Carte postale

Continuer l’œuvre de Guy Lafleur

Chantal Machabée nous avait prévenu, quand est venu le temps de coordonner la rencontre avec Martin Lafleur. « Il est fin comme son père, il ne refuse jamais une demande ! »

Et comme de fait, mardi matin, Martin Lafleur nous appelle pour convenir d’une rencontre après la cérémonie de remise des trophées de la LNH.

On se retrouve donc devant son hôtel, en soirée. Une heure plus tôt, il avait présenté le trophée Ted-Lindsay, remis au joueur par excellence de la LNH, tel que voté par les autres joueurs. Un trophée que son père, Guy, a remporté trois années de suite, de 1976 à 1978, quand le prix portait le nom de Lester B. Pearson.

Accompagné du confrère de Sportsnet David Amber, il a remis le trophée à Auston Matthews. L’annonce suivait l’hommage aux gens de hockey qui nous ont quittés dans la dernière année, une vidéo qui commençait par Clark Gillies et Matiss Kivlenieks, et qui se terminait par Mike Bossy et Guy Lafleur.

Il a profité de sa soirée pour jaser avec Matthews, mais aussi avec Claude Lemieux et Joe Sakic, qui a joué deux ans avec son père chez les Nordiques de Québec, de 1989 à 1991. Martin Lafleur garde des souvenirs bien précis de Sakic, et non, ce ne sont pas des histoires de matchs de mini-hockey dans le vestiaire des Nordiques…

« Je me souviens que Joe, avec Tony Hrkac, essayait toujours de m’inviter au Dagobert pour que j’aille prendre un verre avec eux ! lance l’homme de 47 ans, encore amusé. Mon père n’était pas tellement content, par exemple ! Mais j’étais content de les revoir. J’ai pris l’initiative d’aller serrer la main à Joe. »

Martin Lafleur est accompagné de sa conjointe, Angelica. « La ligue a tout pris en charge, elle nous invite ici avec ma conjointe et on est super bien reçus », explique-t-il.

Et non, il n’était pas question de dire non, parce que quiconque ayant connu le paternel sait que ce n’était jamais dans ses choix de réponse. Même malade, il continuait à accorder des entrevues quand sa santé le lui permettait.

Martin Lafleur devait d’ailleurs quitter Tampa vers les 4 h du matin mercredi, afin de se rendre en Ontario pour un autre évènement au nom de son père.

« Je représente aussi ma famille et c’est un honneur de faire ces évènements-là, parce que mon père l’aurait fait. »

— Martin Lafleur

« On l’a vécu à la chapelle ardente. Ça a complètement changé la perception qu’on avait des partisans, poursuit-il. Pour nous, c’était toujours un défi. Les fans, on les apprécie, mais ils nous ont enlevé énormément de moments dans nos vies. Mais on ne leur en veut pas ! C’était positif, c’était pour une photo, un autographe.

« Mais à la chapelle ardente, les gens venaient nous voir pour nous parler de la personne. Pas pour des anecdotes de hockey. C’était des gens touchés soit par un appel que mon père a fait, soit par une visite à l’hôpital. Ou c’était un père qui a voulu aider son fils comme mon père l’a fait avec mon frère. C’était humain et ça m’a changé, parce que je trouve ça tellement important de continuer cette bienfaisance-là. »

Martin Lafleur poursuivra d’ailleurs l’œuvre de son père en agissant comme ambassadeur pour la Fondation du CHUM, rôle que Guy Lafleur a occupé jusqu’à sa mort. Le Fonds Guy Lafleur a amassé 1,7 million de dollars, dit-il. Martin, lui, rêve au chiffre de 10 millions.

C’est là une façon de traverser le deuil. Mercredi, ça fera deux mois que le Démon blond nous a quittés.

« Ce n’est pas encore rentré dans ma tête. J’ai travaillé avec lui, j’ai joué sept ans avec lui dans les Anciens Canadiens, j’ai été en affaires avec lui. C’est un gros morceau de ma vie qui est parti. Ça va prendre beaucoup de temps avant que je me sente mieux. Ce qui est réconfortant, ce sont des évènements comme ça, avec notre monde du hockey, dans l’environnement du hockey. Ce sont de beaux moments qui me permettent de vivre des choses à travers lui.

« Des évènements comme ce soir [mardi], c’est positif, c’est pour rendre hommage à des gens extraordinaires. J’essaie de regarder ça différemment. Et ça m’apporte un genre de closure. Ça permet de vivre ça de manière plus positive, parce que je sais qu’il y aura toujours des évènements en lien avec mon père. Et c’est important de garder le nom Lafleur présent. »

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