Crise de la COVID-19

Des cas d’entreprises « en direct »

Dans les programmes de MBA, les étudiants se penchent sur des cas d’entreprises pour donner du concret à leurs apprentissages. Or, avec la COVID-19, la réalité des affaires a soudainement changé, et on ne peut pas en faire abstraction. Ainsi, plutôt que de fouiller dans des catalogues de cas, des enseignants ont tendance à regarder ce qu’il se passe en temps réel dans les organisations.

Une entreprise en Colombie-Britannique vit des défis avec sa chaîne d’approvisionnement. Une organisation en Californie cherche une façon innovante d’évaluer à distance si les nouveaux employés s’intégreront bien dans la culture d’entreprise. Un système avant-gardiste de suivi de la production est testé en Asie.

« Avant, on invitait toujours des conférenciers en personne et cela demandait de l’organisation, mais maintenant, les professeurs n’hésitent pas à demander spontanément à des dirigeants d’entreprise de différentes régions du monde de venir parler de ce qu’ils vivent à leurs étudiants par vidéoconférence, et j’espère que cela restera après la pandémie », affirme John-Paul Ferguson, directeur du MBA à l’Université McGill.

Que ce soit l’arrêt du secteur de l’aviation, la distribution des vaccins ou la dévitalisation des centres-villes, une foule de cas sont susceptibles d’être discutés en classe. Par contre, contrairement à ceux des livres, personne ne sait comment ils se résoudront.

« Les étudiants peuvent débattre des différentes stratégies possibles et proposer une solution, mais même le professeur ne sait pas comment l’enjeu sera résolu : tout le monde apprend en même temps et il faut suivre l’évolution des choses de semaine en semaine. »

— Anne Beaudry, directrice des programmes de MBA de l’École de gestion John-Molson de l’Université Concordia

Des cas pertinents à long terme ?

La situation actuelle est tout de même exceptionnelle. La pertinence des expériences vécues risque-t-elle de disparaître avec le virus, ou s’inscrira-t-elle dans le temps ?

« Plusieurs cas sont en train d’être rédigés actuellement, affirme Louis Hébert, directeur du programme de MBA à HEC Montréal. Je crois qu’ils resteront pertinents parce que la pandémie accélère bien des changements. Prenons l’exemple de la stratégie omnicanal en marketing qui intègre tous les canaux de vente d’une entreprise. C’était en progression depuis quelques années, mais tout d’un coup, c’est devenu une nécessité. »

Marie-Ève Dufour, professeure au département de management à l’Université Laval qui enseigne au MBA, met toutefois un bémol. « Dans mon cours sur les tendances en ressources humaines, j’ai intégré de nouvelles notions, par exemple dans le télétravail, la mobilisation des employés ainsi que dans l’attraction et la rétention des talents, explique-t-elle. Mais il faut être prudents. Selon moi, la situation actuelle sur le marché du travail ne perdurera pas. Plusieurs organisations reviendront à comme c’était avant. »

Gestion par scénarios

À l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), les professeurs du MBA pour cadres n’utilisaient pas, même avant la pandémie, de cas des catalogues. Ils invitent plutôt les étudiants à se pencher sur ce qu’ils vivent en temps réel chez leur employeur. La pandémie a tout de même amené les professeurs à changer certaines de leurs approches. Kamal Bouzinab, directeur du MBA pour cadres à l’ESG UQAM, donne un exemple dans son cours de stratégie.

« Avant, on utilisait généralement davantage le modèle de prévision, indique-t-il. Mais, avec l’incertitude actuelle, on ne peut pas planifier. Alors, on privilégie l’approche par scénarios. Avant, elle était réservée aux secteurs où il y a énormément de turbulences, mais en ce moment, c’est généralisé. Elle ne permet pas aux organisations de savoir exactement où aller, mais elle les aide à voir plus clair dans le contexte actuel. »

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