Bilan quotidien

Le nombre de morts a triplé en une semaine

Le nombre de morts quotidien a triplé en l’espace d’une semaine au Québec. Samedi, 44 personnes ont succombé à la COVID-19. La hausse touche surtout les gens âgés de 70 ans et plus, un scénario qui rappelle la première vague, selon une experte.

« Le virus a recommencé à toucher les personnes plus fragiles et plus âgées, se désole Nathalie Grandvaux, chercheuse au Laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du Centre hospitalier de l’Université de Montréal. On revient dans un scénario de première vague qu’on voulait absolument éviter. » Les éclosions récentes dans les CHSLD et les résidences privées pour aînés dues au variant Omicron peuvent expliquer l’augmentation du nombre de morts chez les gens de 70 ans et plus, selon le virologue Benoit Barbeau, professeur au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal.

Malgré la dose de rappel reçue par la plupart d’entre elles, les personnes âgées « demeurent la grande partie de la population vulnérable », soutient Benoit Barbeau. La meilleure protection contre les effets de la COVID-19 demeure le fait de ne pas l’attraper, rappelle Nathalie Grandvaux.

Les 44 décès supplémentaires recensés samedi portent la moyenne quotidienne à 26, en hausse de 172 % sur une semaine. Le 31 décembre, on comptait 13 décès, avec une moyenne quotidienne de 9 morts.

En ce qui concerne les hospitalisations, 2296 patients étaient hospitalisés samedi en raison de la COVID-19, soit 163 de plus que la veille. Il s’agit d’une augmentation de 98 % sur une semaine.

Aux soins intensifs, on rapportait 16 patients de plus que vendredi, soit au total 245 personnes hospitalisées. Cela représente une hausse de 60 % sur une semaine.

Le nombre de nouvelles infections demeure stable, avec les 15 928 nouveaux cas recensés, qui portent la moyenne quotidienne à 15 442. Le dépistage étant désormais limité, cette donnée n’est toutefois plus représentative de l’évolution de la pandémie.

Il existe un délai entre la déclaration des cas et le développement d’une forme grave de la maladie pouvant mener à la mort, explique Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. « C’est pour cela que c’est inquiétant de voir qu’on a encore beaucoup de cas, d’autant qu’on ne les dépiste pas tous », prévient-elle.

Contrairement aux morts, les personnes hospitalisées se retrouvent dans toutes les tranches d’âge, note Nathalie Grandvaux. « C’est vraiment une question de pourcentage, explique-t-elle. Lorsque le nombre de cas explose, on arrive ultimement à des hospitalisations. » Pour réduire leur nombre, la solution reste la même : « il faut bloquer la propagation », rappelle-t-elle.

Des mesures plus strictes

Pour y arriver, il faut des mesures encore plus strictes, estime le Collège des médecins. Dans une lettre publiée vendredi, son président, le DMauril Gaudreault, affirme être favorable à l’obligation d’une troisième dose pour détenir un passeport vaccinal valide. En raison des projections de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux, qui prévoient plus de 3000 hospitalisations dans les prochaines semaines – dont 400 aux soins intensifs –, il est nécessaire de « faire mieux et plus vite pour vacciner la population et élargir la portée du passeport vaccinal », soutient-il.

Élargir cette mesure à d’autres commerces est une question d’équité, selon le Dr Gaudreault. « C’est paradoxal qu’on vive en couvre-feu, que les hôpitaux soient sous pression, parfois au stade 4 de délestage, et que les non-vaccinés puissent se rendre librement dans les magasins à grande surface ou d’autres lieux publics tels que la Grande Bibliothèque ou le Musée des beaux-arts », fait-il valoir.

La cadence de la vaccination chez les enfants de 5 à 11 ans doit s’accélérer en prévision du retour à l’école, souligne pour sa part Nathalie Grandvaux. « C’est par là que passait la transmission avant les congés, rappelle-t-elle. On va recommencer cette boucle de transmission. »

Une communication plus efficace

La confusion semée par les messages portant sur le dépistage, les tests rapides ou l’isolement nécessite que le gouvernement communique de façon « plus transparente et cohérente », estime le DGaudreault.

Le président du Collège des médecins demande aussi aux autorités d’annoncer en conférence de presse l’ensemble des mesures qui seront imposées à la population.

Sans l’annoncer en point de presse, le gouvernement avait envoyé une directive aux services de garde la semaine dernière concernant la levée de l’isolement pour les enfants et le personnel ayant été en contact avec une personne infectée. La mesure a finalement été levée mardi dernier.

Le cabinet du ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a répliqué que « le gouvernement tient plusieurs points de presse chaque semaine, en plus de breffages techniques pour les journalistes ». « Nous sommes transparents envers les Québécois », a-t-il conclu.

— Avec Pierre-André Normandin, La Presse, et La Presse Canadienne

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