Covid-19 éducation

Les élèves du primaire retourneront en classe lundi et ceux du secondaire, le 18 janvier. Le ministre de l’Éducation a expliqué vendredi comment la rentrée se déroulera.

RÉOUVERTURE DES écoles

Québec veut « faire baisser la pression »

Tutorat auprès des élèves en difficulté, annulation des examens ministériels et changement à la pondération des bulletins : les demandes du milieu de l’éducation pour alléger cette année scolaire étaient nombreuses et le ministre Jean-François Roberge y a en grande partie répondu, vendredi. Il fallait faire « baisser la pression », a reconnu le ministre.

D’entrée de jeu, le ministre de l’Éducation a estimé qu’il y avait « un consensus assez fort au Québec pour rouvrir les écoles le plus vite possible ». Le DRichard Massé, conseiller médical stratégique à la Direction générale de santé publique, a abondé en ce sens : oui, il y a eu des éclosions de COVID-19 dans les écoles, mais les fermer sur une longue période a des « conséquences très importantes sur l’apprentissage, la santé mentale, la socialisation, l’organisation des familles et la capacité des parents de travailler ».

Ainsi, les écoles rouvrent, mais l’année scolaire « ne peut pas reposer sur les épaules des enseignants et des parents ». « Il faut donner de l’aide à tout ce monde-là », a résumé le ministre Roberge.

Comme il l’a fait l’an dernier, Québec annule donc – au primaire comme au secondaire – les examens du Ministère prévus cette année. D’ici peu, le Ministère fournira aux enseignants un document qui regroupera « les incontournables, les savoirs essentiels » que les élèves doivent maîtriser à la fin d’une année scolaire pour mieux entamer la suivante.

Les enseignants auront deux semaines de plus pour rendre le premier bulletin de l’année scolaire, qui devra être remis au plus tard le 5 février.

Ce premier bulletin avait déjà été reporté au 22 janvier, mais la fermeture prolongée des écoles pendant la période des Fêtes faisait craindre à bien des enseignants de ne pas arriver à évaluer leurs élèves à temps.

La pondération de ces bulletins change : celle du premier sera revue à la baisse et celle du second à la hausse, mais « des consultations sont encore en cours » pour déterminer combien vaudra chaque bulletin, a précisé Jean-François Roberge. Aux élèves qui ont eu de bonnes notes jusqu’ici, le ministre a adressé un message qui se voulait rassurant : « Ce n’est pas perdu », leur a-t-il déclaré. À ceux qui « ont eu des difficultés, des retards », il a expliqué qu’ils ont désormais « une chance de se rattraper ».

Tutorat pour les élèves en difficulté

Ces élèves en difficulté pourront avoir un coup de pouce supplémentaire. Comme le demandaient depuis plusieurs mois des experts en éducation et les partis d’opposition, un programme de tutorat est mis en place pour eux. Les intéressés, retraités de l’enseignement ou étudiants universitaires dans ce domaine, sont invités à se manifester. Ils seront payés.

La députée du Parti québécois Véronique Hivon estime que cette mesure arrive un peu tard, mais la salue néanmoins. « On aurait aimé que ce soit un appel très fort comme on le fait pour le réseau de la santé, parce que ce n’est pas parce que ça ne saigne pas que ce n’est pas criant d’urgence pour les élèves en difficulté », dit Mme Hivon.

Les mesures pédagogiques annoncées par le ministre ont été jugées « pleines de bon sens » par la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Sonia Éthier.

« On vient envoyer le message aux élèves, au personnel et aux familles qu’on n’est plus à la course de la réussite en pourcentage. On va se concentrer sur les apprentissages », dit pour sa part Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement.

Les profs pourront respirer un peu mieux dès la semaine prochaine, reconnaît aussi l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal.

« Il y a deux éléments qui vont avoir fait véritablement baisser la pression, les examens du Ministère et le vaccin. C’est quelque chose qui va venir rassurer certains profs. »

— Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal

Vendredi, le DRichard Massé, conseiller médical stratégique à la Direction générale de santé publique, a confirmé que le personnel des écoles était considéré comme des travailleurs essentiels et qu’en conséquence, il sera placé parmi les groupes prioritaires pour la vaccination.

« Ils ne seront pas vaccinés avant les personnes en CHSLD ou en résidence pour personnes âgées, mais ils vont être vaccinés avant des gens de leur âge, de leur groupe prioritaire », a précisé le DMassé. Ce qui devrait, a-t-il estimé, permettre aux profs de recevoir le vaccin tant attendu au début du printemps, soit quelques mois avant la fin des classes.

Ventilation dans les classes

Les portes devront rester ouvertes

En tout temps, les portes des classes devront rester ouvertes. Les fenêtres, elles, devront être ouvertes avant les cours, entre les périodes et après la dernière cloche dans les écoles sans ventilation mécanique, c’est-à-dire dans les deux tiers des écoles du Québec.

C’est ce que préconise la Santé publique du Québec dans une position exposée en point de presse vendredi par le DRichard Massé, conseiller médical stratégique de la Direction générale de santé publique.

La Santé publique « n’interdit pas, mais ne recommande pas non plus » l’achat de purificateurs d’air, comme cela s’est fait dans certaines écoles anglophones de la région de Montréal.

Selon le Dr Massé, ceux qui en utilisent déjà devront démontrer que ces appareils sont utilisés adéquatement et qu’ils ne sont pas plus nuisibles que bénéfiques, et ce, autrement que par la simple garantie du fabricant.

« Les 20 experts consultés estiment que ces appareils ne doivent pas être la solution choisie. »

— Le Dr Richard Massé, conseiller médical stratégique de la Direction générale de santé publique

Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation, a par ailleurs évoqué en point de presse les résultats des tests de la qualité de l’air (mesure des taux de dioxyde de carbone) effectués en décembre dans une école sur dix au Québec (330 établissements sur un peu plus de 3000 au Québec).

Cet indicateur, a-t-il souligné, est important dans la mesure où il permet de connaître « la qualité de la ventilation et l’apport d’air frais dans un local ».

Trois mesures devaient être prises par les centres de services scolaires : avant le début du cours, au milieu du cours et avant la fin du cours.

À la fin des cours, 62,8 % des classes ventilées naturellement ont présenté un taux de dioxyde de carbone sous le seuil de 1000 parties par million (ppm). Dans les locaux ventilés mécaniquement, le taux a plutôt atteint 74 %.

Pour M. Roberge, « les résultats sont quand même assez encourageants ».

Dans le document lui-même (une fiche de renseignement portant l’en-tête du ministère de l’Éducation), les taux de dioxyde de carbone calculés dans les classes ont été qualifiés de « satisfaisants ».

Dans la fiche de renseignement du ministère de l’Éducation, il est précisé que les valeurs les plus problématiques, celles de plus de 2000 ppm, ont été enregistrées dans 42 classes ; elles provenaient de 34 écoles ventilées naturellement et de 8 écoles ventilées mécaniquement.

Le ministre Roberge a assuré que les correctifs nécessaires avaient été apportés, mais il n’a pas dit que les parents et le personnel de ces établissements avaient été prévenus.

Les premiers résultats étant encore tout frais, M. Roberge a dit qu’on ne savait pas encore s’il y avait une corrélation entre les écoles mal ventilées et celles qui ont vécu des éclosions de COVID-19.

En point de presse, le ministre a précisé que les 330 écoles ayant fait l’objet de tests étaient aussi bien des écoles vétustes que des écoles récentes.

Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, voudrait pouvoir consulter la liste des écoles où les tests ont eu lieu.

« À Montréal, on n’a pas eu accès aux données, même si on les a demandées. Certains collègues d’autres centres de services les ont eues. Ça nous préoccupe, on sait qu’à Montréal, nos écoles sont très vieilles, on a lésiné pendant plusieurs années sur l’entretien, on a des problèmes de qualité de l’air. »

Reconnaissance du rôle des aérosols

Le Dr Massé a aussi relevé qu’un rapport publié vendredi par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) reconnaît le rôle des aérosols dans les transmissions, mais un rôle limité.

Dans le document de l’INSPQ, il est précisé que « les données expérimentales et épidémiologiques disponibles soutiennent une transmission par aérosols à proximité ».

Cependant, enchaîne-t-on, la COVID-19 se transmet « principalement lors de contacts rapprochés entre les personnes, à moins de 2 mètres de distance, et prolongés durant plus de 15 minutes ».

Le risque de transmission, estiment les auteurs du rapport à la lumière des études existantes, est donc « augmenté dans les espaces restreints, ventilés de façon inadéquate, à forte densité d’occupants et lorsque la durée d’exposition est prolongée ».

Véronique Hivon, porte-parole du Parti québécois en matière d’éducation, demeure sceptique à ce sujet précis.

« Le gouvernement ne met pas en place de mesures correctrices pour la ventilation, bien qu’il reconnaisse finalement la transmission par aérosols. »

— Véronique Hivon, porte-parole du Parti québécois en matière d’éducation

Manifestement piqué par les commentaires entendus au point de presse du jour, le centre de services scolaire Lester-B.-Pearson a publié un communiqué de presse en fin de journée. Il y souligne que l’achat des purificateurs d’air HEPA pour l’ensemble de ses 17 écoles et centres à ventilation naturelle a été basé « sur les pratiques éprouvées d’autres pays du monde » et sur diverses études universitaires.

Notons que pour pouvoir rouvrir, les cabinets de dentistes ont dû acheter des purificateurs d’air.

— Avec la collaboration de Marie-Eve Morasse, La Presse

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