Sexualité Derrière la porte

L’infidèle en série

Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes.

Cette semaine : David*, début quarantaine

David est un gars de « sensations fortes ». Un gars passionné. Intense. Et par-dessus tout : infidèle. Confidences en toute transparence.

Jeune quarantaine, beau bonhomme, David est aussi athlète professionnel. On n’a pas de mal à croire qu’il « pogne », comme on dit. Et de toute évidence, il le sait. C’est l’histoire de sa vie : « J’ai toujours été en couple. De longues relations. Stables. Mais j’ai toujours eu des relations extra-conjugales, nous a-t-il écrit. Dans les 25 dernières années, j’ai eu cinq conjointes, mais une vingtaine d’aventures et de maîtresses. »

À ce jour, personne n’est au courant. À part peut-être son meilleur chum. Comment est-ce possible ? Il faut dire qu’il voyage souvent pour le boulot. Rencontre beaucoup de monde. Et puis : « Je suis bon », dit-il en souriant, charmeur, avec une franchise désarmante. Il ne se sent d’ailleurs pas tant coupable. « Je suis mal fait pour ça, grimace-t-il à la caméra. C’est comme une autre game. Oui, je me sens coupable de faire de la peine. Mais pas coupable d’avoir commis le geste, résume-t-il. C’est farfelu comme ça ! »

« C’est triste en maudit, mais je suis un gars d’excitation, de défis. […] Je ne fais pas de drogue, comprends-tu, mais je suis un gars de sensations fortes, de sensations amoureuses fortes. »

— David

Et ç’a toujours été. Ou presque. Après une entrée assez précoce dans la vie sexuelle active (12 ans, se souvient-il : « Je pense que je n’avais même pas de poils ! »), David enchaîne ensuite les relations. S’il souffre à l’époque d’éjaculation précoce, il gère son problème rapidement, vers 16 ans. « J’ai acheté un livre, fais des exercices, et ça s’est amélioré à la suite de ça. »

Avec sa copine, il « explore », se souvient-il. Comment, exactement ? « En contrôlant mon éjaculation précoce, répond-il, en souriant toujours. Rien de spécial. Moi, je ne suis pas hardcore, je suis un petit doux. »

Un « besoin » ?

C’est aussi à cet âge, dès l’adolescence, donc, qu’il comprend à quel point il aime la « séduction ». Une conversation, un peu d’intérêt par-ci et, sans crier gare, « tu embrasses une fille, même si tu es en couple ! », résume-t-il. « Et c’est à ce moment-là que j’ai senti que j’avais, je ne sais pas si c’est un besoin – je ne sais pas où ça va dans la case des émotions –, mais ce besoin de m’engager dans des relations parallèles. » L’été de ses 19 ans, il a carrément une blonde dans une ville, et quelques maîtresses dans une autre. Ironie du destin, sa blonde en question finit par le tromper à son tour. Si ça le choque ? « Oui, dit-il en riant. Deux poids, deux mesures ! »

David poursuit son récit de conquêtes, et on vous avouera qu’on perd ici un peu le fil. Les prénoms se suivent et se ressemblent, entre un voyage ici, un coup de foudre là, et une folle aventure entre les deux. À travers tout cela, il fréquente aussi une amie de sa sœur, fille qui restera toujours dans le portrait. À ce jour, d’ailleurs.

« Je suis athlète professionnel, j’ai pas toujours le temps de voir des filles, mais après une compétition, disons le dimanche, quand tout est fini, j’attache mes ficelles... »

Comment ? Le plus naturellement du monde, avec une simple conversation. Un échange de regards. Une invitation à prendre un verre.

« J’aime le monde. »

— David

Et ça paraît. Et son boulot fait surtout en sorte qu’il côtoie beaucoup de monde. Partout dans le monde.

Au début de la vingtaine, poursuit-il, il tombe amoureux « avec une amie d’école, des fois en escapade à Montréal ». « J’appelle l’amie de ma sœur, et puis je fréquente aussi une ex de mes 16 ans, récite-t-il. Je joue dans mes vieilles plates-bandes... »

À quelques reprises, il se dit que c’est trop. Qu’il va se remettre « dans le droit chemin », en un mot, « arrêter de cruiser tout ce qui bouge dans le monde souterrain », dit-il en pouffant de rire. Mais on devine qu’il n’en est rien.

À travers tout cela, il vit aussi son lot de peines d’amour « vraiment rough », des moments « difficiles », qu’il soigne en se replongeant dans son « carnet d’adresses ». « Comme si j’essayais de trouver une autre liane... »

Un gars « plate »

Il se souvient encore d’un coup de foudre particulier : une fille « extra belle » : « Je m’en souviens comme si c’était hier. » Il lui a même fait un enfant. Leur histoire a carrément duré 10 ans. Dix années et autant de maîtresses, ici comme à l’étranger, entre quelques tentatives de « sobriété », pendant lesquelles il tombe même carrément amoureux (d’une maîtresse outre-mer, vous suivez toujours ?).

À ce moment-ci de l’entretien, David s’interroge : « Peut-être que je mélange ce sentiment d’intensité avec l’amour. J’arrive à vivre des émotions capotées, dans cette tendresse... »

Les souvenirs, « trips » et autres « build-ups de séduction » lui reviennent au fur et à mesure qu’il se raconte : « J’ai même été en amour avec une danseuse ! Elle étudiait en médecine. [...] Et j’ai même eu une maîtresse de 60 ans. Là, c’est elle qui est tombée amoureuse de moi. C’était l’enfer, elle était en super shape. Une rousse. Wow ! » D’ailleurs, il n’a jamais été attiré par les plus jeunes, tient-il à préciser. Ni par quoi que ce soit de trop « hardcore ». « Jamais fait de trip à trois, ce n’est pas mon rêve. Jamais fait l’amour anal non plus. Je suis vraiment plate ! »

« C’est farfelu, une vie de même ! Je ne consomme pas de porno. Pas de drogue. Mes relations sexuelles, c’est de la tendresse. De la passion. C’est coco, ce que j’ai fait ! »

— David

Pour en revenir à la mère de son enfant, ils ont fini par se séparer, il y a quelques années. Mais pas parce qu’il la trompait : « Je l’aimais, mais la relation était difficile. Vraiment difficile. » Leur quotidien était « lourd », résume-t-il, une psychothérapie plus tard.

Depuis ? Croyez-le ou non, David vit une sorte de crise de la quarantaine inversée. « J’ai eu une relation après ça. Et je ne l’ai pas trompée. C’est la première fois, et ça a duré deux ans. » L’histoire s’est terminée il y a quelques mois, parce que ça ne cliquait pas avec l’ex de madame, son enfant à elle, et lui. Bref, c’était compliqué. « Mais je ne l’aurais pas trompée, insiste-t-il. Je suis tanné. C’est exigeant, tout ça. T’as comme une charge mentale. Je ne dis pas que je suis guéri. Mais je suis en processus. C’est ça. C’est drôle, pareil... », laisse-t-il tomber, après une heure de récits d’aventures épiques et souvent exotiques.

Comment il envisage l’avenir ? « Je ne sais pas. Je ne suis pas un gars de futur. Mais un gars du moment présent. C’est ce qui fait que j’ai saisi toutes ces occasions. » On l’avait compris. N’empêche. On dirait qu’il a fait le tour. « Je suis où je voulais être dans la vie. Mais il me manque le volet amoureux, dit-il. J’aimerais ça, être dans un couple plus stable. Je sens que je suis rendu là... »

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat

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