performance et de la qualité du ministère de la Santé, a animé quotidiennement les rencontres du Comité de gestion du réseau pendant la première vague de la pandémie. Il a ouvert lundi la dernière journée du volet factuel de l’enquête du Bureau du coroner sur la gestion de certains CHSLD au printemps 2020.

Selon lui, la première mention des CHSLD lors des rencontres du Comité de gestion du réseau, canal important de communication entre Québec et les établissements de santé, a eu lieu « quelque part au début mars » et concernait l’interdiction des visites non essentielles imposée par Québec qui a été annoncée le 13 mars.

Outre cela, M. Lafleur a indiqué ne pas avoir « de souvenir précis de discussions concernant les CHSLD » durant le mois de mars 2020, dans le cadre des rencontres qu’il pilotait.

Toujours durant ces mêmes réunions, mais en avril, des PDG de CISSS et de CIUSSS auraient soulevé des inquiétudes parce que certains établissements devaient venir en aide à des centres d’hébergement privés en manque de personnel alors qu’eux-mêmes manquaient de main-d’œuvre, s’est rappelé Pierre Lafleur.

« Ce n’est qu’à compter de la mi-mars qu’on va dire qu’il y a un réel problème avec les CHSLD », a noté la coroner, ajoutant qu’elle tentait encore, après tous ces mois, de savoir ce qu’il s’était passé entre janvier et mars.

Un témoignage qui se fait attendre

En novembre dernier, des procès-verbaux des comités de gestion datés de février 2020 et du début de mars 2020 déposés devant MKamel n’ont fait aucune mention précise des CHSLD. Un document du 26 février 2020 indiquait qu’« étant donné la hausse du nombre de cas de personnes infectées par le coronavirus, […] la Sécurité civile et le MSSS seront dorénavant en mode préparatoire à une pandémie ». Le procès-verbal de la réunion du 9 mars 2020 expliquait aussi qu’on a décidé de « procéder à une mise à jour du plan de lutte à la pandémie élaborée pour le H1N1 et d’ajouter une annexe dédiée à la COVID-19 ».

Pierre Lafleur a souligné que la réponse aux questions en suspens de la coroner se trouvait peut-être dans des interventions de la Sécurité civile, où il s’est passé « beaucoup de choses », a-t-il assuré.

Il faudra toutefois attendre le témoignage du responsable de la Sécurité civile, Martin Simard, pour en savoir plus.

Ce dernier, officiellement directeur général adjoint à la Sécurité civile durant la première vague, devait témoigner lundi. Un contretemps l’a toutefois empêché de prendre la parole. Son témoignage a été reporté à vendredi ou à lundi prochain. Géhane Kamel l’a qualifié avant la période des Fêtes de « morceau de puzzle qui manque ».

Le témoignage très attendu de la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, a pour sa part été repoussé d’une journée à cause d’un problème de disponibilité des salles d’audience au palais de justice de Trois-Rivières. Il aura lieu le vendredi 14 janvier, alors qu’il était d’abord prévu pour la veille.

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