Après l’uppercut, les séquelles

Il y a six mois, la COVID-19 terrassait le sport professionnel. Un solide coup en pleine gueule. Ressenti comme un uppercut. Des ligues sont toujours au tapis. Les autres se relèvent lentement, amochées.

L’industrie s’en remettra-t-elle ?

Oui. Mais avec des séquelles. Voici un aperçu des prochains mois, en neuf tendances.

UNE BAISSE DES SALAIRES

C’est déjà le cas. Cet été, les joueurs du baseball majeur ont encaissé une réduction de salaire de 63 %. Mike Trout, Gerrit Cole, Nolan Arenado, Justin Verlander et David Price ont tous perdu plus de 20 millions de dollars. Dans la convention collective de la LNH, les salaires des joueurs sont directement liés aux revenus de la ligue. Si les matchs ne reprennent qu’en janvier, avec peu ou pas de spectateurs dans les arénas, les paies seront charcutées.

LES VÉTÉRANS PÉNALISÉS

Le DG du Canadien, Marc Bergevin, prévoit que le plafond salarial sera gelé pour au moins deux ans. Quelqu’un, quelque part, va écoper. Qui ? Probablement les vétérans.

C’est ce qui se produit en Angleterre depuis le début de juillet. Des milliers de footballeurs établis sont sans contrat. Incapables de trouver un nouvel emploi. « Les clubs font face à une chute massive de leurs revenus – et à une possible récession, note The Guardian. Alors ils réduisent la taille de leurs effectifs et remplacent les joueurs réguliers par des solutions de rechange moins coûteuses. »

Nommément par de très jeunes joueurs. Des moins de 18 ans prêts à jouer pour une fraction du salaire des vétérans. La semaine dernière, le MK Dons a aligné cinq adolescents contre Arsenal et Fulham. Des clubs de deuxième division ont coupé jusqu’à 15 joueurs de leur effectif pour réduire leur masse salariale.

Prédiction : les équipes de la LNH coincées sous le plafond salarial compléteront leurs formations avec des recrues parfois trop vertes pour la grande ligue.

DES BILLETS MOINS CHERS

Gros défi pour les clubs : vous convaincre de retourner au stade. En juin, en plein déclin du nombre de cas au Québec, seulement 11 % des répondants d’un sondage CROP–La Presse se disaient prêts à assister en personne à un match de sport professionnel. Le cinéma (19 %) et les spectacles de musique (18 %) obtenaient des taux d’adhésion plus élevés.

Pour stimuler la demande, la firme Deloitte suggère aux franchises de tester de nouveaux concepts de billetterie. Un peu comme le fait l’Impact de Montréal, en vendant ses billets aux enchères. « Les clubs ont l’occasion de tester la tarification et des systèmes de récompense, qui rendront potentiellement l’expérience au stade plus accessible à un plus grand nombre de gens », explique Deloitte.

DES LIGUES EN DANGER

La XFL est morte. La Ligue canadienne de football, la Ligue américaine de hockey et les filiales du baseball majeur n’ont toujours pas repris leurs activités. Une situation qui préoccupe le Forum économique mondial. « Si la pause n’est pas que temporaire, analyse l’organisme, les ligues seront incapables de respecter leurs engagements avec les télédiffuseurs. Cela limitera leur capacité de redistribuer les revenus à leurs clubs. L’impact sur l’industrie pourrait être dramatique. Pas de matchs, pas de droits de télé. Pas de revenus de billetterie non plus. Pas de revenus, pas d’équipes. » D’où l’importance pour des ligues comme la LNH, la MLS et la LHJMQ de reprendre rapidement leurs opérations. Quitte à encaisser des pertes à court terme.

UNE RÉGIONALISATION DES LIGUES

Les frontières sont fermées. Les clubs veulent diminuer les frais d’exploitation. Solution : un calendrier axé sur les rivalités régionales. C’est la stratégie de la LHJMQ. Cet hiver, chaque club du Québec affrontera 12 fois de proches rivaux. Ça permet de réduire les déplacements et le nombre de nuitées à l’hôtel. La Ligue américaine de hockey envisage un scénario semblable. La MLS et le baseball majeur ont aussi adopté des approches similaires pour leur saison.

UNE RÉVISION DU CALENDRIER RÉGULIER

Ça fait plus d’un siècle que les ligues nord-américaines sont figées dans un format saison-séries. La pandémie suscitera-t-elle de nouvelles idées ? Déjà, avant le confinement, la NBA envisageait une compétition de mi-saison. La MLS l’a fait, avec son tournoi de reprise. Le baseball majeur et la LNH ont modifié les règles de qualification pour les séries. Ces initiatives risquent de se multiplier. Surtout dans les ligues secondaires, lorsqu’il est difficile de générer de l’intérêt avec des parties disputées au milieu de la semaine.

LES RÉNOS ATTENDRONT

En 2019, le marteau-piqueur avait la cote. Il était question de construire un stade de baseball au centre-ville de Montréal, d’améliorer les alentours du stade Saputo et d’aménager un terrain d’entraînement pour les Alouettes. Un an plus tard, les priorités ont changé. Les clubs cherchent de l’argent. Les gouvernements aussi. Les rénovations attendront.

Exception notable : le Canadien. « Nos équipes sont à pied d’œuvre afin de poursuivre et terminer certains travaux de réaménagement qui avaient débuté avant la pandémie, comme le nouvel espace VIP du Centre Bell, ou encore nos bureaux au Centre Bell et à la Tour Deloitte », indique le vice-président principal des communications, Paul Wilson.

MOINS DE RECRUTEURS

Les Yankees de New York viennent de mettre à pied près de 60 personnes impliquées dans leur programme de développement des joueurs. Les Cubs de Chicago, eux, ont congédié plusieurs dépisteurs. Avec les ligues mineures et les circuits universitaires à l’arrêt presque partout en Amérique du Nord, que feront les dépisteurs au cours des prochains mois ? Notamment ceux de la LNH établis aux États-Unis, qui ne pourront pas se déplacer au Canada ou en Europe pour suivre des espoirs ? Pour les clubs qui en arrachent financièrement, la tentation de réduire la taille du département de recrutement sera grande.

UNE DIVERSIFICATION DES REVENUS

Depuis le confinement, les ligues sont privées des revenus de billetterie, de stationnement et des concessions. Ce que les Anglais appellent le « matchday ».

Selon le Forum économique mondial, ça représente environ 35 % des revenus de la LNH. C’est élevé. Dans la NFL et la Première Ligue anglaise de soccer, c’est environ 15 %.

« Les [ligues] doivent diversifier leurs sources de revenus », estime le Forum.

Comment ? Près de 20 États américains viennent de légaliser le pari sportif. Les maisons de paris sportifs ont les poches profondes – et plein d’idées pour stimuler les mises pendant la diffusion des matchs.

Les ligues sont en bonne position pour négocier des partenariats d’exclusivité.

Autre approche : créer de nouveaux contenus pour attirer des commanditaires. La NBA a présenté cet été un tournoi du jeu vidéo NBA 2K entre ses vedettes. La ligue a aussi organisé des « partys de quarantaine » sur les réseaux sociaux avec des joueurs actifs et retraités. La NFL, elle, a mis en ligne tous ses matchs depuis 2009. Un succès. Selon le Wall Street Journal, le nombre de branchements quotidiens au service d’abonnement Game Pass est 500 fois plus élevé qu’avant.

Preuve qu’au-delà de la grisaille, il y a encore de l’espoir pour ceux qui innoveront.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.