Télétravail

MON BUREAU DANS LE 450 

Travailler à distance pour s’épargner

le trajet jusqu’au centre-ville, oui, mais que faire si on est mal installé à la maison ? Au sud comme au nord de l’île de Montréal, de nombreux espaces collaboratifs attendent les télétravailleurs à bras ouverts.

Boisbriand — « Ce serait difficile de me ramener sur l’île. Il faudrait tout un argument ! », lance Isabelle Henripin, directrice de compte pour LMG Audace et Créativité, rencontrée au bureau de Brossard de l’agence.

Son bureau, situé juste au-dessus de la salle de spectacle L’Étoile, a une vue imprenable sur le Quartier DIX30. Mme Henripin, qui habite Chambly, s’y est installée en janvier parce que c’était beaucoup moins loin que son précédent bureau, situé à… Longueuil. « Longueuil, ça me prenait facilement 45 minutes, parfois une heure l’hiver. Là, en ce moment, ça me prend 20 minutes », se réjouit-elle. « Quand Frédéric nous a informés qu’il était en train de travailler sur le DIX30, ça allait de soi. »

Frédéric, c’est Frédéric Deshaies, propriétaire de Hedhofis, qui a ouvert son premier espace collaboratif à Longueuil à l’automne 2017.

« Avant, je pensais qu’un seul sur la Rive-Sud, c’était assez. Là, je suis rendu à trois et j’ai des discussions pour Chambly, et peut-être Saint-Lambert », raconte M. Deshaies. En plus d’être à Sainte-Julie, où son espace a bénéficié du soutien de la municipalité, Hedhofis est présente à Montréal et à Sherbrooke. L’entreprise est aussi en discussion à Sainte-Thérèse, ainsi qu’au Royalmount, sur le boulevard Décarie.

Le télétravail a changé la donne, constate M. Deshaies.

« On dirait qu’avec la pandémie, les gens se sont habitués à travailler à 10 secondes de la maison, et là, ils trouvent ça lourd d’embarquer dans leur voiture. Avant, une demi-heure, ce n’était pas beaucoup, et tout d’un coup, ça l’est. Ils veulent quelque chose de proche. »

— Frédéric Deshaies, propriétaire de Hedhofis

Plusieurs employeurs de Montréal l’ont contacté en se demandant s’ils vont offrir des options sur la Rive-Sud et dans la couronne nord, dit-il. « Souvent, ils doivent attendre que leurs baux se terminent, ou qu’ils réussissent à les casser, alors ça ne bouge pas très rapidement, mais c’est sûr qu’il va y en avoir d’autres à l’automne. »

Le propriétaire de LMG, Louis Martin, dont le siège social et la majorité des employés sont à Québec, est ravi de la formule Hedhofis, où l’accès aux salles de conférence et le café sont compris dans le loyer. Avant d’y louer son emplacement précédent à Longueuil, il avait regardé les bureaux conventionnels. « Pour mettre une personne, une salle de conférence, un petit coin café, on parle de trois à quatre fois plus cher, pas loin. Et avoir un petit bureau fermé sans services, ce n’est pas mieux : le client vient te voir, tu es dans un garde-robe, ça ne sert pas l’image d’entreprise ! »

Mme Henripin, qui était la seule employée montréalaise lorsqu’elle a débuté chez LMG, apprécie le fait de côtoyer d’autres travailleurs dans les espaces communs. « Parfois, on a besoin d’aide pour un projet, il y a vraiment de la collaboration qui peut se faire », dit celle qui a déjà confié un mandat de rédaction à une créatrice de contenu rencontrée à la machine à café.

Elle apprécie aussi la flexibilité.

« Si on réduit l’équipe, si on grandit, le coworking suit mes besoins. »

— Isabelle Henripin, directrice de compte pour LMG Audace et Créativité

En affichant des postes où elle donnait le choix de travailler à Québec ou à Brossard, LMG a ainsi pu recruter à Montréal et sur la Rive-Sud. Lorsqu’ils viennent travailler sur place, la stratège de réseaux sociaux s’installe dans le bureau, et l’infographiste à un poste de l’aire ouverte. « Si on veut aller sur l’île, c’est facile, si on arrive de Québec, c’est facile, et c’est à côté de l’hôtel Alt », s’enthousiasme M. Martin, qui y réside lorsqu’il vient travailler à Brossard.

Comme des champignons

Les espaces de travail partagés se multiplient autour de l’île de Montréal. « Dans notre étude, avant d’ouvrir, on avait recensé environ de 10 à 12 centres de coworking à Laval. Et il y en a en périphérie », témoigne Cédric Bélanger, copropriétaire de l’espace Squad, sur le boulevard des Laurentides.

Depuis son ouverture, en octobre dernier, il s’attend à ce que des entreprises du centre-ville y logent des travailleurs. Au moment de renégocier leur bail, certaines vont réduire leur nombre de pieds carrés pour offrir des espaces satellites, prévoit M. Bélanger. « J’ai eu des discussions, je suis convaincu que ça va venir. »

Chez 2C2B, à Boisbriand, des employés dont le bureau était inaccessible ont payé des laissez-passer d’un jour de leur poche pour sortir de la maison, raconte la cofondatrice, Cassy Baillargeon. Beaucoup d’autres étaient intéressés, « mais étant donné que les entreprises n’ont pas statué sur les politiques de télétravail, c’était difficile de faire accepter les frais ».

Convaincu que ce n’est qu’une question de temps, 2C2B a annoncé l’ouverture d’un vaste espace à Mascouche pour le début de 2022. « On veut offrir un pied-à-terre aux entreprises qui ont peut-être de la difficulté à recruter en raison d’un bassin de candidatures limité par la région géographique, un environnement adapté à leurs employés qui ne sont pas dans la métropole », fait valoir Mme Baillargeon.

Montoni s’y met aussi

Lorsque le Groupe Montoni a annoncé la construction de l’Espace Montmorency, un ambitieux projet de quatre tours à côté du métro Montmorency, à Laval, sa tour 2 prévoyait seulement des bureaux traditionnels. La pandémie a changé ses plans. Le développeur a réservé un étage complet, soit 20 000 pieds carrés, à l’aménagement d’un espace de travail partagé. Et pas le moindre : son 8e étage, où des terrasses donnent sur la cour intérieure.

« On essaie de les accommoder et de réduire un peu l’incertitude. S’ils ont besoin de plus d’espace certaines journées, ils auront accès à des bureaux super accueillants et à des salles de conférence. »

« On sentait ce besoin de flexibilité de la part de nos locataires parce qu’eux aussi sont un peu dans l’inconnu », explique la porte-parole du groupe, Frédérick Truchon-Gagnon. Certains se demandent s’ils auront besoin d’une plus grande superficie pour permettre la distanciation physique, d’autres, d’une plus petite parce qu’une bonne partie de leur équipe sera en télétravail.

C’est la première fois que Montoni intègre un espace collaboratif à l’offre d’une de ses tours de bureaux. La gestion sera confiée à une entreprise de cotravail encore à déterminer.

Les postes de travail seront accessibles aux travailleurs de l’extérieur alors que les salles de conférence, qui pourront aussi être utilisées pour des évènements, seront réservées aux locataires d’Espace Montmorency.

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