Le Québec finira l’année sur les genoux

Le Québec est la province canadienne dont l’économie souffrira le plus de la pandémie cette année, à l’exception de l’Alberta, qui s’enfonce dans la crise pétrolière.

Le PIB québécois reculera de 6,7 % cette année, prévoit le Conference Board du Canada, dans la version préliminaire de ses prévisions pour les provinces publiée mercredi.

La gravité de la deuxième vague du coronavirus qui frappe le Québec replongera probablement l’économie en terrain négatif au troisième trimestre. « Au début, on pensait que le Québec pourrait s’en sortir plus vite, mais avec les nouvelles fermetures imposées cet automne, ça va être plus difficile », explique l’économiste en chef du Conference Board, Pedro Antunes.

Le Québec risque de connaître une reprise dite en K, où certains secteurs reprendront rapidement le terrain perdu alors que d’autres continueront de décliner, comme le tourisme, l’hébergement, le transport et la restauration.

Entre mai et septembre, l’économie québécoise a regagné beaucoup d’emplois, mais cet élan a été stoppé en octobre, et le taux de chômage s’est remis à augmenter.

À 6,7 %, le recul de l’économie québécoise est pire que celui de l’Ontario (- 6,4 %) et plus grand que la moyenne canadienne (- 6,6 %). Il n’y que l’Alberta, qui vit sa troisième récession depuis 2015, qui fait pire avec une baisse prévue de son PIB de 7,7 % cette année.

Du jamais-vu

Partout au Canada, la pandémie se traduit en statistiques encore jamais vues, même pour ceux qui, comme Pedro Antunes, font des prévisions économiques depuis 30 ans. Même dans l’hypothèse qu’un vaccin sera offert en juin prochain, l’économie canadienne mettra du temps à reprendre pleinement le terrain perdu, et le taux de chômage devrait rester plus élevé jusqu’en 2023, prévoit le Conference Board.

Au Québec, le rythme de la reprise sera aussi influencé par l’état de santé de l’économie américaine. De ce côté, avec l’augmentation du nombre de cas de COVID-19 et en l’absence d’un nouveau plan d’aide pour les consommateurs américains, c’est plutôt inquiétant, selon Pedro Antunes.

L’économiste en chef du Conference Board s’inquiète aussi pour le secteur aérospatial du Québec, dont les souffrances sont loin d’achever. « Ça ne va pas bien du tout, dit-il. Il faut d’abord que le tourisme revienne et après, il faut aussi que les commandes d’avions reprennent. »

Une fois le choc de 2020 encaissé, l’économie québécoise devrait croître au rythme de 4,1 % en 2021, même si la plupart des restrictions sanitaires demeureront en place, prévoit le Conference Board.

Surprise, l’inflation revient

L’inflation a repointé le nez en octobre, avec une hausse de 0,4 %. C’est deux fois plus que ce qu’attendaient les analystes et c’est surprenant compte tenu du ralentissement économique. La hausse d’octobre s’explique notamment par l’augmentation des prix des fruits et légumes frais, ce qui se produit toujours à l’automne. Faut-il s’attendre à une remontée de l’inflation au-dessus de la cible de 2 % de la Banque du Canada et une remontée des taux d’intérêt ? Non, estime l’économiste Jocelyn Paquet, de la Banque Nationale. Le taux d’inflation s’établit actuellement à 0,7 % sur une base annuelle, ce qui est encore très inférieur à la cible des autorités monétaires canadiennes. Il faudra encore quelques mois avant que l’inflation atteigne 1 %, estime de son côté l’économiste de Desjardins Benoit Durocher.

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