Vivre ensemble (littéralement)

« On habite tous ensemble, on cultive nos légumes, on ne tond pas le gazon, on se partage quelques voitures… Il y a des gens qui pensent qu’on est une secte ! »

Atlantis Puisegur est bien conscient des clichés qu’inspire son mode de vie. Pourtant, l’écocommunauté La Nuée compte près de 50 membres et ils ne correspondent à aucun stéréotype précis. Ce qu’ils ont en commun ne se perçoit pas à l’œil nu, en fait. C’est une soif d’alternatives sociales et environnementales…

Mais commençons par la base. On emploie le terme « écovillage » ou « écocommunauté » pour désigner différents modèles échafaudés autour d’une vie communautaire active et d’une approche écologique. C’est d’ailleurs mon écoanxiété qui m’a menée à m’intéresser au concept. Est-ce qu’il existe de meilleures manières d’occuper l’espace ?

La Nuée a rapidement attiré mon attention avec son offre qui jumelle mode de vie et tourisme.

Le collectif a vu le jour en 2020 et posé ses pénates sur un terrain de 41 hectares du village de Saint-Didace, dans Lanaudière.

On y trouve deux maisons, un ancien restaurant, un bâtiment qui a besoin de rénovations, une bâtisse hexagonale en pleine forêt, une grange et un garage…

À terme, les membres aimeraient bâtir une vingtaine de petites habitations et plusieurs espaces collectifs (buanderie, salle à manger, etc.) qui leur permettraient d’économiser des coûts, en plus de favoriser les rencontres.

Certains d’entre eux habitent déjà les bâtiments de Saint-Didace, d’autres n’y sont qu’à temps partiel. Atlantis y passe la moitié de son année, alors que sa conjointe, Nathalie Berthélemy, s’y rend surtout les fins de semaine.

C’est comme avoir un chalet partagé, au fond ?

« Pour certains, me répond Nathalie. La différence, pour moi, c’est qu’il y a plus de vie économique et sociale. En général, on s’occupe de sa famille chez soi, mais dans une écocommunauté, il faut faire fonctionner l’intelligence collective. On n’a pas de leader et on veut que tout soit horizontal… »

On s’en doute bien, vivre de la sorte n’est pas toujours simple.

D’abord, il y a le matériel. Chez La Nuée, on construit de manière écologique et on revalorise ce qui existe déjà… C’est formidable, mais ça demande du savoir-faire. Un savoir-faire que Nathalie n’avait pas (notons que sa profession est l’accompagnement d’entreprises et de particuliers dans une démarche de développement durable, non pas la menuiserie).

« Heureusement, on a trouvé quelqu’un qui était prêt à nous aider avec les rénovations et à nous former du même coup, m’explique-t-elle. On a donc pu faire énormément de travaux par nous-mêmes. C’est génial parce qu’en groupe, une magie se déploie ! »

Maintenant, si une magie se déploie dans la vie en communauté, plusieurs conflits le font aussi…

« Le plus gros défi, c’est qu’on a été formatés pour penser juste à nous, croit Atlantis Puisegur. Passer à l’empathie et à l’écoute, ce n’est pas facile ! Il faut trouver un équilibre entre le groupe et notre individualité. »

Les tensions émergent souvent lorsqu’il est question de pouvoir, de sécurité et de contrôle, remarque Nathalie. « C’est normal ! On a l’habitude de vouloir tout contrôler pour se sécuriser. Perdre ce réflexe, ça demande un travail sur soi, et c’est la partie qui m’a le plus enrichie… »

OK, mais au quotidien, comment on fait pour répartir les tâches sans dirigeant ? Il y en a, du travail à faire, quand on mise sur la permaculture et la revalorisation de vieux bâtiments.

Tout est basé sur la volonté de participer des membres, m’explique Nathalie Berthélemy. Faut que ça leur tente. Seuls les membres engagés ont des responsabilités définitives. Ils sont présentement huit et leur implication régulière est reconnue par le reste du groupe. En contrepartie de leur engagement, ils ont un droit de veto lors de la prise de décisions.

« La question qu’on doit se poser, c’est : comment faire pour être en pouvoir avec et non pas en pouvoir sur ? », résume Atlantis Puisegur.

Et le quadragénaire a de l’expérience en la matière. Issu du milieu communautaire, il a notamment travaillé en sécurité alimentaire au Bâtiment 7. Rappelons qu’une initiative citoyenne a permis de transformer un immense bâtiment désaffecté du quartier Pointe-Saint-Charles en espace de partage et rassemblement. Il s’agit aujourd’hui d’un modèle montréalais d’autogestion.

Mais c’est du passé pour Atlantis. Depuis trois ans, il développe à temps plein l’écovillage de Saint-Didace.

« J’aime tisser des liens entre les gens. C’est comme ça qu’on trouve des alternatives au mode de consommation dans lequel on est, qu’on arrive à aller davantage dans la simplicité, l’environnemental et le social. »

— Atlantis Puisegur

D’ailleurs, La Nuée accueille régulièrement des personnes curieuses d’en savoir plus sur ces modèles alternatifs. Les membres du collectif orchestrent différents ateliers, séminaires et portes ouvertes. On peut aussi louer une chambre dans le bâtiment hexagonal pour des séjours de courte durée, en échange d’une contribution volontaire.

C’est une manière différente de s’évader. Une manière utile, surtout.

« À mon avis, on n’aura pas le choix de changer notre façon de vivre, conclut Atlantis. Que ce soit à cause de la crise climatique ou d’une éventuelle crise économique. Faire du tourisme dans un écovillage, c’est une bonne manière de savoir à quel point ce sera difficile ou non, pour nous, de faire cette transition-là… »

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