Boxe Canada

« On avait besoin de renouveau »

Boxe Canada peut maintenant « regarder vers l’avenir », estime Yvon Michel.

La nouvelle est tombée dimanche après-midi. Daniel Trépanier, directeur de la haute performance à Boxe Canada, a remis sa démission. Une pluie de témoignages, à commencer par une lettre signée par plus de 120 personnes publiée mercredi dernier, lui reprochaient notamment d’avoir fait régner un « climat toxique » dans la fédération.

Joint au téléphone lundi matin, Yvon Michel, qui siège au conseil d’administration de Boxe Canada à titre d’administrateur général, indique que la démission de Trépanier a été acceptée parce que l’on « considère qu’il a pris la bonne décision ».

« Daniel a pris une décision en fonction de lui personnellement, souligne le promoteur. Et, je pense, en fonction des meilleurs intérêts de la boxe canadienne. Il a réalisé qu’il n’était plus l’homme de la situation.

« On a eu des témoignages importants qui sont venus d’un peu partout, ajoute Michel. […] On avait besoin de renouveau. Il y a beaucoup d’enthousiasme autour de ça. »

On reprochait notamment à Trépanier des enjeux de harcèlement, de favoritisme, de sexisme, d’injustices, de sécurité et de transparence sur des évènements qui ont eu lieu depuis 2008. L’entraîneuse de Kim Clavel, Danielle Bouchard, parlait même d’« un peu d’incompétence » vendredi dernier.

Aussi jointe lundi, Bouchard parle d’une « forme de victoire pour le sport » et de « soupirs de soulagement ».

« C’est gros, renchérit-elle au bout du fil. C’est vraiment gros. Quand c’est arrivé et que la nouvelle est sortie, c’était difficile d’y croire.

« C’est un moment joyeux. Un moment où tu te dis que finalement, tous les efforts qu’on a faits, tout le travail accompli pendant toutes ces années à essayer de faire changer les choses […] nous permettent d’espérer un monde meilleur dans la boxe. »

« Inconfort »

Michel a pris place au C.A. de Boxe Canada en 2019.

« J’avais déjà entendu parler de l’inconfort que beaucoup de gens avaient envers Daniel, dans des discussions que j’avais à gauche et à droite, concède-t-il. Mais je dirais que l’ensemble du board a vraiment réalisé à partir de l’été dernier qu’il y avait quelque chose d’important. »

Il se réfère aux gestes faits depuis par Boxe Canada. Un communiqué de la fédération publié le 4 mai dernier – en réponse à la lettre – faisait état de la création d’un groupe consultatif pour « assurer la transparence des décisions de haute performance ». On parlait aussi de « la séparation du rôle de directeur de la haute performance des responsabilités d’entraîneur », une des récriminations principales envers Trépanier.

Bouchard estimait que, malgré tout, « aucun changement ne s’était produit ».

« Même si ça ne semblait pas aussi évident, on avait pris des mesures pour tenter de corriger la situation, se défend Michel. Des mesures concrètes pour s’assurer de la protection des athlètes et de leur encadrement.

« Mais disons qu’avec ce qui est arrivé en fin de semaine, on est allés encore beaucoup plus loin. »

« On est prêts à se retrousser les manches »

La Presse a tenté de joindre par téléphone le président de Boxe Canada, Ryan Savage. Sa réponse est venue par courriel.

Il nous réfère aux mesures annoncées dans le communiqué publié dimanche et indique que le « processus pour trouver un nouveau directeur de la haute performance en collaboration avec [ses] partenaires provinciaux » est entamé.

« Notre priorité et notre attention sont dédiées à l’amélioration du modèle de gouvernance de Boxe Canada ainsi que de sa transparence, écrit Ryan Savage. On veut aussi s’assurer de la sécurité de nos athlètes et de nos entraîneurs afin qu’ils puissent s’épanouir dans un environnement sain et inclusif. »

Si la recherche n’en est évidemment qu’à ses balbutiements, il y a déjà une cible dans l’objectif de Michel.

« On a un défi important. Paris 2024, ce n’est pas tellement loin. »

— Yvon Michel

« On a besoin de faire une mobilisation majeure de l’expertise canadienne pour que l’on puisse remplacer le directeur du programme de haute performance à court terme. Avoir des entraîneurs compétents, certifiés, qui vont pouvoir prendre la relève et redonner confiance à toute l’équipe nationale pour obtenir le meilleur résultat possible. »

Le promoteur estime que le Canada « a tout ce qu’il faut » pour aider la fédération à retrouver de son lustre.

« On parle souvent d’engager des gens de l’extérieur pour les installer ici et diriger notre équipe, explique-t-il. On l’a fait à deux reprises, et ça n’a pas fonctionné. Bien souvent, on se retrouve avec quelqu’un qui arrive avec une culture et une perception différentes.

« On a un groupe de jeunes entraîneurs très talentueux qui ne demandent juste que d’avoir la chance », résume Michel, qui « favorise » les pistes locale et nationale pour relancer le programme.

On demande à Bouchard si elle a déjà des noms en tête pour remplacer Trépanier. A priori, explique l’entraîneuse, « il n’y avait pas de nom de prédilection qu’on voyait là ».

« Quand on était dans le pendant, on ne pensait pas à qui pouvait prendre la place. »

Mais elle finit par nommer deux candidates : Ariane Fortin et Mandy Bujold.

« Ce sont des anciennes athlètes qui prennent le sport à cœur et qui ont fait partie de la démarche [pour faire bouger les choses]. Il y en a d’autres aussi. 

« Une chose est certaine : ça va prendre des personnes d’engagement, des personnes qui vont avoir les athlètes à cœur. Dont ça va être l’objectif premier. »

Elle note aussi le besoin d’avoir « de bonnes communications avec les provinces, avec les entraîneurs, une implication de tout le monde, pour que tout le monde rame dans le même sens », renchérit Danielle Bouchard.

Du côté de Michel, on juge que le départ de Trépanier, « c’est déjà du passé ».

« On regarde vers l’avant, souligne-t-il. On a beaucoup de travail et on est prêts à se retrousser les manches. »

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