Record de victoires

Mikaela Shiffrin réécrit l’histoire

Ce n’était qu’une question de temps, mais l’exploit n’en est pas moins grandiose : Mikaela Shiffrin est devenue la skieuse la plus victorieuse de tous les temps en dominant le slalom géant de la Coupe du monde de Kronplatz, dans les Dolomites italiennes, mardi.

Un peu plus de deux semaines après son succès précédent à Kranjska Gora, l’Américaine âgée de seulement 27 ans a réécrit l’histoire en surpassant sa compatriote Lindsey Vonn avec un 83triomphe sur le Cirque blanc.

Pour y arriver, Shiffrin, meneuse après la première manche, a dû réaliser une deuxième descente de très haute tenue pour devancer de 45 centièmes la Suissesse Lara Gut-Behrami, qui avait mis la pression en s’élançant juste avant elle.

Après avoir franchi le fil, la skieuse native du Colorado, mais qui s’est développée dans le New Hampshire et le Vermont, est restée prostrée quelques secondes sur ses bâtons, avant de jeter un regard vers la foule en liesse.

Dans une rare démonstration de joie, elle a pompé le poing quatre fois dans les airs en descendant de quelques mètres pour rejoindre Gut-Behrami et l’Italienne Federica Brignone, troisième à 1,43 seconde.

« Je ne pense pas qu’il y ait des mots pour expliquer tous les sentiments », a déclaré Shiffrin, moins émotive qu’après sa 82victoire à Kranjska Gora, aux journalistes sur place.

« À la fin, c’est comme s’il y avait trop d’excitation à ressentir. Je ne sais pas si cela a du sens. C’est donc quelque chose que vous ne pouvez pas expliquer. Alors j’essaie juste de respirer un peu et d’en profiter. »

– Mikaela Shiffrin

Avec une mince avance de 13 centièmes sur Gut-Behrami, la quadruple gagnante du grand globe de cristal a trouvé le temps long entre ses deux passages sur la piste Erta.

« J’étais un peu nerveuse pour la deuxième manche, mais surtout, je déteste attendre », a souligné celle qui a sablé le champagne avec une couronne en or sur la tête. « Enfin, quand il était temps de partir, c’était comme si tout s’était calmé et j’ai juste poussé aussi fort que possible à chaque virage. C’était assez incroyable de passer l’arrivée et de voir que j’étais assez rapide.

« Parce que j’ai pu entendre que les autres athlètes skiaient bien. J’ai pensé : “Je pourrais perdre ça, alors je ferais mieux d’essayer de skier une très bonne descente.” Et ce l’était… »

« Un exploit incroyable »

Bien que, comme le rappelle Shiffrin, les statistiques « déshumanisent le sport et ce que chaque athlète essaie d’accomplir », difficile de ne pas s’y arrêter en ce qui la concerne.

Véritable prodige issu d’une famille de skieurs, le produit de la Burke Mountain Academy a connu du succès pratiquement à ses débuts en Coupe du monde, montant sur la boîte (troisième) à son huitième départ en Autriche, en décembre 2011, à l’âge de 16 ans.

La spécialiste des épreuves techniques a obtenu sa première victoire un an plus tard lors d’un slalom à Äre, en Suède.

En 238 départs, elle a donc décroché 83 victoires, pour un pourcentage de réussite prodigieux de près de 35 %. En moyenne, elle est montée sur le podium plus d’une course sur deux (131), une constance que seul Mikaël Kingsbury pourrait comprendre.

« Atteindre ce plateau est un exploit incroyable », l’a saluée Lindsey Vonn dans un communiqué publié par la fédération américaine.

Contrairement à Shiffrin, Vonn a signé la majorité de ses succès dans les épreuves de vitesse, dont 43 en descente.

Shiffrin a gagné 14 médailles aux Jeux olympiques et aux Championnats du monde, dont le titre en slalom aux JO de Sotchi en 2014 quand elle avait 18 ans, un autre record.

L’as slalomeuse s’est également montrée humaine après la mort tragique de son père Jeff dans un accident survenu à son domicile en février 2020. Elle a connu deux saisons moins fructueuses et s’est fait blanchir aux JO de Pékin, l’hiver dernier.

« Je ne veux pas me comparer »

Quatrième à l’issue de la première manche, Valérie Grenier était en excellente position pour monter sur ce podium historique, mais une erreur au bas du mur ultime l’a reléguée à la neuvième place, à 2,36 secondes de la vainqueuse.

« Je n’ai pas vraiment pensé à ça », a confié la Franco-Ontarienne, qui digérait encore sa déception trois heures après la fin de la course.

« C’est sûr que j’aurais aimé être sur le podium, mais ce n’était pas nécessairement à cause de ça. En même temps, c’est incroyable qu’elle ait réussi ce record-là. C’est vraiment cool, vraiment impressionnant. En plus, elle a gagné les deux runs aujourd’hui. C’était la façon parfaite de le faire. »

Aux yeux de la représentante du club de Mont-Tremblant, Shiffrin n’a pas paru affectée par le battage médiatique entourant la quête de ce record.

« Elle sait comment gérer ce genre de pression. Elle l’a fait toute sa vie. On s’attendait tous à ce qu’elle réussisse à un certain moment. »

À 26 ans, Grenier a remporté il y a deux semaines sa première Coupe du monde lors du premier slalom géant de Kranjska Gora, à son 92départ sur le circuit.

« Ce n’est pas qu’elle [Shiffrin] n’est pas humaine, mais c’est juste un phénomène. Je viens d’avoir mon premier podium. Ça fait drôle, mais justement, je ne veux pas me comparer parce que c’est tellement différent. C’est très impressionnant et beau à voir. »

– Valérie Grenier

Pointant à moins d’une demi-seconde du podium après le premier passage, Grenier s’est reproché un manque d’engagement dans la seconde manche, en particulier sur la fin de parcours qu’elle a mal négociée.

« Je suis encore déçue, mais c’est parce que mes attentes sont vraiment plus grandes », a relevé celle qui occupe toujours le septième rang du classement de la spécialité. « Je sais que je suis capable de mieux faire. […] Je suis assez dure envers moi-même et c’est ce qui explique ma réaction. Ce n’est pas une mauvaise chose non plus. »

La bonne nouvelle, c’est qu’un deuxième géant est programmé à Kronplatz dès mercredi. « Je suis très affamée pour demain et je suis prête à passer par-dessus cette déception. »

Pour sa part, Shiffrin tentera de poursuivre sa poussée vers le record absolu de 86 victoires du Suédois Ingemar Stenmark. Chaque chose en son temps, mais cela risque de ne pas être très long.

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