Jean Lapointe 1935-2022

« Je l’admirais beaucoup », dit Jean Chrétien

Ottawa — L’ancien premier ministre Jean Chrétien estime que Jean Lapointe a grandement marqué le Québec, non seulement en raison de son impressionnante carrière artistique, mais aussi grâce au soutien qu’il a apporté aux personnes qui souffrent d’une dépendance à l’alcool.

C’est d’ailleurs pour toutes ces raisons qu’il a décidé de le nommer au Sénat en juin 2001.

« C’est une personne que j’ai connue quand j’étais jeune. Je pense que c’est un des premiers spectacles que je suis allé voir à l’époque où on allait dans les clubs écouter les chansonniers. J’ai suivi sa carrière dans le monde du spectacle. Il était dévoué à la cause des gens qui avaient des problèmes de dépendance. Je l’admirais beaucoup », a raconté au bout du fil l’ancien premier ministre.

M. Chrétien a précisé qu’il a eu quelques conversations avec M. Lapointe au sujet de ses problèmes de dépendance. « Il me racontait qu’il trouvait cela très difficile », a-t-il dit.

Il a souligné que la prestation de Jean Lapointe dans la série télévisée portant sur l’ancien premier ministre du Québec Maurice Duplessis était tout à fait magistrale. « Tu aurais pu penser que c’était Duplessis lui-même au petit écran. Il était un très bon acteur. Il avait un bon sens de l’humour. Il était capable de nous faire rire et pleurer aussi », a-t-il rappelé.

« Jean Lapointe avait le courage de ses opinions. Dans le milieu artistique, être fédéraliste n’était pas une très bonne carte d’entrée. Il a payé un certain prix à cause de cela. Et il n’a pas été le seul, d’ailleurs. »

— Jean Chrétien

M. Chrétien a expliqué qu’il souhaitait donner une voix aux artistes au Sénat en y nommant M. Lapointe, entre autres personnalités du monde culturel. « J’ai fait ce qu’aucun autre premier ministre n’a fait dans le passé. Le premier sénateur que j’ai nommé, c’était Jean-Louis Roux. C’était un grand homme de théâtre. Ensuite, j’ai nommé Viola Léger, celle qui incarnait la Sagouine. Et j’ai nommé Jean Lapointe. C’était inusité. Ce n’étaient pas des gens qui étaient invités souvent à devenir sénateurs. »

D’autres réactions de politiciens

« Le Québec perd un grand artiste avec plusieurs talents. D’abord un chanteur ; tous les Québécois connaissent Chante-la ta chanson. Un comique qui pouvait nous faire rire aux larmes. Et un comédien qui a interprété Duplessis ; une performance qui fait partie des grands moments de notre télé. Mes condoléances à la famille et aux proches. Au revoir, M. Lapointe.  »

— François Legault, premier ministre du Québec

« Nous perdons aujourd’hui un grand Québécois. Pour moi, Jean Lapointe fait partie des immortels de notre culture. Toutes mes pensées vont à sa famille et à ses proches. Bon repos à vous, M. Lapointe. Votre marque restera bien présente dans nos cœurs. »

— Mathieu Lacombe, ministre de la Culture et des Communications du Québec

« Mes pensées les plus sincères à la famille et aux proches de Jean Lapointe. Une vie marquée par le rire, des personnages inoubliables et une implication sociale remarquable. Le Québec perd un grand.  »

— Marc Tanguay, chef intérimaire du Parti libéral du Québec

« C’est un grand parmi les grands qui nous quitte. Jean Lapointe a marqué des générations par son art et son engagement. J’offre mes sincères condoléances à sa famille et ses proches.  »

— Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de Québec solidaire

« Je tiens à offrir mes plus sincères condoléances à la famille et aux proches de Jean Lapointe qui nous a quittés. M. Lapointe a été un acteur marquant et un grand musicien. Ses mélodies ont marqué mon enfance et il aura marqué le Québec en entier. Merci pour tout.  »

— Paul St-Pierre-Plamondon, chef du Parti québécois

« Tout au long de sa vie, Jean Lapointe a été célébré pour ses contributions artistiques, sa philanthropie et son service. Il nous laisse un héritage remarquable. Mes pensées vont à sa famille, à ses amis et à ses admirateurs qui pleurent son décès.  »

— Justin Trudeau, premier ministre du Canada

« Comme artiste, comme sénateur et à travers son implication sociale, Jean Lapointe aura marqué le Québec et tout le Canada. Un homme d’exception que j’ai eu le privilège de côtoyer à Ottawa. Aujourd’hui, mes pensées se tournent vers ses proches.  »

— Pablo Rodriguez, ministre du Patrimoine canadien

« Sous le choc et la secousse des souvenirs de ma jeunesse, j’apprends le décès du grand, touchant et beau Jean Lapointe. Je souhaite à ses proches, à sa famille et aux artistes qui l’ont côtoyé, une tristesse sereine et de beaux souvenirs aussi. Bon voyage à ses rires et ses larmes.  »

— Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

« Quel grand artiste ce Jean Lapointe ! Oui, il était chanteur, musicien, humoriste, compositeur, etc. Mais il demeurera toujours l’exceptionnel comédien qui incarna dans toutes ses nuances Maurice Duplessis dans la série éponyme. D’ailleurs, la SRC devrait célébrer le 45e anniversaire en janvier de cette exceptionnelle série en la rediffusant. Nos sympathies aux proches et à la famille de monsieur Lapointe.  »

— Gérard Deltell, député du Parti conservateur du Canada

« Quelle tristesse d’apprendre aujourd’hui le départ d’un grand homme. Jean Lapointe, vous avez façonné une partie de notre histoire. Votre héritage et votre personne seront à jamais gravés dans nos mémoires. Merci pour tout. Bon repos. Mes condoléances à sa famille et ses amis.  »

— Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique

Propos recensés par La Presse Canadienne

Jean Lapointe 1935-2022

« Jean aimait les gens et les gens aimaient Jean »

Un homme simple et vrai, c’est ainsi que ses pairs décrivaient tous Jean Lapointe vendredi, quelques heures après l’annonce de sa mort. « Quand tu jouais avec lui, se rappelle Louise Latraverse, tu ne pouvais pas être mauvais. Il te bonifiait, parce qu’il avait un tel naturel. Je l’ai souvent dit : Jean a inventé le naturel. »

Louise Latraverse aura été parmi les dernières à partager une scène avec cet « homme aux multiples grands talents », dans Mon cirque à moi, de Miryam Bouchard, en 2020. « Quand Jean arrivait sur un plateau, c’était sûr que ça allait être une belle journée, on se sentait toujours aimé. Jean aimait les gens et les gens aimaient Jean. »

L’actrice se souvient du trac qu’elle vivait au moment d’amorcer le tournage d’À l’origine d’un cri (2010), de Robin Aubert, son retour au grand écran après plusieurs années d’absence. « Et Jean était tout de suite venu me rassurer. C’était quelqu’un d’encourageant, qui nous complimentait. Mon Dieu qu’on était donc bonnes et belles et formidables ! »

Road movie sombre sur la mort et la filiation, À l’origine d’un cri accompagne Jean Lapointe, dans le rôle d’un grand-père, et son petit-fils (Patrick Hivon) qui tentaient de retrouver sur les routes secondaires d’un Québec de motels et de tavernes un père endeuillé, incarné par Michel Barrette.

« Je me souviens en particulier d’une scène dans laquelle Jean me déshabille pour me mettre au lit », raconte le comédien et humoriste, joint par La Presse. « Je l’ai revue récemment et je pense que si on sent à ce point la vérité, c’est parce que c’était plus que deux acteurs qui se rencontraient, mais deux humains. Pendant cette scène-là, Jean Lapointe était vraiment mon père. J’avais l’impression que c’était mon vrai père qui me consolait. »

Au-delà de ces moments émouvants, Michel Barrette garde aussi en mémoire les anecdotes de tournée dont Jean Lapointe régalait ses camarades, entre les prises. « L’essentiel pour lui, c’était de toucher les gens, de les aimer pour vrai. Quand il s’adressait à toi, tu devenais la personne la plus importante au monde. Il avait quelque chose dans le regard qui était vrai. »

« Du niveau de Jean Gabin »

Agent de Jean Lapointe pendant 18 ans, à partir de 1992, Bernard-Y. Caza aura été aux premières loges de certains de ses triomphes, dont le spectacle Un dernier coup de balai, mis en scène par Denise Filiatrault, qui marquait en 1993 la réconciliation des Jérolas.

Celui qui est aussi directeur artistique du Vieux Clocher de Magog passait un dernier coup de fil à son ami il y a quelques mois. « Toutes les fois que je lui parlais, confie-t-il, je lui répétais à quel point il avait laissé un trou dans ma vie lorsqu’il avait cessé de faire de la scène. »

L’imprésario parle d’« un grand tannant », d’un « acteur d’une générosité et d’un naturel extraordinaires » ainsi que d’un « grand mélodiste ». Louise Latraverse abonde dans le même sens. « Quand Jean arrivait sur scène et qu’il se mettait à chanter avec toute cette émotion, cette simplicité, on pleurait presque tout le temps. C’était un excellent chanteur et un grand cœur. »

Denise Filiatrault évoque également un acteur naturel qui s’est « fait tout seul », un multidoué doté d’un talent exceptionnel. « Mais il ne s’en rendait pas compte. Le talent lui sortait par les oreilles, tout était facile pour lui. L’avez-vous vu dans Duplessis [minisérie de 1978] ? Il était d’une justesse… Pour moi, il était du niveau de Jean Gabin, ça va jusque-là. »

Généreux sur scène et à la caméra, Jean Lapointe l’a aussi été avec tous ceux qui lui ont un jour confié leurs propres problèmes de dépendance. L’homme qui avait lui-même connu les affres de l’alcoolisme acceptait d’entendre la chanson que quiconque souhaitait lui chanter, même si la chanson de leur cœur était empreinte de douleur. « Il y avait tellement de gens en difficulté qui me contactaient pour que Jean les aide, dit Bernard-Y. Caza. Ça pouvait durer une, deux heures, mais Jean les appelait chaque fois. »

« Quand on perd un ami, on meurt un peu avec lui »

« Au-delà de tout ce qu’il a pu accomplir artistiquement, sa plus grande fierté aura été la Fondation et la Maison Jean Lapointe », souligne sa fille, Anne Elizabeth Lapointe, directrice générale de la Maison Jean Lapointe, qui accordait des entretiens aux médias avec son frère Jean-Marie, depuis la Maison de soins palliatifs Saint-Raphaël, où leur père s’est éteint.

Jean Lapointe avait assisté en octobre dernier aux festivités soulignant les 40 ans du centre de traitement des dépendances qu’il a fondé en 1982. « Papa, c’est une réussite à 360 degrés », observe Jean-Marie Lapointe.

« Qu’il soit parvenu à transcender ses démons, ça en faisait à mes yeux un surhomme. Mais il est toujours resté très, très simple et c’est quelque chose qui continue de m’inspirer. »

— Jean-Marie Lapointe

L’animateur et comédien soupçonne que l’infinie résilience de son père n’était pas sans lien avec sa foi. « C’était un homme profondément croyant. Il avait ce désir de vivre, mais il a toujours dit que quand le boss en haut le rappellerait, il allait suivre. »

Ami de Jean Chrétien, qui l’a nommé au Sénat en 2001, Jean Lapointe a aussi été proche de Félix Leclerc, preuve parmi bien d’autres de l’affection dont il était l’objet de la part de gens ne logeant pas à la même enseigne. Jointe par écrit, la fille de Félix Leclerc, Nathalie, se remémorait que c’est Jean Lapointe qui, en août 1988, avait conduit sa famille à l’enterrement de son père.

« Il était là et son chagrin était aussi grand que le mien. Il a dit aux journalistes cette journée-là : “Quand on perd un ami, on meurt un peu avec lui”, et j’ai longtemps eu cette phrase en tête. Et je me suis demandé longtemps si je n’étais pas morte un peu, moi aussi. Maman lui téléphonait souvent pour lui parler de ma peine et il lui disait “Laisse-la faire. Elle a besoin de vivre sa peine. Et après elle ira mieux.” Il avait raison. »

— Avec la collaboration de Josée Lapointe, La Presse

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