J.K. Rowling de retour en force avec un conte de Noël

Ça y est, elle est de retour. Avec un nouveau monde, sans sorciers ni baguette magique, mais tout aussi fantastique, émotions fortes et vrais sentiments inclus (bons comme mauvais), comme l’autrice à succès en a le secret.

Jack & la grande aventure du cochon de Noël, roman du temps des Fêtes par excellence, est lancé mondialement ce mardi, et ce, en plus de 20 langues. La version française de cette nouvelle aventure jeunesse signée J.K. Rowling a été confiée à Jean-François Ménard, à qui l’on doit déjà la traduction de la saga d’Harry Potter, vendue, faut-il le rappeler, à plus d’un demi-milliard d’exemplaires et traduite en plus de 80 langues.

Après un détour par la littérature pour adultes, et quelques commentaires douteux sur les droits des personnes trans, lesquels lui ont valu toute une controverse, on s’en souvient, disons que l’autrice britannique revient en force et, surtout, dans ce qu’elle fait de mieux. À savoir : le roman fantastique pour enfants (ici 8 ans et plus).

En gros, ce nouveau conte depuis L’Ickabog (publié l’an dernier), très joliment illustré par Jim Field, raconte l’histoire d’un jeune garçon, Jack, qui perd un jour (et dans des circonstances plutôt moches) son toutou préféré : un vieux cochon moelleux en peluche. Il est prêt à tout pour le retrouver, et cela tombe bien, parce que c’est la veille de Noël, et comme chacun sait, tout se peut en cette nuit, aussi connue comme « celle des miracles et des causes perdues ». Il part donc dans un périple fou au pays des Choses perdues, là où règne l’effrayant Grand perdeur, avec à titre d’unique complice, un vulgaire cochon de remplacement, offert en guise de (maigre) consolation.

Prémisse bien sentie

Simpliste, pensez-vous ? Ce serait mal connaître J.K. Rowling, qui propose au contraire ici, et pendant plus de 300 pages, une aventure soutenue pleine de rebondissements, ancrée dans une prémisse classique, quoique sentie, qui risque de trouver écho dans bien des familles. Si vous avez perdu votre cœur d’enfant, peut-être avez-vous oublié à quel point un doudou peut être précieux ? J.K. Rowling, en tout cas, l’a saisi avec justesse et, surtout, empathie.

C’est qu’en plus d’avoir perdu son toutou, notre Jack vit de grands bouleversements, ses parents s’étant séparés, et sa mère étant en train de se recomposer. Un contexte qui touche une pléthore d’enfants. En fait foi la description, très bien vue, de la décoration du sapin en famille élargie. Non, ce n’est pas harmonieux, et disons que les souvenirs des uns sont les brouillons des autres…

Ici s’arrête toutefois le réalisme, puisque le récit se transporte, vous l’aurez compris, rapidement dans un monde fantastique (le pays des Choses perdues, donc), aux noms de contrées pas possibles : Jetables-City (on vous laisse deviner quel genre de jouets se retrouvent ici), Zutcéouça ou, la perle selon nous, la rocaille des Indéplorés. Pas de doute, voilà bel et bien l’univers imaginaire de J.K. Rowling, quoiqu’un brin moins riche que ce à quoi elle nous a déjà habitués.

Ici se retrouvent jouets égarés, mais aussi toutes sortes de babioles, du stylo au vieux bouton, en passant par, nouvelle perle, Poésie, cette dernière parlant en prime en rimes.

L’univers fait évidemment penser un peu à Toy Story, quoiqu’en version plus fantastique, tous les jouets étant animés, vous l’aurez compris. Les jouets, mais aussi les ciseaux, couteaux et autres objets contondants, ceux-ci, ce n’est pas une surprise, incarnant les soldats du Grand perdeur, bref, les méchants. Sans oublier, bien évidemment, les résistants, personnages clés de tout bon roman d’aventures qui se respecte.

Une morale qui fait grandir

Nouvelle touche propre à J.K. Rowling, ce pays des Choses perdues ne contient pas que des objets, mais aussi toutes ces choses, justement, qu’on peut perdre au fil du temps : on pense à l’ambition, à l’optimisme, à la beauté, ou pourquoi pas à la mémoire, voire carrément aux mauvaises habitudes, lesquels trouvent tous une incarnation insoupçonnée. Et ce faisant, ajoutent une note d’originalité et de subtilité au récit, ou disons de morale.

Parlant de morale, puisqu’il y en a évidemment une (c’est un conte, après tout !), elle n’est pas sans rappeler celle omniprésente au pays de Poudlard : les grandes vertus que sont le courage, la solidarité et la persévérance sont également mises de l’avant. Avec en prime, une réflexion sur la consommation, notre rapport aux objets, notre attachement et l’importance immense que revêt la valeur sentimentale. Bref, l’importance immense que revêtent les doudous.

C’est doux, fort, divertissant, avec un rebondissement ultime qui fait réfléchir, peut-être même grandir. Ne boudons pas notre plaisir, et disons enfin que tout cela, ça sent aussi l’adaptation cinématographique à plein nez. Soyons francs, on se le souhaite.

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