Repêchage de la LCF

Pour Brodeur-Jourdain, le rang importe peu

Luc Brodeur-Jourdain se souvient encore très bien de l’année de son repêchage dans la LCF. Il avait été le tout dernier choix de l’encan 2008.

Les Alouettes de Montréal avaient réclamé le joueur de ligne offensive au 48e et dernier rang du 6e tour. Quelques minutes auparavant, le secondeur Pierre-Luc Labbé avait abouti chez les Blue Bombers de Winnipeg.

« Je serais surpris s’il y a deux autres gars dans l’histoire de la ligue qui ont joué autant de matchs que nous après avoir été sélectionnés aux deux derniers rangs », affirme Brodeur-Jourdain, qui a disputé 11 saisons dans la LCF.

On sent la fierté dans sa voix. Le colosse maintenant âgé de 38 ans a gagné deux fois la Coupe Grey en plus d’être nommé au sein de l’équipe d’étoiles du circuit en 2012.

Quant à Labbé, le produit du Vert et Or de l’Université de Sherbrooke a pris part à 104 parties à Winnipeg, réussissant 76 plaqués défensifs en plus de marquer 1 touché. Il a pris sa retraite après la saison 2013, devenant policier à la GRC.

« Pierre-Luc a eu une très belle carrière. Il a été partant et il jouait très bien sur les unités spéciales. Il avait choisi le numéro 47. Je pense que c’était pour se rappeler son rang de sélection. Il avait toujours le couteau entre les dents », souligne Brodeur-Jourdain.

« Moins d’occasions d’échouer »

La morale de l’histoire à la veille du prochain repêchage de la Ligue canadienne ? « Que tu sois premier ou dernier, sois fier de qui tu es », lance Brodeur-Jourdain en guise de conseil aux espoirs québécois qui espèrent être choisis ce mardi.

L’encan annuel des joueurs universitaires regorge d’exemples de choix tardifs qui ont fini par percer. En 2019, les Bombers ont choisi le Québécois Kerfalla-Emmanuel Exumé au dernier tour. À sa première saison chez les pros, ce dernier a terminé au deuxième rang de la ligue pour les plaqués au sein des unités spéciales.

Exumé s’est joint en février aux Alouettes, où il retrouvera justement Brodeur-Jourdain, maintenant entraîneur de la ligne offensive.

« Avoir été sélectionné au dernier rang, ça représentait juste moins d’occasions d’échouer que quelqu’un qui avait été sélectionné en première ou en deuxième ronde », se souvient l’ancien numéro 58 des Alouettes.

« La seule chose qui te reste à faire, c’est de surprendre des gens et changer ce qu’ils pensaient de toi au préalable. C’est d’établir ton avantage concurrentiel durable et en faire la promotion. Dans mon cas, c’était aussi simple que d’être un gros bonhomme qui travaillait toujours. »

« Je ne terminais pas seulement mon bloc, mais je courais aussi au ballon. J’aidais mes coéquipiers à se relever. C’était l’effort et l’assiduité. »

– Luc Brodeur-Jourdain

Brodeur-Jourdain a souvent raconté son histoire à des élèves dans diverses écoles secondaires du Québec. Il participait à des conférences organisées par les Alouettes. L’athlète de Saint-Hyacinthe avait toujours le même message aux ados.

« Quand les gens disent que tu es quelqu’un de chanceux, c’est simplement que tu t’es préparé à saisir l’occasion. Ça s’applique à toutes les sphères de la société. C’est comme le gars au poker à qui il manque une carte dans son jeu. Il décide quand même de relancer l’adversaire et il obtient finalement la carte dont il a besoin. Il aurait pu jeter les cartes. Mais il était prêt à prendre une décision qui demandait du courage », relate-t-il.

« Quand les Alouettes m’ont repêché, c’était mon occasion. Je me retrouvais au sein de l’équipe avec laquelle je voulais jouer. »

Et, surtout, il était prêt à la saisir, cette occasion. Même si c’était la dernière offerte lors de ce repêchage.

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