Couche-Tard discute avec Carrefour

Alimentation Couche-Tard est à nouveau à l’œuvre pour potentiellement réaliser la plus grosse transaction de son histoire, mais à la grande surprise de Bay Street, l’entreprise de Laval n’a pas que des dépanneurs dans sa ligne de mire, elle a aussi des supermarchés.

La direction de Couche-Tard a confirmé en début de soirée mardi avoir entamé des « discussions exploratoires » avec Carrefour, géant français de l’alimentation qui exploite notamment des épiceries, en vue d’un possible rapprochement amical entre les deux entreprises.

« Les termes sont encore en discussion », indique Couche-Tard dans un communiqué.

« Il n’y a aucune certitude à ce stade que ces discussions déboucheront sur un accord ou une opération », est-il précisé.

Couche-Tard ajoute qu’elle tiendra « naturellement » les marchés informés de tout développement significatif.

La capitalisation boursière de Carrefour, à Paris, s’élève à 12,6 milliards d’euros, l’équivalent de 19,6 milliards de dollars canadiens. À titre de comparaison, la capitalisation boursière de Couche-Tard atteint 46 milliards CAN à la Bourse de Toronto.

« C’est surprenant et inattendu puisque Couche-Tard s’écarterait de son expertise d’opérateur de dépanneurs. Ça pourrait augmenter le niveau de risque en raison de l’endettement substantiel nécessaire. »

— Martin Landry, analyste à la firme Stifel/GMP

Martin Landry fait cependant remarquer que l’évaluation de Carrefour semble attrayante avec un cours boursier près de son prix plancher des 10 dernières années.

« Bien que les synergies et que les motifs justifiant une telle transaction ne sont pas apparents à première vue, les gestionnaires de Couche-Tard ont une excellente feuille de route de création de valeur pour les actionnaires. Je préfère donc attendre d’entendre leurs explications avant de juger. »

Son collègue Peter Sklar, de la BMO, se montre sceptique. « Je me demande pourquoi Couche-Tard voudrait acheter une entreprise qui est principalement un épicier avec des marges plus faibles et un taux de croissance modeste. » De plus, dit-il, la pandémie accélère la transition vers les ventes en ligne, ce qui complique les perspectives dans l’alimentation traditionnelle.

Une transaction plus intéressante, selon lui, consisterait à acquérir uniquement les dépanneurs de Carrefour (7700 magasins). « Ça représente environ le quart de la valeur de Carrefour, mais je ne sais pas si Carrefour est prête à le faire. »

Le Groupe Carrefour, dont le chiffre d’affaires a dépassé en 2019 les 80 milliards d’euros (125 milliards de dollars canadiens), exploite 12 300 magasins de différents formats (magasins de proximité, hypermarchés, etc.) dans une trentaine de pays. Plus de la moitié du chiffre d’affaires de Carrefour a été généré à l’extérieur de la France en 2019. Le groupe est essentiellement présent en Europe, en Asie et en Amérique latine.

Couche-Tard, de son côté, compte plus de 14 200 magasins d’accommodation dans son réseau de par le monde, dont 9200 en Amérique du Nord. En Europe, son réseau de vente au détail de 2700 magasins s’étend en Scandinavie, en Irlande, en Pologne, dans les pays baltes et en Russie. En vertu de contrats de licence, Couche-Tard exploite plus de 2200 magasins dans 15 autres pays et territoires (Hong Kong, Mexique, Viêtnam, etc.).

Vente de carburant

Bien que, comme Couche-Tard, Carrefour vende de l’essence, Martin Landry souligne que la vente de carburant représente une petite portion seulement des revenus et des profits chez Carrefour. Une réduction globale de l’exposition à la vente d’essence est donc une bonne chose à ses yeux. L’essence compte pour près de 45 % des profits bruts de Couche-Tard. « Ça pèse sur le titre de Couche-Tard en raison de la perception que les profits pourraient s’estomper à long terme avec la pénétration de plus en importante des véhicules électriques », dit-il.

L’analyste fait par ailleurs valoir qu’un élément moins intéressant est la présence de Carrefour dans des pays européens (France, Italie, Espagne) où la croissance du produit intérieur brut est plutôt faible. « Couche-Tard avait précédemment indiqué une préférence pour l’Asie et sa démographie attrayante », rappelle-t-il.

La croissance par acquisitions joue un rôle important dans la stratégie de Couche-Tard. La direction avait mis de côté son projet d’acquérir l’australienne Caltex avant la pandémie, ce qui aurait été la plus grosse transaction de son histoire. L’opération était évaluée à environ 8 milliards CAN.

La plus importante prise de contrôle de Couche-Tard a été réalisée en 2016 avec l’achat de la chaîne nord-américaine CST Brands (plus de 2000 dépanneurs), au coût de 4,4 milliards US.

L’action de Couche-Tard a clôturé en recul de 2 %, à 41,31 $, mardi à Toronto. Parmi les 15 analystes qui suivent les activités d’Alimentation Couche-Tard, 12 recommandent l’achat de l’action.

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