Une saison aux allures de séries

Le Tricolore amorce ce mercredi à Toronto un calendrier écourté à 56 matchs pendant lequel, plus que jamais, tous les points vont compter.

Division canadienne

Comme un retour à la vieille époque !

Mardi matin, l’entraînement du Canadien tire à sa fin après à peine une trentaine de minutes.

Les habitués connaissent le rituel : les joueurs s’étirent en zone neutre, un heureux élu va en plein milieu pour « diriger » les étirements. Cette fois, c’est Josh Anderson, un des quatre qui joueront un premier match dans leur nouvel uniforme mercredi. Puis, Claude Julien rassemble ses joueurs et leur parle calmement pendant deux ou trois minutes, le temps de leur livrer un dernier message avant de retraiter au vestiaire.

C’est la suite qui est intéressante. D’un côté de la patinoire, les défenseurs exercent leurs tirs frappés. De l’autre, une douzaine de joueurs s’adonnent à des tirs de barrage. On voit ce genre d’activité de temps à autre pendant la saison, mais cette fois, l’exercice semble un peu plus organisé.

Seuls Carey Price et Jake Allen défendent le filet, pendant que Charlie Lindgren est à l’autre bout. Jeff Petry est l’unique défenseur à y participer régulièrement, même si Ben Chiarot vient faire une tentative, qui semble plus être pour rire qu’autre chose. Corey Perry, même s’il amorcera la saison dans l’équipe de réserve, participe à l’exercice.

Vérification faite auprès de l’entraîneur : c’était bel et bien une vraie séance, et non pas simplement des joueurs qui s’amusaient de leur propre chef.

« Comme l’entraînement a été court, c’était un bon moment pour évaluer les joueurs qu’on connaît moins. Nos deux gardiens ont pris leur tour. Pour eux aussi, ç’a été bon », a expliqué Julien en visioconférence.

L’importance du point de plus

C’est mercredi que s’amorcera la 103e saison de l’histoire de la LNH, assurément la plus étrange des 103.

Étrange parce que pour des raisons bien évidentes, tous les matchs se joueront à l’intérieur de la division. Pour les clubs canadiens, ce sera pratiquement un retour à la bonne vieille époque des six équipes !

Mais ces duels intradivision, et le calendrier écourté à 56 matchs, signifient que les matchs en bris d’égalité deviendront d’autant plus cruciaux. Car le point du gagnant ira automatiquement à un rival direct.

En temps normal, le Canadien joue 28 matchs contre ses rivaux de division. Ajoutez à cela les matchs contre quelques adversaires de la division Métropolitaine, potentiellement en lutte avec le Tricolore pour être une des équipes repêchées, et vous avez au maximum une quarantaine de matchs (sur 82) contre des rivaux directs.

Cette fois, les 56 matchs seront contre des rivaux directs. Le point perdu contre Vancouver ou Winnipeg demeure « dans la division ». Et le Tricolore ne peut ignorer l’importance du point supplémentaire ; en 2018-2019, il a raté les séries éliminatoires par deux points. Cette année-là, l’équipe avait perdu huit points en bris d’égalité (fiche de 7-8).

À Edmonton, on y voit aussi. À l’entraînement de lundi, les collègues sur place ont rapporté que les Oilers se sont exercés à trois contre trois, en vue des prolongations. « Ce point supplémentaire est énorme dans une saison écourtée, quand tous les matchs sont intradivision », a reconnu Connor McDavid après la séance.

« On y accorde toujours de l’importance, car ce sont des points importants, a ajouté l’entraîneur-chef des Oilers, Dave Tippett. Même dans une saison de 82 matchs, ça détermine qui participe aux séries ou détient l’avantage de la patinoire. Cette saison, ce le sera encore plus. Les équipes vont s’arracher chaque petit point. »

Il sera intéressant de voir si cet aspect du jeu sera crucial dès mercredi soir, car le Canadien et les Maple Leafs de Toronto nous ont habitués à des duels serrés. Cinq des sept derniers matchs entre les deux vieux rivaux se sont réglés en prolongation ou en tirs de barrage.

Le dernier de ces matchs nous ramène d’ailleurs à l’époque où Ilya Kovalchuk aurait pu être élu à la mairie de Montréal.

Mais bon, on s’écarte…

L’intensité des séries ?

Cette saison étrange, le Canadien l’amorcera à Toronto. Jusqu’ici, rien d’anormal : ce sera la quatrième fois en sept ans que la saison de Montréal commence sur Bay Street.

C’est par la suite que l’on réalisera réellement à quel point ce calendrier est particulier : deux matchs à Edmonton, puis trois matchs à Vancouver. Au cours de la saison, les Montréalais disputeront quatre séries de trois matchs de suite contre le même adversaire, de même qu’une série de quatre matchs contre Ottawa.

Julien a reconnu que l’allure des matchs pourrait ressembler aux séries. « Si un incident survient dans un match, ce n’est pas comme si tu vas revoir cette équipe-là seulement un mois plus tard. Ça se peut que ce soit dès le prochain match », a-t-il rappelé.

C’est une équipe plus costaude, mieux outillée pour le jeu rude, que le Canadien déploiera. Un rappel des chiffres : les attaquants pèsent en moyenne 194 lb, les défenseurs, 216 lb.

Cette défense sera la plus robuste que la génération actuelle de partisans ait vue, avec le fougueux Alexander Romanov et le colosse Joel Edmundson qui s’ajoutent aux peu courtois Chiarot et Shea Weber. C’est sans oublier, à l’avant, Josh Anderson, dont la combinaison de poids et de vitesse fait en sorte qu’il frappera fort.

« Je ne pense pas que ce soit seulement notre division. Regarde les quatre équipes en demi-finales l’an dernier [Lightning, Islanders, Stars, Golden Knights], elles étaient toutes robustes, a observé Chiarot, mardi. Je pense que la ligue revient vers un style de jeu plus taxant. Les équipes cherchent de la hargne et du muscle. »

Si la prédiction de Chiarot s’avère, Marc Bergevin aura vu juste avec ses mouvements de personnel de l’automne dernier.

L’escouade volante, et les autres

Depuis le temps qu’on en parle, l’escouade volante du Canadien est enfin une réalité !

Le Tricolore a dévoilé mardi l’identité du quintette de joueurs qui formeront ce que les collègues anglophones appellent le Taxi Squad.

Les heureux élus sont le gardien Charlie Lindgren, le défenseur Cale Fleury, les attaquants Ryan Poehling, Corey Perry et Michael Frolik.

On vous rappelle qu’ils ont essentiellement le statut de joueurs de la Ligue américaine. Ceux qui ont un contrat à deux volets (Poehling et Fleury) touchent leur salaire des ligues mineures. Perry, Frolik et Lindgren devaient quant à eux passer par le ballottage avant d’être rétrogradés dans cette équipe de réserve.

Il y a toutefois une différence importante entre ces joueurs et ceux qui évolueront pour le Rocket de Laval : ces cinq réservistes ont le droit de s’entraîner avec le Tricolore et doivent voyager avec l’équipe. C’est précisément le but de cette nouveauté : permettre d’avoir accès rapidement à des réservistes qui sont déjà dans la bulle de l’équipe, en cas d’éclosion de COVID-19, à une période où la baisse du trafic aérien complique les rappels pour les équipes qui jouent à l’étranger.

La LNH permet d’inscrire six joueurs dans cette équipe de réserve. Le Canadien n’en a mis que cinq. La sixième place permettra d’y glisser – lors des journées sans match – un des joueurs qui n’a pas besoin de passer au ballottage (Jesperi Kotkaniemi, Nick Suzuki, Jake Evans ou Alexander Romanov) afin d’économiser des journées de salaire ici et là.

Les autres joueurs qui ont été retranchés au camp d’entraînement sont quant à eux soumis à Laval. Les camps de la Ligue américaine ne sont pas encore commencés, mais en attendant, ces joueurs – parmi lesquels on retrouve Xavier Ouellet, Jordan Weal et le gardien Cayden Primeau – s’entraîneront à Brossard avec Joël Bouchard.

Les victimes collatérales

Les dernières décisions de personnel ont permis de constater une nouvelle fois à quel point le Canadien a changé en cinq mois depuis les séries.

À l’entraînement mardi, Victor Mete – membre de la formation officielle de 21 joueurs du Tricolore – faisait équipe avec Fleury. Mete, on le rappelle, formait un duo avec Ouellet lors des dernières séries. Le voici donc comme septième défenseur, pendant que Ouellet est destiné à la Ligue américaine. Tout indique que Mete sera surnuméraire mercredi, chose qu’il n’a jamais vécue (en santé) depuis deux ans.

En patinant dans l’escouade volante, Fleury est quant à lui théoriquement plus près de la LNH que Ouellet. Poehling, qui n’a pas disputé un seul match lors des dernières séries, passe quant à lui devant Weal.

« Cale a connu un bon camp, a estimé Claude Julien. Xavier est un excellent défenseur, un bon vétéran. Il peut aussi revenir dans notre club. On voulait lui donner de l’expérience, comme à Ryan Poehling.

« Si ces jeunes ne font pas partie de notre formation et que la Ligue américaine reprend, c’est possible qu’on les retourne pour qu’ils puissent jouer des matchs. Xavier a toujours une bonne attitude. Il sera un leader pour le groupe de Laval pour le moment. »

Avec l’équipe de réserve qui s’entraîne avec la formation principale, il y a donc passablement de monde sur la patinoire pendant les entraînements. Ils sont en effet 26, soit 3 de plus que le maximum de joueurs habituellement permis.

Chez le Canadien, ces nouveaux paramètres permettent toutefois de tenir des entraînements mieux organisés, car il y a quinze attaquants (donc cinq trios), huit défenseurs (quatre duos) et trois gardiens.

« C’est bien d’avoir huit défenseurs, a estimé Ben Chiarot. Ça nous permet de toujours nous entraîner avec le même partenaire, au lieu de faire des rotations quand on est sept. Et je sais que les attaquants aiment s’entraîner à cinq trios, car ça leur donne plus de temps de récupération entre les exercices. »

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