Helen Mirren

Vie d’actrice

Les producteurs de The Duke ont fait parvenir leur scénario à Helen Mirren sans trop y croire, persuadés que l’actrice n’accepterait pas de jouer une femme aussi « anonyme », femme du protagoniste de l’histoire, interprété par Jim Broadbent. La vénérable actrice a pourtant adoré chaque instant de cette aventure, d’autant qu’elle a été la dernière du cinéaste Roger Michell. Entretien.

En 1961, en Angleterre, un jeune homme est parti de Newcastle pour se rendre à la National Gallery de Londres. Son but ? Subtiliser l’une des nouvelles acquisitions du célèbre musée, un portrait du duc de Wellington par le peintre Francisco Goya, pour ensuite le rendre et toucher une éventuelle somme en récompense. Son plan a fonctionné. Mais c’est son père, Kempton Bunton, un homme de 60 ans engagé dans de multiples causes sociales, qui a pris la faute sur les épaules. Et eu un procès quatre ans plus tard.

Vous n’avez jamais entendu parler de cette affaire qui a véritablement eu lieu ? Rassurez-vous, Helen Mirren non plus. « Quand j’ai lu le scénario [écrit par Richard Bean et Clive Coleman], je me suis dit qu’ils avaient sans doute exagéré, confie l’actrice au cours d’un entretien en visioconférence accordé à La Presse. Mais on m’a aussi envoyé de la documentation et c’est là que j’ai réalisé que cette histoire était authentique. Je ne sais trop pourquoi elle m’avait échappé à l’époque. J’étais quand même adolescente ! »

Pas du tout un contre-emploi

Il est cependant à noter que même si l’affaire a fait les manchettes dans les années 1960, tous les détails de cette histoire n’ont été révélés que 50 ans plus tard. Pour donner la réplique à Jim Broadbent, les producteurs de The Duke ont rapidement pensé à Helen Mirren, à qui ils ont cependant fait parvenir le scénario du film sans trop y croire. Ils voyaient mal comment une actrice de cette trempe, habituée à de grands rôles et à des personnages plus grands que nature, pouvait accepter de prêter ses traits à une femme modeste, de classe ouvrière, blessée de l’intérieur par la mort accidentelle de sa fille.

« Pourtant, j’ai adoré jouer Dorothy ! », insiste celle qui a obtenu un Oscar grâce à The Queen en s’étonnant de cette perception erronée. « Je me souviens qu’à l’époque, j’avais bien indiqué qu’en cas de conflit d’horaire avec un autre projet, celui-là était prioritaire. J’ai aimé ce mélange entre la tragédie que cette femme porte en elle et la façon dont elle mène sa vie. J’ai aimé sa force tranquille, sa façon d’appuyer son mari, même s’il lui fait vivre des moments impossibles. En fait, c’est une histoire très humaine. »

Elle refuse aussi la notion de contre-emploi quand vient le moment d’évoquer un personnage qui, bien que plus anonyme, n’en est pas moins dramatiquement riche. « Une vie d’actrice est faite de personnages venus de toutes sortes d’horizons », explique-t-elle.

« Mon plaisir a toujours été de trouver l’humanité d’un personnage, peu importe sa nature. J’aurais beaucoup de difficulté à jouer quelqu’un en qui je ne pourrais pas trouver l’être humain qui se cache à l’intérieur. »

— Helen Mirren

Cette occasion de redonner vie à Dorothy Bunton, sur qui il n’existe aucune documentation, constitue aussi une forme d’hommage à ces femmes d’il y a 60 ans.

« Ces femmes fortes, issues de la classe ouvrière, ont traversé la guerre dans leur jeunesse. Elles en ont tiré une force de caractère très particulière. Je me suis évidemment fiée aux indications du scénario pour construire le personnage, mais en faisant des recherches sur les femmes de cette époque et l’environnement dans lequel elles évoluaient, je suis tombée sur une photo qui m’a beaucoup inspirée. On y voyait une femme de la classe ouvrière portant son tablier en train de marcher, de façon très affirmée et résiliente, dans une ruelle entre deux derrières de maisons. Je me suis souvent inspirée de portraits pour construire un personnage. C’est très utile. »

Hommage à un cinéaste disparu

The Duke, tourné en 2019, marque par ailleurs la première collaboration entre l’actrice et le réalisateur Roger Michell. Grand metteur en scène au théâtre, réalisateur dont le plus grand succès au cinéma reste la comédie romantique Notting Hill, avec Julia Roberts et Hugh Grant, M. Michell s’est éteint l’an dernier, à l’âge de 65 ans.

« Sa mort m’a anéantie, sur bien des plans, révèle Helen Mirren. J’ai vu le film pour la première fois avec lui au festival de Telluride il y a deux ans. L’accueil des festivaliers a été magnifique. Roger était probablement au sommet de son art et je crois que The Duke le montre bien. La légèreté, la finesse, le ton, tout y est, y compris l’émotion de l’histoire. C’est vraiment une belle réalisation. Nous avons perdu un grand cinéaste britannique. »

The Duke (Le duc en version française) prendra l’affiche le 5 août en exclusivité au cinéma Le Tapis Rouge de Trois-Rivières. Il sera déposé sur Amazon Prime Video le 11 août.

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