Quand on aime on a toujours 20 ans

Hommage imparfait mais plein d’amour

Voir sur une même scène Jean-Pierre Ferland, Clémence DesRochers, Yvon Deschamps et Louise Latraverse, c’est avoir devant soi quelques-uns des éléments fondateurs de la culture du Québec moderne. Une telle réunion est donc un moment profondément émouvant, même dans un spectacle imparfait. C’est surtout un moment pour leur dire merci, et leur redire combien on les aime.

Retardé à cause d’une mauvaise chute d’Yvon Deschamps, qui s’était fracturé des côtes au début du mois de septembre, le spectacle Quand on aime on a toujours 20 ans a finalement eu lieu mercredi soir à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Et voir le vénérable humoriste en pleine forme – à un moment, il a même piqué une petite course du fond à l’avant de l’immense scène pour aller rejoindre ses filles – était aussi rassurant que réjouissant.

Le concept de ce spectacle était donc fort simple : réunir le temps d’une soirée quatre artistes octogénaires qui ont marqué le Québec. Mais avec de tels noms sur l’affiche, on se serait attendu à les voir… davantage. La soirée leur était surtout dédiée sous forme d’hommage, ce qui n’est pas une mauvaise idée en soi, mais il demeure un peu frustrant de les avoir si peu vus et entendus – il a fallu littéralement se rendre à la moitié du spectacle pour qu’Yvon Deschamps et Clémence DesRochers s’adressent enfin au public, qui n’attendait que ça pour se lever et leur faire une vraie ovation.

Le spectacle était donc en fait beaucoup un hommage à l’immense répertoire du quatuor. Un hommage senti et rendu par quelques-unes de nos plus grandes interprètes, par exemple La vie d’factrie de Clémence par Isabelle Boulay ou Que veux-tu que j’te dise de Ferland par Luce Dufault.

Mais on a ajouté aussi un coup de chapeau à d’autres chansonniers marquants de l’époque, et il faut noter les interprétations magistrales de La légende du cheval blanc de Claude Léveillée et de La Manikoutai de Gilles Vigneault par Marie Denise Pelletier. Les chansons, immenses, ont eu droit à un écrin parfait.

Ponctué de moments de grâce

Au cours de la soirée s’est ajouté un invité surprise, Claude Gauthier en personne, qui a été reçu avec tous les honneurs par les spectateurs. Le chanteur de 82 ans, ému, s’est tenu droit pour chanter Le plus beau voyage – avec Alexandre da Costa au violon –, et sa voix absolument inchangée s’est faite caressante un peu plus tard pour la si belle Marie-Noëlle. Mario Pelchat est quant à lui venu faire un medley des grandes chansons de Michel Louvain, qui aurait normalement dû faire partie de la soirée, dans une séquence joyeuse.

On en aurait pris bien sûr davantage, mais il y a eu plusieurs moments de grâce avec les protagonistes. Louise Latraverse, suave, qui dans ses interventions remonte le fil de l’histoire des boîtes à chansons ou qui relate ses amours avec Claude Léveillée. Jean-Pierre Ferland, rayonnant, qui chante Une chance qu’on s’a entouré de son amoureuse Julie-Anne Saumur et des autres invitées. Yvon Deschamps et Clémence DesRochers, qui s’échangent des souvenirs vieux de 60 ans dans un moment d’une grande drôlerie – tous deux n’ont rien perdu de leur sens de la répartie –, mais aussi d’une grande tendresse, et qui sortent de la scène, bras dessus bras dessous. Ou Marie Michèle Desrosiers qui interprète Je ferai un jardin sous le regard attendri et ému de Clémence. C’est pour tous ces petits détails que la soirée valait la peine.

Mais d’autres choix ont semblé moins judicieux, comme ce duo virtuel entre Florence K et Claude Léveillée, ou l’ensemble formé de Judi Richards, ses filles Karine et Sarah-Émilie et un Yvon Deschamps de 1977 – quand le vrai est juste à côté, cette décision semble plus ou moins appropriée.

« Est-ce que vous vous êtes ennuyés de nous ? », a demandé Clémence au public à la fin de la toujours très d’actualité Aimons-nous, chantée en chœur par toute la troupe. « Moi, je me suis ennuyée de vous, en tout cas. Et toi, Jean-Pierre, tu t’es ennuyé de faire des spectacles ? », a ajouté l’humoriste qui vient tout juste d’avoir 88 ans, en se tournant vers Jean-Pierre Ferland. Courte pause… « Pas ce soir. »

La soirée s’est terminée de manière un peu décousue sur la chanson thème, Quand on aime, et c’est probablement ce qu’on retiendra de ce spectacle qui par moments ressemblait à une occasion ratée : l’amour et l’affection qui ont circulé pendant deux heures chaleureuses et joyeuses, sur la scène, et entre la salle et la scène.

« Je pense qu’ils nous aiment hein ? », a d’ailleurs laissé tomber Clémence pendant le spectacle. Oui.

Quand on aime on a toujours 20 ans sera disponible en webdiffusion du 16 décembre au 9 janvier.

Consultez le site de la Place des Arts

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.