LE COUNTRY DANS LE SANG

« T’as grandi dans une famille qui écoute du country ? » C’est la réaction de 99 % du monde quand je parle de mon amour de cette musique. Disons-le une fois pour toutes : on peut avoir le country dans le sang sans être née dans la famille Daraîche.

Le country est venu à moi à 18 ans, dans un cours d’histoire de la musique américaine à l’université. J’y ai découvert les sonorités du hillbilly, du western swing, du bluegrass, du honky tonk, du rockabilly, du outlaw… Tous des styles appartenant à la country music. Méchante belle surprise quand t’as toujours entendu dire que le country, c’est juste trois accords !

Quinze ans de recherche plus tard, j’en arrive à la conclusion que si la culture western québécoise est moins définie et variée que celle de Trumpland, elle n’en est pas moins riche. En voici les grands principes.

Principe no 1

C’est pas parce que t’es country que t’es western.

Pour faire une histoire courte, dans les années 1920 et 1930, aux États-Unis, le country désignait la musique des paysans dans les Appalaches (les hillbillies), et le western, celle des régions plus développées, à l’ouest.

Au Québec, on a eu tendance à utiliser le terme « western » pour la musique rurale ou celle de nos pionniers. Aujourd’hui, c’est le terme « country » qui est officiellement embrassé (même l’ADISQ a changé le nom de sa catégorie), et je suggère qu’on se simplifie la vie pour les années à venir : 

Country = la musique

Western = la culture au grand complet (le cinéma, le rodéo, les festivals, la mode, le mode de vie)

Et n’est pas western qui veut. Willie Lamothe, par exemple, avait beau être le cowboy le plus connu du Québec en animant Le ranch à Willie (1,4 million de téléspectateurs dans les années 1970), la vérité, c’est qu’il avait une peur bleue des chevaux. Inversement, le plus intrépide des cowboys de rodéo n’écoute pas nécessairement Willie Nelson dans son char…

À la base, un cowboy, c’est quelqu’un qui s’occupe du bétail sur un ranch. Aux États-Unis, on trouve des dude ranches, où on peut apprendre à manier le lasso, à diriger un troupeau et à dormir à la belle étoile. Au Québec, on peut faire la même chose à la Ferme du Joual Vair, à Sainte-Gertrude — où le proprio vous racontera peut-être comment, dans une autre vie, il a montré à Willie Lamothe à monter à cheval pour un spectacle musical.

Principe no 2

C’est pas parce que notre country est un melting-pot qu’il est moins riche.

L’essence du country québécois, en cinq points : 

1) Si le country américain est né du folklore, il est bien rare que le nôtre fusionne avec notre musique trad. Un cowboy, ça gigue pas.

2) Comme dans son pendant américain, l’instrument de base du country est la guitare (avec des featuring de violon et de lap-steel). La présence occasionnelle de l’accordéon témoigne de l’admiration du Canadien français pour la chanson française.

3) Dès nos premières années de « country-western », nos chanteurs écrivent leur propre répertoire. Et quand ils adaptent des succès anglophones, en plus de les traduire, ils en changent la mélodie.

4) Notre corpus ne comporte PAS une variété de styles définis comme celui des Américains (honky tonk, bluegrass, western swing, etc). Ça explique pourquoi on pense souvent que le country, c’est toujours pareil. Mais il n’est pas moins riche : juste métissé et moins facile à classer, comme notre peuple. Notre mélange préféré ? Le folk-country. Parlez-en à Avec pas d’casque et aux Sœurs Boulay.

5) Mots d’ordre (autant chez le créateur que le spectateur) : authenticité, simplicité, passion. Quand j’aime une fois, j’aime pour toujours…

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