Décoration

Le « design à vivre » selon Roche Bobois

En 1960, Roche Bobois faisait officiellement ses premiers pas dans l’univers du meuble, porté par l’idée d’importer du mobilier scandinave à Paris. Son flair et ses collaborations notoires l’ont rapidement hissé parmi les grands acteurs de l’industrie. Style et confort combinés sont devenus sa signature et certaines de ses créations, des icônes du design. Le Mah Jong en est une qui, à 50 ans, affiche des lignes toujours aussi modernes. Nicolas Roche nous raconte ce meuble caméléon, entre autres confidences autour du design.

Le canapé Mah Jong s’est taillé une place au panthéon du mobilier haut de gamme avec un design visionnaire qui a su saisir l’évolution des styles de vie. Créé par Hans Hopfer, artiste et designer à l’approche décomplexée, le Mah Jong se voulait une pièce en mouvement : libre dans sa forme comme dans sa fonction, puisque l’utilisateur la module au gré de ses besoins ou de ses inspirations pour en faire tantôt un fauteuil, un lit, un canapé, une chaise longue…

On ne fait pourtant pas plus basique : quelques grands coussins accompagnés d’un dossier latéral, relève le directeur de collection Nicolas Roche, joint à sa maison du sud-ouest de la France, où il séjourne en vacances avec sa famille.

« Je crois que ce qui en a fait un incontournable, c’est sa simplicité et sa modularité. À l’origine, c’était d’ailleurs le produit le moins cher qu’on pouvait acheter chez Roche Bobois. »

— Nicolas Roche, directeur de collection de Roche Bobois

Il était alors recouvert d’un tissu sobre en toile de coton.

L’avant-garde, en 1971, était de pouvoir « faire évoluer un meuble et un design ». Le concept trouve toujours un écho aujourd’hui, peut-être encore davantage alors que nos espaces sont investis comme jamais et se doivent d’être flexibles, estime l’ancien architecte issu d’une troisième génération de Roche impliquée dans la marque.

« Les gens travaillent et vivent chez eux. Ils ont besoin de meubles esthétiques, mais surtout pratiques. La demande pour des meubles multifonctionnels n’a jamais été aussi présente. »

— Nicolas Roche, directeur de collection de Roche Bobois

Des collaborations marquantes

La construction très simple du Mah Jong en a fait un parfait terrain de jeu pour les stylistes. « Le Mah Jong, c’est beaucoup de tissu, ce qui a permis une rencontre entre le monde du meuble et celui de la mode », explique Nicolas Roche. Plusieurs générations de Mah Jong plus poétiques, parfois graphiques, si ce n’est subtilement décalés, se sont d’ailleurs ajoutées au fil du temps. Plusieurs grands noms de la mode y ont laissé leur griffe, dont Kenzo Takada, Missoni Home et Jean Paul Gaultier.

La collection créée pour les 40 ans du Mah Jong, par Jean Paul Gaultier, a été la plus marquante, estime Nicolas Roche. À la fois humoristique et sophistiquée. « On parle de haute couture, de France et de création. C’était la première fois que des tissus étaient dessinés exclusivement pour le Mah Jong et que des motifs comme un baiser, un tatouage ou un signe de dollar étaient placés à des endroits précis sur le mobilier. »

Des designs fonctionnels

Les créations de Roche Bobois sont pratiques et leur confort, une priorité. Ce qui fait la force de la marque, insiste toutefois son directeur, est sa capacité de faire appel à de nouveaux contributeurs pour être à l’affût des dernières tendances et des plus récentes techniques de conception.

« Notre modèle est particulier. On n’a pas d’usine de fabrication. On s’appuie sur le savoir-faire de nos partenaires. Si on a envie d’une nouvelle technique, on va chercher des gens talentueux qui comprennent notre identité et qui ont cette capacité de faire fusion avec nous. Moi, je ne cherche jamais à imposer quoi que ce soit à un designer ou à un fabricant. Il faut qu’on arrive à se convaincre pour avancer ensemble. »

Il pourrait être ardu de résumer l’identité d’une marque à trois mots. Nicolas Roche le fait sans ambages : « Créativité et qualité, car ça sous-tend notre recherche permanente. Mais surtout, liberté. On n’est pas enfermés dans un style. »

L’avenir permettra probablement de voir émerger de nouvelles techniques de création afin de pousser la personnalisation à un autre niveau, projette-t-il. D’ailleurs, Roche Bobois a déjà introduit ce concept avec la table Corail, qui permet au client d’être aussi son propre concepteur. Dans cette même veine, une évolution naturelle serait de s’investir dans la conception complète d’architecture intérieure, voire d’extérieur, songe encore le gestionnaire en adoptant une position privilégiée par Roche Bobois au fil du temps : un pied dans son époque, un pas tourné vers l’avenir.

Nicolas Roche en cinq questions

Votre création Roche Bobois favorite ?

Le bureau Ozoo, dessiné par Marc Berthier, en 1968, et que nous avons réédité en 2018, pour ses 50 ans.

J’aime son design simple et fonctionnel, mais aussi le fait qu’il marque une révolution dans l’industrie et dans l’esthétique du meuble. Roche Bobois a été l’un des premiers à utiliser les matériaux plastiques et légers qui permettent des formes et des couleurs inédites.

Comment pourrait-on qualifier votre intérieur ?

Il raconte mon histoire et mes voyages ; l’espace et le temps. J’ai récupéré beaucoup de meubles à l’époque où Roche Bobois importait du mobilier scandinave. J’ai donc beaucoup d’objets en palissandres, dont un très beau bureau de la designer Nana Ditzel. Le fil conducteur de ma décoration est le rond : il y a beaucoup de courbes et d’arrondis, donc même si mon intérieur est éclectique, il demeure cohérent.

Votre plaisir coupable en déco ?

Je suis un collectionneur, donc par essence, j’ai beaucoup de petits plaisirs coupables ! En ce moment, je collectionne les calendriers perpétuels, mais avant, c’était les saupoudreuses de sucre en poudre de toutes les époques… En déco, j’ai un petit penchant pour les chaises. Lorsque je n’ai plus la place, je les vends en lot.

Un objet fétiche

Mon fauteuil boule Boris Tabacoff, chiné en Autriche.

Le plus gros faux pas qu’on puisse faire en aménagement d’intérieur ?

J’accorde beaucoup d’attention aux matières. Selon moi, les plus gros faux pas sont une mauvaise utilisation d’un matériau et les imitations : si je ne peux pas me payer de marbre sur les murs, je préfère une belle peinture plutôt qu’un faux marbre.

La petite histoire de Roche Bobois

Dans les années 1950, Jacques Roche fait construire deux magasins rue de Lyon, à Paris. Ses deux fils, Philippe et François, se joignent à l’enseigne et se lancent dans la distribution de meubles contemporains français. Pendant ce temps, boulevard Sébastopol, les Chouchan dirigent la boutique Beau Bois, qui deviendra Bobois. Le Salon de Copenhague réunira les deux familles autour d’une même idée : importer du mobilier scandinave. Les clans joindront leurs forces pour créer une marque à part entière : Roche Bobois.

Québec est la première ville à avoir accueilli une boutique à l’extérieur de la France, en 1973. « La marque souhaitait prendre de l’expansion. Pour être bien franc, mon père [Philippe Roche] ne maîtrisait pas du tout l’anglais. Le Québec était donc une porte d’entrée pour l’Amérique du Nord », avoue Nicolas Roche avec un sourire. Roche Bobois compte maintenant 255 magasins dans le monde.

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