COVID-19

« C’est pas un voyage pour le fun »

Des parents adoptant un enfant à l’étranger veulent être exemptés de la quarantaine obligatoire à l’hôtel

Le 13 mars 2020, Claudine Trudel et son conjoint ont reçu une nouvelle qu’ils espéraient depuis 50 mois : ils étaient les parents d’un fils adoptif qui les attendait aux Philippines. Mais le 13 mars 2020, on s’en souvient, c’est aussi le jour où la pandémie mondiale a été déclarée.

« C’était une bonne nouvelle, mais en même temps, c’était une nouvelle qui était un peu angoissante parce qu’on n’avait aucune idée de la date à laquelle on pourrait être réunis avec ce petit garçon », explique Mme Trudel, 49 ans.

« Et quatorze mois et demi plus tard, on attend toujours de pouvoir aller le chercher. »

Comme d’autres familles adoptantes, Claudine Trudel et son conjoint souhaitent s’envoler au plus vite. Mais ils aimeraient aussi être exemptés de la quarantaine à l’hôtel au retour, pour limiter le traumatisme de l’enfant.

Depuis une semaine, Ottawa étudie la possibilité de laisser tomber cette obligation faite aux voyageurs aériens, à la suite du dépôt du rapport du Comité consultatif d’experts sur les tests et le dépistage de la COVID-19. Le séjour obligatoire à l’hôtel est une mesure coûteuse et son application est inégale, estiment les experts.

Marie-France Raynault, cheffe du service de médecine préventive et santé publique du CHUM, partage cet avis. « On n’aime pas tellement les mesures qui ne sont pas cohérentes et ça, c’en est une, illustre-t-elle. Il va aussi falloir tenir compte de la vaccination. On ne pourra traiter les gens qui sont complètement vaccinés une semaine après leur deuxième dose comme des gens qui n’auraient aucune protection. »

Claudine Trudel espère que cette quarantaine ne sera plus obligatoire quand viendra le temps de prendre l’avion. Mais si ça devait être le cas, elle croit qu’elle « mérite une exemption ». D’autant plus que « c’est pas un voyage pour le fun ». Aller chercher un enfant à l’autre bout du monde, en temps de COVID-19, est une opération délicate, entourée de mille et une précautions.

« Pourquoi certaines personnes qui voyagent dans des conditions moins sécuritaires ont des exemptions alors que nous, on n’en a pas ? Ça commence à faire beaucoup pour les enfants qu’on ramène. »

— Claudine Trudel

La Fédération des parents adoptants du Québec essaie de sensibiliser le gouvernement à la particularité des enfants adoptés à l’étranger, mais peine à se faire entendre. Santé Canada, à qui nous avons posé la question, nous a fourni une réponse sans équivoque : « Les parents qui voyagent pour prendre la garde de leur enfant adoptif doivent se préparer à adhérer aux mesures de voyage mises en place dans la lutte contre la COVID-19. »

« C’est sûr qu’on est une minorité et que ce n’est pas beaucoup de voyageurs, mais on aimerait aider le gouvernement à comprendre notre réalité », explique la présidente de l’organisme, Anne-Marie Morel.

La ligne d’arrivée

L’enfant adoptif de Claudine Trudel et de son conjoint a tous les papiers requis pour quitter les Philippines. Mais ses nouveaux parents, eux, ne peuvent toujours pas partir parce qu’il leur manque un document.

Depuis le 1er mai, il y a une nouvelle procédure, précise Mme Trudel. « Il y a un papier qu’on attend du ministère des Affaires étrangères des Philippines qui nous permettrait de compléter notre dossier pour faire la demande de visa pour entrer aux Philippines. Et on ne sait pas combien de temps ça peut prendre pour avoir ce fameux papier parce qu’on est les premiers à en avoir besoin. En théorie, on est les prochains à partir. »

Leur « coco », comme elle dit, avait 38 mois au moment de la proposition, le 13 mars 2020. Il a eu quatre ans et demi le 17 mai.

Depuis février 2020, cet enfant vit dans une famille d’accueil dans une île, au large de Manille. Le pire, pour Claudine Trudel, au-delà de l’attente, c’est de ne pas avoir de ses nouvelles. « On en a demandé, des photos et des nouvelles, mais ils n’en donnent pas. Quand ç’a été son anniversaire, on lui a envoyé des petites choses, mais on ne sait pas s’il les a reçues ou pas. »

« Je ne sais pas comment ça va dans la famille d’accueil. Les dernières nouvelles que j’ai eues de lui, c’était le 13 mars 2020. »

— Claudine Trudel, à propos de son enfant adoptif

Depuis, tout ce que la famille a reçu, c’est la photo de passeport de l’enfant.

« C’est sûr que ça transforme le projet, dit-elle. Veut, veut pas, le temps passe. On commence à voir le bout de tout ça, mais il y a le fameux mautadit formulaire dont on ne sait pas quand on va avoir. Émotionnellement, ce n’est pas facile, mais bon, c’est ça. On essaie de viser la ligne d’arrivée. »

En 2020 au Québec, seulement 60 enfants ont été adoptés à l’étranger, deux fois moins qu’en 2019.

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