Contrôle des armes à feu et trafic illégal

« À la suite de la lecture de votre éditorial, je me pose la question suivante : pensez-vous vraiment que légiférer sur les armes à feu va empêcher quelqu’un de s’en procurer une sur le marché noir ? » — Luc B.

Luc,

Vous n’êtes pas seul à vous poser cette question. Plusieurs lecteurs nous ont écrit pour plaider que le véritable problème est la contrebande d’armes à feu venant des États-Unis, et que les propriétaires d’armes légales n’ont rien à voir avec les fusillades qui secouent actuellement Montréal et d’autres villes.

À cela, nous répondons qu’il est possible de combattre le trafic d’armes ET de resserrer le contrôle des armes au Canada. En fait, la sécurité des citoyens passe par cette double stratégie.

Il est indiscutable que la contrebande d’armes est un fléau au pays et qu’il faut agir pour la contrer. D’un autre côté, des tueries comme celles de Polytechnique, de Concordia, du collège Dawson et de la Mosquée de Québec ont été perpétrées avec des armes légales. C’est aussi le cas d’une grande proportion d’homicides et de suicides.

Autre problème : les armes légales sont souvent volées et finissent sur le marché noir. En 2017, Statistique Canada a répertorié 3603 évènements pendant lesquels au moins une arme avait été volée.

Ces vols sont d’ailleurs en augmentation au pays. En 2018, la tuerie de l’avenue Danforth à Toronto, qui a fortement secoué la ville et fait 3 morts et 13 blessés, a été perpétrée avec une arme légale volée.

Étienne Blais, professeur à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, souligne que si les membres du crime organisé peuvent s’approvisionner sur le marché noir, d’autres, qui ont moins de contacts, peuvent trouver plus facile de profiter des vérifications laxistes du côté légal pour acheter des armes.

« Si on resserre le contrôle des armes de poing, c’est clair qu’on coupe l’une des sources d’approvisionnement des délinquants. Ça vient aussi augmenter le prix des armes sur le marché noir et ça augmente les efforts que les délinquants doivent déployer pour les acquérir », dit-il.

D’où la pression sur les chefs des partis fédéraux pour accoucher d’une stratégie claire sur le contrôle des armes à feu.

Boycotter la Chine… ou non ?

« Pourquoi n'en faisons-nous pas plus pour la libération des deux Michael (boycottage des Jeux olympiques, refus d’acheter des biens produits en Chine…) ? »

— Michel T.

Pensons-y un peu : cela fait maintenant plus de 1000 jours que Michael Kovrig et Michael Spavor croupissent en prison en Chine alors que de l’avis d’à peu près tout le monde, ils n’ont rien fait pour mériter un tel sort.

Rien… sauf être au mauvais endroit (en Chine), au mauvais moment. Le régime de Xi Jinping cherchait alors à faire pression sur Ottawa pour obtenir la libération de Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei.

Mais le Canada, lui, met-il assez de pression sur Pékin pour obtenir la libération des deux Michael ? La question est très pertinente. On aurait envie d’y répondre de façon tranchée et de dénoncer l’attitude du gouvernement canadien, mais les circonstances nous poussent à faire preuve de beaucoup plus de nuance.

Car tout est une question de rapport de force. Et face à la Chine d’aujourd’hui, le Canada est bien petit et bien faible.

C’est pourquoi le Canada a tout avantage à continuer de chercher à convaincre ses alliés pour faire des gestes de façon concertée (comme la déclaration internationale sur les détentions arbitraires). Car le Canada tout seul, c’est David face à Goliath.

Prenons par exemple l’idée d’un boycottage des produits chinois. Admettons qu’Ottawa donne un tel mot d’ordre. Forcément, la Chine riposterait par des mesures similaires.

Et nous perdrions au change.

La Chine est le deuxième partenaire commercial du Canada, après les États-Unis. Mais le Canada, parmi les partenaires commerciaux de la Chine, se retrouve environ au 15e rang, explique Zhan Su, professeur titulaire au département de management de l’Université Laval.

Par ailleurs, les produits qu’on vend en Chine ne sont pas uniques, souligne-t-il. Pour le porc comme pour le soya, par exemple, il y a (pour Pékin) de nombreuses solutions de rechange.

Un tel conflit commercial pourrait donc faire mal au Canada. Très mal. Mais la Chine n’en pâtirait pas.

Quant aux Jeux olympiques, si le Canada faisait comme si de rien n’était en février 2022 à Pékin, ce serait terriblement gênant.

Cela dit, dans ce dossier non plus, les choses ne sont pas simples.

Rares sont ceux qui suggèrent au Canada le boycottage des JO, puisque cela pénaliserait les athlètes et n’aurait pas l’effet escompté.

Organiser les Jeux olympiques ailleurs ? On le souhaiterait, mais ça ne fonctionnera pas. Le Comité international olympique n’acceptera jamais un tel changement de dernière minute.

Le gouvernement canadien et le Comité olympique canadien auraient tout avantage à déployer des trésors d’imagination pour trouver des façons de protester lors de l’évènement. En boycottant les cérémonies d’ouverture et de clôture, entre autres.

C’est ce que suggèrent certains experts de la relation entre les deux pays, dont Margaret McCuaig-Johnston, de l’École supérieure d’affaires publiques et internationales à l’Université d’Ottawa.

Mais n’oublions pas, ajoute-t-elle, l’importance des initiatives sur le plan individuel. Tenter de ne pas acheter de produits made in China ou encore décider de bouder la diffusion des Jeux olympiques l’an prochain, par exemple.

« C’est ce que bon nombre de Canadiens vont faire, je crois, dit-elle au sujet des JO. Qui veut assister à ces grands spectacles alors que des Canadiens ont été kidnappés ? » D’autres initiatives citoyennes sont aussi, assurément, possibles.

Ce n’est pas tant, ici, une question de rapport de force que de principe.

En somme, ne nous demandons pas seulement ce que le Canada peut faire pour obtenir la libération des deux Michael.

Demandons-nous ce que nous pouvons faire, nous aussi, pour protester contre ce que la Chine leur fait subir.

Pour garder les retraités au boulot

« Tout le monde écrit sur le manque de main-d’œuvre. Pourquoi ne pas permettre aux retraités de retourner sur le marché du travail sans que l’impôt leur saute dessus ? »

— Guy M.

C’est vrai. Le fisc décourage certains aînés de continuer à travailler, ce qui est fort dommage puisque le report de la retraite est un excellent moyen de contrer la pénurie de main-d’œuvre.

Au Québec, la moitié (49 %) des personnes de 60 à 64 ans sont au boulot, sept points de moins qu’en Ontario. Parmi les 65 à 69 ans, moins du quart (22 %) des Québécois travaillent, six points de moins qu’en Ontario. En rattrapant nos voisins, on pourrait compter sur 72 000 travailleurs supplémentaires, estime la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke.

Ça ferait toute une différence.

Or, certains retraités qui veulent travailler se retrouvent avec un taux d’imposition effectif marginal allant jusqu’à 75 %.

Ces taux déraisonnables touchent essentiellement les retraités à faible revenu dont le Supplément de revenu garanti (SRG) diminue de 50 cents pour chaque dollar de plus gagné.

Mais il faut dire que les libéraux ont récemment repoussé de 3500 $ à 5000 $ par année le montant que les aînés peuvent gagner sans impact sur leur SRG. Le Bloc québécois promet d’ailleurs de repousser ce seuil à 6000 $. Pourquoi pas ?

Ajoutons que les libéraux ont aussi adouci les règles pour faire en sorte que le SRG fonde moins vite sur la tranche de revenus allant de 5000 $ à 10 000 $.

Les libéraux et le Bloc veulent faire un pas de plus en imitant Québec dont le crédit d’impôt pour le prolongement de la carrière permet d’éliminer l’impôt sur une partie du revenu gagné. Cette mesure permet d’économiser jusqu’à 1650 $ d’impôt par an. La cloner au fédéral doublerait les économies.

Une bonne idée puisque la mesure québécoise qui a fait ses preuves a effectivement permis de créer ou de maintenir 27 000 emplois.

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