Des dames de cœur

Des dames… et Jean-Paul

Elles s’appelaient Lucie, Évelyne, Véronique et Claire. Mais c’est de Jean-Paul qu’on se souvient le plus ! Des dames de cœur, qui a passionné près de 2 millions de fidèles à Radio-Canada, reprend l’antenne pour la toute première fois depuis les années 1980. Retour sur un phénomène social dont tout le monde parlait autour de la machine à café, les femmes comme les hommes.

« À l’époque, les téléromans étaient beaucoup plus regardés par les femmes. C’était un des premiers qui attiraient autant d’hommes que de femmes. On en était très fières », me raconte Sylvie Payette, qui collaborait au scénario avec sa mère Lise après l’avoir conseillée pour La bonne aventure.

L’autrice, qui œuvre principalement comme romancière depuis quelques années, se réjouit de savoir qu’ICI ARTV reprendra les trois saisons diffusées de 1986 à 1989. Malgré son statut de phénomène, Des dames de cœur n’a étonnamment jamais été rediffusé, même l’après-midi. Puisque le téléroman n’a jamais été offert en VHS et encore moins en DVD, les nostalgiques devaient se contenter de vidéos de piètre qualité sur YouTube. ICI ARTV diffusera quatre épisodes par semaine, deux le jeudi et deux le vendredi à 17 h et à 18 h, à partir du 10 juin.

À l’époque, le lundi à 20 h, c’était sacré quand le thème d’André Gagnon se mettait à jouer. Au début, ces dames à l’aube de la quarantaine étaient de parfaites femmes au foyer, sauf Véronique (Michelle Rossignol), la plus moderne du quatuor, véritable carte de mode et propriétaire de son magazine. Lucie (Louise Rémy) commençait à voir clair dans le jeu de son Jean-Paul (Gilbert Sicotte) pendant qu’il promettait mer et monde à sa maîtresse Julie Bastien (Dorothée Berryman), sans jamais tenir parole. Évelyne (Andrée Boucher) était victime de violence conjugale, sous le joug d’un mari autoritaire (Raymond Bouchard, puis Pierre Gobeil). Enfin, Claire (Luce Guilbeault) cachait un lourd secret à son mari Gilbert (Michel Dumont), qui la négligeait au profit de son cabinet d’experts-comptables.

Heureusement, toutes finissaient par s’émanciper, à l’image des femmes de l’époque.

« Maman aimait bien défoncer des portes et apporter quelque chose de nouveau. Le téléroman sert à représenter la société et à la faire évoluer vers quelque chose de beau. »

– Sylvie Payette

Ce que ni la mère ni la fille n’avaient prévu, c’est qu’un personnage masculin supplanterait les quatre héroïnes dans l’intérêt public : le don Juan doublé d’un menteur notoire Jean-Paul Belleau, qui susurrait « ma biche » à l’oreille de sa maîtresse, un rôle qui a marqué à jamais Gilbert Sicotte. C’est beaucoup plus de lui que des quatre femmes qu’on parlait le lendemain.

« Au départ, on croyait que les gens aimeraient le détester. Ce qu’on n’avait jamais imaginé, c’est que les gens l’aimeraient et le défendraient. Les hommes surtout, mais il y a beaucoup de femmes qui l’adoraient et disaient qu’elles l’endureraient malgré ses infidélités ! », se souvient Sylvie Payette.

Le personnage est devenu plus grand que lui-même, jusqu’à être transposé dans des pubs de Loto-Québec. L’autrice et romancière s’amuse en repensant à la folie autour de Jean-Paul. « Le magazine Croc a sorti des t-shirts disant “J’ai couché avec Jean-Paul Belleau” et “Non, j’ai pas couché avec Jean-Paul Belleau”. Rock et Belles Oreilles a fait des sketchs extraordinaires [Des deux de pique], qui étaient très, très drôles. » Prendriez-vous un p’tit café ?

Hélas, tout comme Lise Payette, disparue en 2018, trois des quatre dames de cœur nous ont quittés. La première, Luce Guilbeault, n’avait que 56 ans lorsqu’elle a succombé à un cancer en 1989, quelques semaines seulement après la fin d’Un signe de feu, dans lequel elle avait repris le rôle de Claire.

« Elle avait refusé de se faire remplacer et on avait tourné toutes ses scènes à l’avance en quelques jours. »

– Sylvie Payette

Puis, Louise Rémy s’est éteinte à 77 ans en 2016 avant Michelle Rossignol, partie l’année dernière à 80 ans.

Mais voici la grande question : est-ce que ça a bien vieilli ? Pourrons-nous ne pas nous laisser distraire par les coiffures au Spray Net et les épaulettes des années 1980 ? Ou le regarderons-nous pour ce que c’est : un récit ancré dans son époque avec certaines choses qui ne se disent plus et d’autres, toujours d’actualité ?

« J’espère que les grands-parents vont dire à leurs petits-enfants de regarder Des dames de cœur avec eux pour leur montrer comment ça se passait à l’époque », affirme Sylvie Payette, qui trouve que la télé actuelle manque de grandes histoires d’amour, comme celles qu’ont vécues Pete et Lola ou Émilie et Ovila.

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