Fuir

Après les coups...

Fuir est un documentaire d’immersion dans le vif des conséquences de la violence conjugale. Filmée à l’automne 2019, l'œuvre de la cinéaste Carole Laganière témoigne de la réalité de six femmes qui luttent pour se reconstruire, au sein d’une maison d’hébergement pour les victimes de violence conjugale.

La bienveillance, la solidarité et de dures réalités se dévoilent à travers l’histoire de Maude, une jeune femme dont l’ex-conjoint se sert de ses enfants pour garder une emprise sur elle, d’Ysabel, qui n’a que trop connu les coups et la séquestration, de Sophie, Kate, S., K. et de Jeannette, une intervenante au grand cœur.

Fuir lève alors le voile sur une réalité méconnue. Et si, a priori, Carole Laganière ne cherche pas à « faire des documentaires pour être utile », ce dernier a changé la donne. « On va essayer de sortir des sentiers battus, affirme la cinéaste, parce que ces portraits de femmes pourraient vraiment sensibiliser et prévenir des situations. »

En entrevue avec L’Itinéraire, Carole Laganière revient sur sa propre expérience de la violence conjugale, vécue à travers une connaissance, il y a 40 ans déjà, alors qu’elle n’était qu’une étudiante. « Elle avait une trentaine d’année, moi j’avais 17 ou 18 ans et je me sentais impuissante. Son expérience m’a beaucoup marquée. À l’époque, je ne savais pas que cette violence pouvait exister. »

Un point de départ qui résonnera de plus belle quand la violence conjugale a commencé à faire les manchettes avant même le premier confinement.

À visage découvert

L’une des particularités du film Fuir est qu’il offre des témoignages de femmes à visage découvert. Une pratique plutôt rare, mais rendue possible grâce à la démarche de la cinéaste qui a passé trois mois dans le quotidien de ces femmes, sans filmer.

« Je faisais partie des meubles. Ç’a beaucoup aidé à établir un lien de confiance entre les femmes et moi. Je pense qu'elles ont réalisé que je ne voulais pas faire un film sur elles tant que ça, mais avec elles. »

— Carole Laganière

La réalité n’en a pas pour autant été plus facile à filmer. « Le jour, j'assistais à ce qui se passait, et le soir, je pleurais, dans mon Airbnb, en regardant les images filmées durant la journée. » Un tournage « bouleversant et très intense », comme le qualifie son initiatrice, composé « de moments difficiles, émouvants, aussi plus légers ».

Si Carole Laganière nous apprend que toutes les femmes témoins sont aujourd’hui sorties du cercle de la violence, le sujet reste d’actualité alors que les regroupements qui viennent en aide aux femmes victimes de violence conjugale se sont montrés critiques envers l’absence de considération de cette violence dans la prise en charge des enfants par la justice prévue par la loi 15. Une situation qui fait « hurler » Carole Laganière qui considère qu’avant tout, « les enfants ont besoin de stabilité, de quelqu’un qui les aime ». « Ils n'ont pas nécessairement besoin de deux parents. »

— Avec la collaboration de Karine Bénézet, journaliste responsable formation

Si vous êtes victime de violence conjugale ou connaissez quelqu’un qui l’est, contactez SOS violence conjugale: 1 800 363-9010

Vous venez de lire un extrait d’un article sur le documentaire Fuir. Pour lire la version intégrale, procurez-vous l’édition du 15 mai de L’Itinéraire auprès de votre camelot préféré.e ou en ligne.

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