Mustafa

Appel à la paix

Avant tous les articles élogieux parus récemment à son sujet, Mustafa était l’un des secrets les mieux gardés de Toronto. Or, les amateurs de pop le connaissaient sans le savoir puisque l’auteur-compositeur a signé des textes pour Camila Cabello et The Weeknd, sans compter qu’il est derrière le tube Monster, de Justin Bieber et Shawn Mendes.

Mustafa écrit de la poésie depuis un très bas âge. En 2019, il a réalisé un court métrage sur les gangs de rue dans lequel figurait Drake. Il venait alors de perdre un ami avec qui il était membre du groupe Halal Gang, Smoke Dawg, tué par balle en plein centre-ville. Son premier album de huit chansons, When Smoke Rises, est dans la continuité de son film puisque Mustafa fait un vibrant plaidoyer pour que cesse la violence dans les rues de la Ville Reine ainsi que dans son quartier, Regent Park.

Mustafa lance un appel à la paix et à l’empathie avec des airs folk émotifs et réconfortants. Ses mélodies sont fortes, mais elles se déploient tout en délicatesse. Il y a quelques effets électros et R & B (Sampha figure sur la ballade au piano Capo), mais Mustafa s’éloigne de la pop et du rap. Il se révèle plutôt comme une sorte d’ange folk urbain qui souhaite un monde meilleur pour les siens.

Folk-pop

When Smoke Rises

Mustafa

Regent Park Songs

Quatre étoiles

Matthew Larkin

Faire chanter le monstre de St. Paul

Matthew Larkin est l’un des plus éminents organistes anglo-canadiens. Il a notamment officié à la cathédrale anglicane Christ Church d’Ottawa pendant 15 ans, en plus d’être très actif comme chef de chœur. Même s’il a collaboré à plusieurs enregistrements, il aura fallu la pandémie pour que, encouragé par des amis, il réalise son premier disque solo depuis… 1983.

Produit par l’étiquette québécoise Atma Classique avec une équipe torontoise, le disque met en valeur le légendaire orgue de l’église anglicane St. Paul de la Ville Reine. Construit en 1914 par Casavant, cet instrument est, avec ses 112 jeux et ses quelque 7500 tuyaux, l’un des plus imposants en Amérique du Nord.

Réparti sur deux disques, le programme enregistré par Larkin se démarque sur deux plans. En premier lieu, par sa véritable adéquation entre le répertoire et l’instrument. Comme s’agit d’un orgue d’esthétique anglaise, le répertoire fait la part belle aux compositeurs de cette école (Macmillan, Willan, Howells, etc.), avec quelques incursions du côté de la France et de l’Allemagne.

En second lieu, par son équilibre entre le connu (Troisième choral de Franck, Barricades mystérieuses de Couperin, Troisième sonate de Mendelssohn…) et le moins connu. Mentionnons à cet effet la tonique Toccata et fugue du compositeur canadien contemporain Andrew Ager.

Du côté de l’interprétation, c’est franc et intelligent, avec des registrations originales (dans le Mendelssohn et le Benedictus de Reger notamment). Les passages plus lyriques (on pense à la partie centrale du Franck) montrent également les talents de chanteurs de Larkin.

Le seul hic – et il n’est pas des moindres – se trouve du côté de la prise de son, souvent lointaine. Il faut dire que l’équipe de production faisait face à tout un défi, avec un instrument divisé en plusieurs sections disposées à différents endroits du lieu de culte. Le problème se pose davantage dans les pièces plus douces (Choral « Allein Gott », BWV 662, de Bach ou le Couperin), mais en général, on a un peu l’impression d’entendre l’orgue à partir de la sacristie !

Cela dit, ce disque est une honorable démonstration des possibilités d’un instrument important et d’un interprète chevronné.

Classique

Casavant Opus 550 – St. Paul’s Anglican Church Toronto

Matthew Larkin

Atma Classique

Trois étoiles et demie

Kirouac et Kodakludo

Simple comme l’été

Kirouac et Kodakludo forment un charmant duo fusionnel qui pond ici Les gradins, trame sonore parfaite pour étancher sa soif d’évasion.

Les puristes vont bouder les deux jeunes hommes : si leurs habiletés lyriques sont indéniables, on n’est pas dans la maîtrise du rap ou du hip-hop dans cet album qui demeure une agréable surprise estivale. Les Montréalais créent toutefois un univers musical jovial et débonnaire qui se consomme aisément. Et comme c’est estival, l’absence de profondeur passe.

La pièce Les gradins (XII) ouvre le bal et dévoile le talent de la paire pour les jeux de mots lancés avec habileté.

Certains morceaux sont prévisibles et deviennent à la longue musique de fond malgré des textes punchés. On prendrait plus de L’équipe, moins de Carnaval (IX). Beaucoup plus de Dans le vent et (un peu) moins de Carré Saint-Louis. Mais des pièces comme Yo Kodak ! (VI) redonnent rapidement le sourire. C’est aussi le cas d’Immortel, pièce réussie sur tous les plans avec la présence du génial Maky Lavender en prime. Sans compter une sympathique collaboration de Moka Boka et Mantisse dans Olympe.

Chapeau à l’effort créatif très complet : l’album vient avec une bande dessinée de Kirouac et Benjamin Gagné ainsi qu’une série de photographies de Kodakludo et Théo Charpentier.

Rap alternatif

Les gradins

Kirouac et Kodakludo

Vilains Bobos

Trois étoiles

Annie Blanchard

Entraînant new country

Mine de rien, Annie Blanchard roule sa bosse depuis un peu plus de 15 ans. Découverte à Star Académie en 2005, propulsée dans le vedettariat grâce à son interprétation du classique Evangéline l’année d’après, protégée de Renée Martel, la chanteuse originaire de Maisonnette, au Nouveau-Brunswick, mène une belle carrière country-folk avec cinq albums à son actif.

Hurricane arrive après trois ans d’absence sur disque et marque une certaine rupture dans son parcours : en effet, ce mini-album de cinq chansons en anglais, dont elle a assuré la direction artistique avec Vincent Beaulieu, prend une véritable tournure new country qui sied à sa voix soyeuse. Enregistré à Montréal, Hurricane a été fait surtout en collaboration avec des artistes de Nashville, dont Sarah Buxton, qui écrit entre autres pour Keith Urban.

Il y a une vraie énergie country dans cet album (On my Way, If I Knew Better), mais aussi des accents pop non négligeables. Lost Things, seule chanson qu’elle signe en collaboration avec le réalisateur Hubert Maheux et Vann Delorey (Pascale Picard), a un rythme plus lourd, Hurricane est doté d’un véritable power refrain à la Shania Twain. Et l’album se termine avec une charmante reprise d’un nouveau classique du genre, Chicken Fried, de Zac Brown Band. Entraînant et sans prétention, à l’image de la chanteuse.

Country

Hurricane

Annie Blanchard

Bobten Records

Trois étoiles

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