Témoignage : Aide médicale à mourir

Plus jamais loin de la famille, enfin !

L’auteure s’adresse à David Lametti, ministre de la Justice et Procureur général du Canada

Il y a un temps pour demander, pour insister, pour implorer même. Il y a aussi un temps pour remercier. On y est.

Nous avons assisté avec grand soulagement au dénouement d’une longue et rude bataille. Celle qui s’est heureusement conclue par l’adoption le 17 mars dernier de la loi C-7 sur l’aide médicale à mourir (AMM). Il s’agit du triomphe du droit de choisir librement de terminer sa vie dans la dignité. Et cela, pour les personnes qui, comme mon fils Sébastien, n’y avaient pas accès auparavant. La loi C-7 marque en effet la fin de l’obligation de se rendre en Suisse pour mourir dignement auprès d’étrangers, loin de sa famille, de ses proches et de ses soignants.

Il y a tant de personnes à remercier pour cette victoire, une victoire gagnée grâce à de courageux et tenaces humanistes de notre pays. Tous sensibles à la détresse et aux besoins exprimés par de grands souffrants adultes aptes, rendus à la limite de ce qu’ils peuvent supporter. Un grand pas vient d’être franchi sur la voie de l’amélioration de la loi sur l’AMM.

Ma reconnaissance va d’abord à vous, ministre Lametti, qui avez tenu bon face aux pressions d’adversaires férocement déterminés à perturber et à ralentir le processus législatif et, vraisemblablement, résolus à éliminer l’AMM.

Mes remerciements vont aussi à Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois, dont l’appui à la Chambre des communes vous a permis de faire cesser les débats devenus stériles et redondants, voire déconnectés ; de toute évidence, une stratégie consciemment mise de l’avant par l’opposition majoritairement conservatrice.

Ma gratitude va tout naturellement à la juge Christine Baudoin, à Nicole Gladu, à feu Jean Truchon, à MJean-Pierre Ménard, au DAlain Naud, au DGeorge l’Espérance et à son équipe de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité (AQDMD), au DPierre Viens, à Yvon Bureau et à Ghislain Leblond (Collectif Mourir digne et libre) ainsi qu’à Véronique Hivon, pour ne nommer que ceux-là.

Ils comptent parmi les fervents défenseurs de la primauté des besoins et intérêts de la personne, du respect du choix éclairé et libre ainsi que de la dignité jusqu’à la fin de la vie. Sans l’engagement inébranlable de ces personnes, nous n’en serions pas là aujourd’hui. J’adresse aussi mes remerciements aux membres du Sénat, aux ordres professionnels concernés, dont le Collège des médecins et le Barreau du Québec, de même qu’aux autres experts qui ont su éclairer vos décisions.

Un témoignage pour briser le silence

À ma trop courte et bien personnelle liste, j’ajoute le nom du journaliste de La Presse Patrick Lagacé. Ses chroniques publiées au printemps 20171 ont contribué à rendre les Québécois et les politiciens plus conscients des drames que vivaient alors de grands souffrants adultes et aptes. Pour en finir avec une vie de douleurs physiques incurables avec souffrances morales inapaisables, faute d’accès à l’AMM, ils ne pouvaient faire autrement que d’aller mourir en Suisse par suicide assisté. Grâce à Patrick Lagacé, j’ai pu, en tant que mère qui a soutenu son fils jusqu’à son dernier souffle, en témoigner publiquement2 et briser le silence sur cette triste réalité trop souvent méconnue.

J’ai la certitude que ce témoignage s’est imprégné dans le cœur de la population québécoise. Et tout spécialement, dans l’esprit des personnes qui, par la suite, ont défendu l’élargissement de l’AMM.

Un élargissement qui ouvre enfin la porte aux personnes dont la mort n’est pas raisonnablement prévisible, mais qui répondent à tous les autres critères de la loi.

Quatre ans plus tard, tous ensemble, nous pouvons dire aux «  Sébastien  » du Québec et du Canada : «  Promesse tenue  !  » Comme moi, chacun peut continuer à vivre plus sereinement sachant que l’aide médicale à mourir tient désormais une place encore plus légitime dans la gamme de soins de fin de vie disponibles.

Dans le dossier de l’AMM, d’autres enjeux majeurs restent à défendre. Plus que jamais, les citoyens canadiens comptent sur votre gouvernement pour poursuivre le travail entrepris ; et pour garder infailliblement le cap sur les besoins et les intérêts des personnes concernées.

Recevez, Monsieur le Ministre de la Justice, toute ma gratitude pour cet inestimable ajout d’humanisme et de compassion à notre loi sur l’aide médicale à mourir.

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