COVID-19

L’adversaire invisible que les athlètes redoutent

Tokyo — Alors, c’est comment, Tokyo en juillet ?

C’est chaud. Très chaud. Très, très chaud. Température ressentie en après-midi de 40 °C. La chaleur est écrasante. Épuisante. Étouffante. Avec le masque, on a la sensation d’être coincé sous les fesses d’un lutteur sumo.

Ce climat subtropical humide – auquel les athlètes canadiens sont moins habitués – sera l’un des deux adversaires invisibles des prochains jours.

L’autre ?

Le virus.

Impossible, pour les athlètes, de l’oublier. D’abord, ils sont testés tous les jours. Puis ils consultent les mêmes chiffres que nous. Depuis lundi, le nombre de cas au sein de la famille olympique a explosé. Au moment d’écrire ces lignes, on avait déjà recensé 75 cas liés aux Jeux – et la flamme olympique n’est toujours pas allumée.

La principale crainte des athlètes ?

Pas tant les symptômes du virus que ses conséquences sportives.

Si un joueur du Canadien de Montréal est infecté et qu’il doit rater trois matchs à la mi-novembre, ce n’est vraiment pas grave. Même pas digne de mention derrière sa carte de hockey. Mais si une nageuse contracte le virus ici et qu’elle est privée de la compétition pour laquelle elle s’entraîne chaque jour depuis 15 ans, le deuil sera terrible.

« Veux, veux pas, ça nous passe par la tête, confie l’haltérophile Tali Darsigny. J’y pense tous les jours. Toutes les fois que je vais porter mon éprouvette pour la faire analyser, j’imagine que deux heures [plus tard], ils viennent me chercher et me disent : “Tu es positive. Tu dois t’enfermer. Tu ne peux pas faire ta compétition.”

« En même temps, on sait que les risques sont faibles. Tout le monde a subi deux tests négatifs avant d’arriver au Japon. Ici, nous sommes testés tous les jours. S’il y a un cas positif, il sera isolé assez vite. »

Le gymnaste René Cournoyer, qui participe à ses premiers Jeux, partage le même état d’esprit.

« C’est un petit peu stressant de se dire que si je devais contracter le virus, à ce stade-ci, ce serait dévastateur. Ça m’empêcherait de faire ma compétition. C’est certainement une source d’inquiétude. Par contre, je ne vis pas dans une angoisse constante de l’attraper. Notre environnement est très sécuritaire. »

L’haltérophile Rachel Leblanc-Bazinet, elle, est un peu moins inquiète. « On ne se sent pas vraiment en danger présentement, indique-t-elle. Mais on va se le dire : si ça arrivait, ce serait vraiment de la merde… »

* * *

La règle est claire. Si un athlète est infecté, il doit s’isoler. Selon toute vraisemblance, son parcours cessera illico. Maintenant, qu’arrivera-t-il à ses coéquipiers ? À ses partenaires d’entraînement ? Aux compétiteurs qu’il a croisés dans une navette ? À ses compatriotes avec lesquels il a dîné à la cafétéria du Village olympique ?

Réponse courte : vous ne voulez pas que ça vous arrive.

Réponse longue : le Comité international olympique a établi deux grands critères pour gérer les cas positifs.

1. Les résultats précédents d’un athlète ou d’une équipe sont protégés. Par exemple, si un joueur de tennis se qualifie pour la finale, mais qu’il reçoit un diagnostic positif le matin de la partie, il héritera quand même d’une médaille d’argent.

2. Dans la mesure du possible, l’équipe ou l’athlète écarté sera remplacé par le concurrent le plus méritant. Reprenons le cas du tennis. Un remplaçant pourrait disputer la finale à la place de la personne contaminée. Il y aurait alors deux médaillés d’argent.

Ensuite, il y a des règles spécifiques pour chaque sport. Voulez-vous les détails ? Je ne crois pas, non. Les explications sont aussi longues et complexes que le manuel d’instruction pour envoyer Jeff Bezos dans l’espace.

Mais sachez que tout n’est pas noir ou blanc. Un exemple : le CIO ne précise pas combien de coéquipiers doivent être infectés pour qu’une équipe soit exclue d’un tournoi. Aussi, pour participer à une compétition, un contact rapproché d’un athlète infecté doit subir un test nasopharyngé négatif, et recevoir une « évaluation positive de sa situation médicale » des autorités médicales japonaises.

C’est quoi, exactement, une évaluation positive ?

Et vous savez quoi ? C’est une bonne chose que le terme soit si vague. Une équipe ne devrait pas être exclue d’emblée parce qu’il y a une ou deux personnes infectées dans ses rangs. Les athlètes qualifiés pour les Jeux de Tokyo méritent tous de pouvoir prendre part à la compétition – tant qu’ils n’ont pas encaissé personnellement un diagnostic positif.

* * *

Dans ce contexte d’hyperprudence, quelle est l’ambiance au Village des athlètes ? Ce ne sont pas les bacchanales, mettons.

« C’est relativement tranquille, raconte René Cournoyer. Chacun est dans sa petite bulle. Il n’y a pas trop d’interactions entre les pays, sauf à la cafétéria. Les échanges avec les autres sports sont minimaux, car on n’a pas de lieu de rassemblement comme dans les Jeux précédents. Par contre, [à l’entraînement], j’ai eu l’occasion de croiser des athlètes que je n’avais pas vus depuis deux ans. Ça, c’est très plaisant. »

Cela dit, c’est normal que le Village prenne un peu de temps avant de s’animer, précise Rachel Leblanc-Bazinet. « À chaque début des Jeux, c’est comme ça. Parce que tout le monde est concentré sur son entraînement. D’habitude, c’est après nos épreuves qu’on va fraterniser. »

Sauf qu’à Tokyo, ça ne sera pas possible. Car le CIO exige des athlètes qu’ils quittent le Village le plus tôt possible après leur compétition pour réduire les risques de contagion.

Rachel sera en action le 26 juillet. Tali Darsigny, le 27. Le lendemain, les deux amies reprennent l’avion vers Montréal. Rachel aurait préféré rester un peu plus longtemps, pour prendre une bière et fraterniser avec les athlètes d’ailleurs.

« Ça, c’est la partie un peu plate. Malheureusement, on n’aura pas le temps de faire le party… »

Des mélanges étonnants

Depuis notre arrivée au Japon, nous avons reçu des propositions culinaires audacieuses. À notre hôtel, ils offrent des spaghettis à la sauce à la viande et de l’orangeade au petit-déjeuner. Mais je n’ai rien vu d’aussi exotique que l’assiette de Rachel Leblanc-Bazinet, plus tôt cette semaine.

Dans son cabaret : des crevettes, accompagnées d’une grosse pièce de bœuf, de deux morceaux de fromage à pâte molle, de patates, d’un genre de pain aux fruits et d’une orange. Le genre d’assiette que compose un enfant de 9 ans dans un buffet à volonté.

Une explication, Rachel ?

« [Rires] Je suis intolérante à beaucoup d’aliments. Notamment le riz. C’est un peu challengeant dans un pays asiatique. Je suis aussi intolérante aux œufs. Pas évident pour le déjeuner. Je n’ai pas le choix. Il faut que je sois créative ! »

Un invité spécial

Les spectateurs sont interdits sur les sites de compétition. Mais qu’en est-il… des ours ? Un gardien de sécurité a aperçu un gros toutou d’un mètre de hauteur autour du stade de balle-molle de Fukushima, mercredi, peu avant le début d’un match entre les Japonaises et les Australiennes.

Plus de peur que de mal : l’ours n’est pas parvenu à entrer dans le stade. En fait, les autorités ne l’ont jamais retrouvé. Et le match, lui ? Les Japonaises, largement favorites, n’ont pas vendu la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Elles ont gagné 8-1.

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