Cyclisme sur route

Entre chums sur le mont Fuji

Après des années difficiles, Guillaume Boivin mesure sa chance de vivre une première expérience olympique avec ses amis Hugo Houle et Michael Woods. Le trio tentera de procurer une première médaille au Canada à la course sur route, samedi à Tokyo.

Tokyo — De sa chambre d’hôtel, Guillaume Boivin a une vue imprenable sur le mont Fuji et sa cime à 3776 m, plus haut sommet du Japon.

À deux heures de route au sud-ouest de Tokyo, le cycliste est bien loin du Village des athlètes, qu’il n’aura pas l’occasion de visiter à ses premiers Jeux olympiques.

« J’imagine que je manque de belles expériences, mais ça fait que je suis vraiment concentré sur la course », a-t-il glissé au téléphone mercredi après-midi.

« Ç’aurait été super le fun de pouvoir vivre ça. Les gars m’ont dit à quel point c’était spécial. Mais je suis tellement reconnaissant et heureux de ma saison et du mois de juillet que je suis en train de vivre. Je m’en contente. »

Arrivé lundi de Paris, Boivin rentrait de rouler avec son ami Hugo Houle. Ils sont sortis trois heures sur les routes impeccables du circuit olympique, où les automobilistes « hyper respectueux » leur rendaient la vie facile, dixit Houle. Michael Woods, qui s’est pointé plus tôt au Japon, a prolongé un peu l’entraînement en vue de la course sur route de samedi (vendredi à 22 h HAE).

Ils ont repéré les pentes au pied du mont Fuji, célèbre volcan sacré autour duquel le peloton tournera avant d’attaquer le circuit final, à une cinquantaine de kilomètres de l’arrivée au Fuji International Speedway.

Si tout se passe comme espéré, le trio canadien sera encore ensemble à ce moment de l’épreuve, avant l’approche du col de Mikuni, où Woods cherchera à exploiter son explosivité pour se démarquer des Tadej Pogačar, Wout van Aert et autres Primož Roglič.

À 32 ans, Boivin vit une période de rêve. Dimanche dernier, il posait sur les Champs-Élysées avec Houle à la conclusion de son premier Tour de France.

Il y a moins d’un an, peu de gens auraient parié sur ce scénario pour le natif de Saguenay. Il avait raté une sélection pour le Tour par une seule place. Premier réserviste pour Israel Start-Up Nation, il savait que l’étau se resserrait en 2021 avec l’arrivée du Britannique Chris Froome et quelques solides coureurs devant accompagner le quadruple vainqueur de l’épreuve.

« Je ne pense pas avoir volé ma place, calcule Boivin. Dans toutes les courses, les leaders sont vraiment contents de m’avoir parce que je suis fiable et que ma forme est bonne cette année. J’amène quelque chose d’intéressant à l’équipe. Après la déception de l’an dernier, c’est vraiment le fun d’avoir été choisi cette année. Maintenant, il y a les Jeux. »

« C’est un gros mois où beaucoup de rêves se réalisent après tellement d’années de travail. »

– Guillaume Boivin

Le médaillé de bronze aux Championnats du monde U23 en 2010 a vécu une carrière tortueuse. Après deux saisons avec Peter Sagan chez Cannondale, il a dû revenir sur le circuit américain en 2015, année après laquelle il pensait prendre sa retraite.

Il a trouvé une seconde vie avec Israel Cycling Academy, modeste formation que l’homme d’affaires montréalais Sylvan Adams a menée sur le WorldTour en moins de cinq ans.

« Une plus grande paix d’esprit »

Boivin a vécu plus que sa part de blessures, dont une triple fracture à une épaule et une grave coupure à un genou lors de deux accidents distincts en 2016.

Après une période difficile sur le plan personnel, l’ancien champion canadien dit avoir retrouvé « une plus grande paix d’esprit » et le « plaisir de faire du vélo, d’être en Europe ».

Son divorce l’an dernier, dont il parle ouvertement pour la première fois, l’a beaucoup affecté, jusque sur le vélo. Une erreur de sa part avait provoqué une chute massive à la première étape du BinckBank Tour, à la fin de septembre, en Belgique.

« Ça me pèse moins sur les épaules d’être en Europe. J’ai moins de pression. Je fais vraiment juste ça pour moi. Je suis vraiment à 100 % dans ma tête durant les courses. Dans les deux années précédentes, c’était un peu plus difficile. Souvent, les chutes surviennent parce que tu es un peu moins concentré. Là, j’ai l’esprit léger, je fais ce que j’aime. Autant l’an dernier, je me disais : câline, je n’ai plus le goût de continuer. Autant cette année, j’ai du fun à faire du vélo. »

La perspective d’épauler Woods, un prétendant au podium, tire tout le monde vers le haut. Boivin l’a connu lors d’un stage dans le Colorado en 2013. L’ancien spécialiste de la course à pied virevoltait déjà dans les pentes.

« Ça t’amène toi-même à un autre niveau pour soutenir ces gars-là qui sont tellement incroyables. C’est sûr qu’on est ici pour gagner une médaille avec Mike. […] On est vraiment motivés et concentrés. On sait que Mike est capable de répondre aux attentes. »

À l’ombre du mont Fuji, on sait aussi que Boivin mesure sa chance.

110 % pour Mike

Michael Woods l’avait dit la veille : l’enjeu de la course n’influe en rien sur l’ambiance dans l’équipe canadienne. « On est exactement comme d’habitude, on s’amuse et on dit des niaiseries », a confié Houle, pince-sans-rire, mercredi. « On ne ressent pas de pression. On est plus là pour s’amuser et aller chercher le meilleur résultat possible. C’est clair qu’on va donner notre 110 pour Mike. C’est encore plus motivant sachant qu’il est très performant. » Sur le plan tactique, Boivin s’attend à se sacrifier pour les 200 premiers kilomètres de la course. « Dans un monde idéal, Hugo et Mike n’ont rien à faire avant la dernière bosse », a-t-il résumé. Houle prévoit qu’une « petite poignée de grimpeurs » se détachent dans le col de Mikuni, comparé à un mur de Huy plus dur et plus long. « Surtout avec la distance et la chaleur, je pense que ça va complètement exploser dans cette bosse-là. » Woods, qui souhaite que le thermomètre grimpe le plus possible, aura alors son sort entre ses mains.

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