Voyages transatlantiques

Transat se rapproche de WestJet

Environ six mois après l’échec de son mariage avec Air Canada, Transat A.T. se rapproche de WestJet avec une entente visant à placer son réseau en complémentarité avec celui du transporteur albertain – le type de partenariat au cœur de la nouvelle stratégie du voyagiste québécois.

Cet accord de partage de codes, dévoilé vendredi et qui concerne les liaisons transatlantiques, permettra aux partenaires d’offrir des liaisons en correspondance. Ils désirent ainsi remplir plus facilement leurs avions.

Par exemple, WestJet pourrait transporter des voyageurs de l’Ouest canadien à l’aéroport Montréal-Trudeau, où ils monteraient à bord d’un avion d’Air Transat pour survoler l’Atlantique – un créneau qui constitue l’une des forces de l’entreprise québécoise. Le voyageur n’aurait qu’un seul billet et ses bagages seraient enregistrés jusqu’à l’arrivée. La collaboration se fera également de l’Europe vers le Canada.

« C’est probablement l’une des évolutions les plus intéressantes de leur relation. L’entente offre aux deux entreprises des occasions uniques. »

— Chris Murray, de la firme torontoise ATB Capital

L’analyste estime que la société mère d’Air Transat pourra accroître son volume de passagers en provenance du marché intérieur, ce qu’elle peine à réaliser actuellement.

À l’exception de l’annonce d’une collaboration, les deux partenaires n’ont pas offert beaucoup de détails. L’accord devrait être en vigueur « au début de 2022 » et les liaisons seront annoncées ultérieurement. Sur le marché transatlantique, Transat A.T. et WestJet se chevauchent sur des destinations comme Paris, Londres et Amsterdam.

L’expert en aviation et chargé de cours à l’Université McGill John Gradek croit que WestJet s’intéresse notamment à des liaisons offertes par le voyagiste québécois à destination de la France, comme Nice, Marseille, Bordeaux, Nantes, Lyon et Toulouse, ainsi que de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce.

« Transat ne veut pas abandonner l’Ouest canadien, mais c’est plus rentable pour l’entreprise de se concentrer à Montréal et Toronto plutôt que d’envoyer ses appareils à l’autre bout du pays », croit M. Gradek.

Le voyagiste québécois prévoit, à l’heure actuelle, exploiter 250 vols par semaine vers 44 destinations l’été prochain, dont 24 en Europe et 5 aux États-Unis.

Encore des discussions

Il s’agit de la première alliance commerciale annoncée par Transat A.T. depuis l’arrivée d’Annick Guérard aux commandes, en juin dernier. Celle-ci avait enterré le projet de chaîne hôtelière dans les destinations soleil, au cœur du dernier plan stratégique de l’entreprise, pour miser sur les activités aériennes depuis l’est du Canada.

L’entente avec WestJet lui permettra d’élargir son réseau et d’éventuellement accroître son volume de passagers. L’inverse s’applique dans le cas de la société de Calgary.

« Toutefois, le volume du marché domestique demeure insuffisant pour Transat en ce qui a trait à ses vols vers les destinations soleil et ses nouvelles liaisons aux États-Unis. »

— Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale, dans une note

L’analyste Cameron Doerksen croit également qu’à plus long terme, WestJet pourrait être tenté de réduire la portée du partenariat si le transporteur albertain souhaite développer son propre réseau à l’étranger.

Un porte-parole de Transat A.T., Christophe Hennebelle, a rappelé que le voyagiste cherchait également à sceller d’autres alliances du genre.

« Ce qu’on cherche à faire, c’est de renforcer notre réseau, a-t-il expliqué, au cours d’un entretien téléphonique. Nous entretenons des discussions qui vont en ce sens. Ce n’est pas du tout exclu qu’il y en ait d’autres. »

Le partenariat survient alors que la concurrence s’intensifie dans le marché intérieur, où Air Canada et WestJet représentaient environ 80 % de la capacité avant la pandémie de COVID-19.

En octobre, M. Doerksen estimait que les ambitions de transporteurs comme Porter Airlines, Flair Airlines et Canada Jetlines se traduiraient par l’ajout de 20 000 sièges. Les calculs de l’analyste avaient été effectués avant l’arrivée de Lynx Air, qui doit recevoir ses trois premiers avions au début de 2022.

« Air Transat va voir que son futur est à l’international et pas sur le marché intérieur, affirme M. Gradek. Elle fait bien de placer ses pions. »

Transat A.T. doit publier ses résultats du quatrième trimestre et d’exercice le 9 décembre. À la Bourse de Toronto, vendredi, l’action de la société a avancé de 9 cents, ou 1,8 %, à 5,06 $.

Air Canada ne veut plus de l’argent d’Ottawa

En dehors du prêt pour rembourser ses clients dont les vols ont été annulés en raison de la pandémie, Air Canada ne veut plus de l’aide financière du gouvernement fédéral. Ce retrait élimine l’option qui aurait permis à Ottawa d’acquérir davantage d’actions du transporteur, qui se libère également d’éventuelles obligations en matière de rémunération de ses patrons.

« Bien que la pandémie ne soit pas encore terminée, nous interprétons cette décision comme un témoignage de confiance [de la part d’Air Canada] à l’égard de la reprise », a souligné vendredi l’analyste Konark Gupta, de la Banque Scotia, à la suite de l’annonce.

En avril dernier, Ottawa avait volé au secours du plus important transporteur au pays en déboursant 500 millions pour acheter des actions à un prix de 23,18 $, ce qui lui confère une participation de 6 %. Le gouvernement Trudeau avait aussi offert 4 milliards en facilités de crédit garanties et non garanties ainsi que 1,4 milliard pour rembourser les voyageurs. Le plan totalisait environ 5,9 milliards.

À l’exception de l’enveloppe destinée aux remises en argent, les prêts s’accompagnaient de restrictions, comme le plafonnement de la rémunération globale des hauts dirigeants à 1 million par année, le versement de dividendes et les rachats d’actions.

Air Canada a répété à maintes reprises, au cours des derniers mois, qu’elle souhaitait éviter d’avoir recours aux facilités de crédit offertes par le gouvernement, qui constituaient en quelque sorte un parachute de secours.

« Le retrait [de l’aide] pourrait également constituer un signal selon lequel le désendettement pourrait figurer sur la liste des priorités au cours des prochaines années. »

— Konark Gupta, analyste à la Banque Scotia

En tenant compte des milliards offerts par le gouvernement fédéral, Air Canada avait accès à des liquidités de plus de 14 milliards en date du 30 septembre.

Emprunter pour rembourser

Établie à Montréal, l’entreprise dit avoir emprunté environ 1,2 milliard sur les 1,4 milliard disponibles – à un taux d’intérêt annuel de 1,2 % – de la facilité de crédit destinée aux remboursements des passagers.

Ces fonds ont été « versés directement aux clients », affirme Air Canada. Des clients se plaignent toujours d’attendre leur remboursement, plusieurs mois après l’accord intervenu entre Ottawa et le transporteur aérien.

« Environ 58 % des clients admissibles ont demandé un remboursement, y compris ceux qui n’étaient pas couverts par la facilité gouvernementale, a souligné Air Canada. Les autres ont conservé des crédits pour des vols futurs. »

La somme de 1,2 milliard sera remboursée selon les conditions de l’entente.

Air Canada avait suscité un tollé en versant des primes totalisant 10 millions à ses gestionnaires ainsi qu’aux membres de sa haute direction après avoir affiché une perte d’exploitation d’environ 3,8 milliards en 2020, secouée par la pandémie.

La grogne populaire avait incité l’entreprise à faire marche arrière. Les hauts dirigeants avaient renoncé à leurs primes et à d’autres avantages. Air Canada possède maintenant toute la latitude pour rémunérer ses patrons comme elle l’entend.

Options annulées

En août dernier, le Directeur parlementaire du budget estimait que le gouvernement fédéral empocherait 177 millions en vertu de l’aide accordée à Air Canada.

Le calcul tenait toutefois compte de la valeur de bons de souscription. Le plan d’aide permettait à Ottawa d’acheter, pendant une période de 10 ans, jusqu’à 15 millions d’actions de plus à environ 27,27 $ par titre.

Avec le retrait, la moitié des bons, qui n’ont pas été acquis, sont automatiquement annulés. Air Canada entend se prévaloir de son option de racheter, à des fins d’annulation, la tranche restante, à sa « juste valeur marchande ».

Selon le plus récent rapport trimestriel du transporteur, en date du 30 septembre, la « juste valeur marchande » des bons de souscription acquis était estimée à 84 millions.

Parallèlement au plan d’aide, Air Canada avait obtenu, à la fin du troisième trimestre, environ 970 millions grâce à la Subvention salariale d’urgence du Canada, un programme qui a pris fin le mois dernier.

En plus d’Air Canada, Ottawa a conclu des accords de financement, qui prévoyaient des remboursements pour les voyageurs, avec d’autres compagnies, comme Transat A.T., Porter Airlines et Sunwing.

À la Bourse de Toronto, vendredi, l’action d’Air Canada a clôturé à 23,55 $, en recul de 59 cents, ou 2,4 %.

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