Immobilier

La série Contre offre vue par des courtiers : vendu !

Dès le 12 janvier, la nouvelle série télé Contre-offre s’invitera sur les écrans dans les chaumières québécoises. Puisque cette comédie pimpante nous plonge dans l’univers des courtiers immobiliers, nous avons demandé à deux professionnels de visionner les trois premiers épisodes en avant-première et de livrer leur sentiment sur les péripéties de l’agence Lévesque.

Contre-offre met en scène une agence immobilière familiale fictive, dont les membres aux caractères disparates (la fonceuse déterminée Christine, la gaffeuse romantique Daphnée, l’aspirante comédienne Jade et le vétéran démodé Marcel) font face à des situations délicates : vente de séparation, propriété décorée sur le thème des pénis, clients exécrables ; sans compter Marc, un loup affamé de gros sous travaillant pour une importante enseigne concurrente.

Durant les Fêtes, Stéphanie Kimpton et Mathieu Lagarde, deux courtiers québécois – réels, ceux-là ! –, ont regardé les premiers épisodes de la série. La première travaille pour RE/MAX, le second est copropriétaire de l’agence familiale Christine Gauthier, cofondée avec sa femme. Alors, ont-ils reconnu leur monde dans les scènes cocasses de Contre-offre ?

De façon générale, ils ont beaucoup apprécié la série, surtout pour son humour, Stéphanie Kimpton jugeant également que le côté prenant du métier, où l’on est « toujours à la course, dernière minute, à gérer des imprévus », est bien illustré. Et même si le trait a été forcé pour les besoins de la comédie et du scénario, certaines situations mises en scène avaient pour eux un franc goût de familiarité.

Sexe à cacher et têtes à claques

Ainsi, quand Christine s’efforce de dissimuler la collection de bibelots phalliques disposés dans une maison qu’elle doit vendre, ce n’est pas sans rappeler quelques anecdotes coquines aux véritables courtiers : Mme Kimpton a déjà dû camoufler les objets olé olé d’une locataire qui tournait des vidéos pornographiques, tandis que M. Lagarde a fait disparaître un manuel de Kamasutra bien en vue sur la table d’un salon !

Ne leur est pas étranger non plus ce vendeur tête à claques qui refuse de baisser son prix de 2000 $ parce que le rapport d’inspection pointe une terrasse non conforme, provoquant l’exaspération du courtier travaillant depuis des mois sur le dossier. « Un rapport d’inspection et une renégociation de prix, on en voit régulièrement, et c’est quelque chose qui est en effet très émotif et sensible », souligne Mathieu Lagarde. Au point de péter les plombs comme Alain, le fondateur de l’agence fictive Lévesque, qui léguera finalement les clés de la boutique à ses trois filles ? « C’est un peu exagéré », concède M. Lagarde qui, tout comme Mme Kimpton, n’a jamais perdu son sang-froid, même si des gens horripilants peuvent être croisés en chemin.

« Oui, il y a des clients qui viennent nous chercher, remarque cette dernière. Les gens sont rendus tellement exigeants. On va parfois travailler pendant des mois, soirs et week-ends, et le client peut finalement décider de ne plus vendre. C’est correct, cela peut être à cause des circonstances, mais il peut y avoir un manque de respect ou de compassion, sans considérer tous les sacrifices qu’on aura faits de notre vie familiale, sans gagner un sou au final », explique Stéphanie Kimpton, mère de trois enfants.

« On dit souvent que les courtiers font de l’argent, ont de grosses voitures. Oui, mais il faut comprendre qu’on est payés seulement au résultat. Certaines transactions sont très payantes, d’autres, non. »

— Stéphanie Kimpton

Séparations et psychologie

Dans l’un des épisodes de Contre-offre, l’agence Lévesque est chargée de vendre la maison d’un couple en séparation – Daphnée parviendra plutôt... à réconcilier les vendeurs (désolé pour ce divulgâcheur). Les courtiers doivent en effet souvent composer avec l’intimité de leurs clients.

« On est presque des psychologues, il faut énormément d’écoute, que ça soit une séparation ou des aînés allant en résidence. Être médiateur entre deux personnes, c’est assez régulier, même si cela ne nous est jamais arrivé de ramener un couple ensemble ! », lance Mathieu Lagarde.

« On voit de tout. Les séparations, c’est délicat. Daphnée dit simplement “Je les ai écoutés’’, et ce que les gens reprochent souvent aux courtiers, c’est justement de ne pas écouter », note Stéphanie Kimpton.

Par ailleurs, à voir la tension séductrice entre Christine et le jeune courtier-requin Marc, l’amour dans le monde de l’immobilier, est-ce courant ? Affirmatif, selon Mme Kimpton, qui a elle-même rencontré dans ce contexte son conjoint, aujourd’hui son associé, estimant que deux courtiers sont aptes à mieux comprendre et concilier des emplois du temps surchargés.

Des caricatures épousant la réalité

Les deux courtiers ne se sont pas franchement reconnus dans aucun des personnages, même si Stéphanie Kimpton apprécie le côté tac au tac de Christine Lévesque. En revanche, ils ont pu voir l’esquisse de certains de leurs confrères ou consœurs. « On en reconnaît certains qui vont travailler comme Marcel Dufour sur sa vidéo [peu convaincante !], passer beaucoup de temps sur quelque chose de pas nécessairement productif », indique M. Lagarde.

Idem pour le côté flambeur de certains courtiers, comme l’image de golden boy de Marc, ou le fait que Christine loue une voiture luxueuse pour aborder un client important. « C’est une bonne caricature. Certains courtiers vont avoir l’impression qu’ils doivent montrer qu’ils réussissent pour avoir des mandats. Cette image est un peu plate, mais réelle. Je vois tellement de petits courtiers acheter une Audi ou une BMW. Attendez de faire des sous ! Moi, j’aime mieux arriver avec ma Vespa. Mais on dirait que le consommateur a besoin de voir que le courtier fait de l’argent », constate Mme Kimpton.

La série étant centrée sur une agence familiale, M. Lagarde est toutefois resté un peu sceptique par rapport à l’image de la sienne. Il y a reconnu les valeurs de camaraderie, mais pas ce côté « petit joueur ». « Qu’une petite enseigne familiale soit décrite comme n’étant pas dans la ligue des grands et doive travailler plus fort nous a un peu dérangés. Nous, quand on a parti notre agence il y a deux ans, notre chiffre d’affaires a vite explosé, on recrute des courtiers et on va chercher des propriétés de prestige », explique-t-il.

Allez, mettons cela sur la cause du scénario ; voir les courtiers de l’agence Lévesque pédaler ne manquera pas de nous divertir, surtout en plein reconfinement.

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