Entre progrès et tradition

Se pourrait-il que, tout ce temps-là, ils savaient jouer dans leur territoire ? Pourquoi nous l’avoir caché aussi longtemps, alors ?

Les Oilers d’Edmonton ont complètement étouffé les Stars de Dallas, vendredi soir. À Dallas, en plus.

Et forts d’un gain de 3-1, les Albertains ne sont plus qu’à une victoire d’atteindre la finale de la Coupe Stanley.

Le revirement de situation est total. Car après le troisième duel de cette série, on ne donnait plus cher de la peau des messieurs habillés en orange et bleu.

Avec Stuart Skinner qui accumulait les mauvais buts, et vu le niveau de confiance des Stars, nous étions nombreux à être prêts à dire «  à l’an prochain » aux Oilers et à dresser préventivement un bilan incendiaire de cette équipe incapable de gagner.

Nous voilà toutefois deux matchs plus tard – pardon, deux victoires percutantes plus tard –, au cours desquels on a (enfin) protégé adéquatement le très vulnérable Skinner, grâce à du jeu organisé, un nombre de revirements limité, des tirs bloqués et, pendant quelque 50 minutes, une surveillance quasi maladive de l’enclave.

Quant au moustachu portier, il a rendu les politesses à ses coéquipiers. On veut bien qu’un coussin de 3-0 donne généralement de bonnes chances de gagner, mais on sait aussi le gardien capable de l’échapper.

Plutôt que de flancher, il s’est plutôt dressé, notamment contre Wyatt Johnston, en toute fin de deuxième période. Le jeune attaquant, parfaitement positionné en avantage numérique, a décoché un tir sec que le gardien a repoussé pour conserver la marge de manœuvre qui lui avait été donnée.

Skinner a rapidement remis ça au dernier vingt contre Matt Duchene, Tyler Seguin et Sam Steel. Pour tout dire, il aura fallu une déviation d’anthologie de Johnston pour le battre. À vitesse réelle, le jeu semblait banal, mais à la reprise, on a pu apprécier la manière dont l’attaquant a d’abord placé son bâton en cible pour Thomas Harley avant de positionner sa lame pour que la déviation soit parfaite. Un but qui fera école, et qui nous rappelle à quel point ce Johnston est difficile à ne pas aimer.

Esprit de corps

Cette victoire, les Oilers l’ont acquise en s’installant au croisement de la tradition et du progrès.

La tangente défensive décrite plus haut n’est pas exactement dans les habitudes des Edmontoniens. Elle leur sourit pourtant.

C’est aussi ce que suggère le modèle des buts anticipés : depuis le début des présentes séries éliminatoires, les Oilers ont remporté sept de leurs neuf matchs avec le moins de buts anticipés accordés à cinq contre cinq, selon le site Natural Stat Trick. Qui aurait pu croire qu’une manière d’accorder moins de buts serait d’accorder moins de chances de marquer ?

Il y a aussi un esprit de corps qui se renforcit indéniablement. En témoigne ce tir bloqué de Dylan Holloway, peu de temps après que les Stars eurent réduit l’écart, et après une longue séquence dominante des locaux. Désormais, tout le monde y met du sien.

La tradition, maintenant. Curieusement, les Oilers n’avaient pas marqué en quatre matchs contre les Stars. L’ardoise est effacée, gracieuseté du doublé de Ryan Nugent-Hopkins. Parallèlement, l’unité d’infériorité numérique a poursuivi son bon boulot : elle n’a maintenant cédé aucun but à ses neuf derniers matchs.

Sur le plan qualitatif, les trois buts des visiteurs ont aussi fait appel à des recettes de base. Un boulet de canon de la ligne bleue qui se transforme en retour pour Nugent-Hopkins : 1-0. Une sortie de zone nette en avantage numérique, sans passe à la remorque, qui se transforme en entrée de territoire dynamique de Leon Draisaitl, dont la remise poétique a permis à Nugent-Hopkins de foncer seul au filet : 2-0. Une mise au jeu gagnée avec autorité en zone des Stars et un tir précis de la pointe, à travers la circulation : 3-0.

À l’autre bout de la patinoire, les joueurs des Stars, coincés en périphérie, multipliaient les tentatives de passes et de jeux, sans grand succès.

La statistique des tirs cadrés peut être trompeuse, mais au volume, la tendance est éloquente : au cours des sept dernières périodes, les Stars n’ont réussi 10 tirs qu’une fois. Vendredi, il leur a fallu deux tiers temps entiers pour atteindre la dizaine.

C’est trop peu… de leur point de vue, à tout le moins. Car les Oilers, eux, ont la confirmation que leur plan fonctionne. Rien n’est encore gagné, car autant les Stars peuvent rebondir que les Oilers s’effondrer dans le sixième match, dimanche.

Il n’empêche que Connor McDavid n’a jamais été aussi près de toucher à son rêve. Et quoi qu’on dise ou pense du numéro 97, si la perspective de voir le meilleur joueur du monde jouer en finale de la Coupe Stanley n’est pas emballante, on ne sait plus ce qui le sera.

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