Véhicules électriques et escapades routières

Les escapades routières font partie de la culture nord-américaine et en particulier de celle des personnes qui ont grandi dans les années 1960 et 1970, avant la banalisation des voyages en avion.

Beaucoup d’entre nous qui vivons aux États-Unis et au Canada avons le souvenir de séjours en camping, de vacances de ski ou encore de voyages à la Kerouac placés sous le signe de la découverte. La culture de la voiture est née en Amérique du Nord, et les longues escapades routières font encore partie de la vie de nombre d’entre nous, qui profitons souvent des vacances d’été pour prendre la route.

La fin de la pandémie que nous avons connue s’accompagne d’une furieuse envie de voyager. Pourtant, notre désir de jouir d’une liberté de mouvement retrouvée se heurte à une urgence climatique de plus en plus grande, à laquelle nos habitudes de conduite ne sont pas étrangères.

S’ajoute à cela l’explosion des prix de l’essence, même si elle ne semble pour l’heure guère avoir conduit les gens à réfréner leurs envies de partir ou à y renoncer. Les véhicules électriques apportent cela dit une réponse aux deux problèmes précités.

Ayant parcouru en voiture l’ensemble du continent pendant plus de 40 ans, les longues escapades routières font partie de mon ADN. Heureusement, en tant que propriétaire d’une Hyundai Kona 2021 électrique, les questions d’empreinte carbone et le coût astronomique de l’essence ne me concernent plus autant qu’avant. Au cours d’un récent périple qui m’a conduit de chez moi, au Québec, jusqu’à Terre-Neuve – 3544 km aller-retour –, je me suis surpris à me transformer en une sorte de chantre des vertus des véhicules électriques.

Les stations de recharge de véhicules électriques étant souvent situées à proximité de stations-service ou sur des aires publiques, on me posait des questions pratiquement chaque fois que je m’y arrêtais. Quelle est l’autonomie d’un véhicule électrique ? (Environ 400 km.) Chute-t-elle en hiver ? (Oui, d’environ 25 % là où je vis, où les -20 °C sont fréquents.) Combien coûte une recharge ? (De 10 à 15 $ CAN, soit 8 à 12 $ US, à partir d’une borne publique rapide, mais à peine 1 $ en cas de recharge chez soi.) Combien de temps demande une recharge ? Comment repérez-vous les stations de recharge ? (Au moyen de trois applications, que j’utilise aussi pour payer les recharges.) Doit-on restreindre ses déplacements en l’absence de station de recharge dans les environs ? Que pensez-vous des véhicules hybrides ? (Passer de deux paquets de cigarettes par jour à un seul est une bonne chose, non ? ) Certaines personnes ont tenté de me défier en me lançant, par exemple : « Sans les rabais gouvernementaux, les véhicules électriques ne seraient économiquement pas viables. » (Le secteur pétrolier est lui aussi massivement subventionné par les gouvernements. Supprimons ces subventions, et voyons s’il restera économiquement viable !)

L’information au sujet des véhicules électriques circule, mais reste souvent vague et inexacte. Une escapade routière en véhicule électrique peut encore aujourd’hui poser quelques problèmes.

Il y a 20 ans, quand je vivais en Floride, je roulais souvent 48 heures d’affilée pour me rendre à Québec. Je ne pourrais pas le faire avec mon véhicule électrique, et je n’en aurais d’ailleurs pas envie. J’ai la chance de vivre au Québec, qui, comme sur beaucoup d’autres plans, est très en avance sur le reste de l’Amérique du Nord en matière de financement du passage à l’électrique : rabais gouvernemental de 13 000 $ à l’achat d’un véhicule neuf, plus 600 $ pour l’installation d’une borne de recharge à domicile. Il existe des stations de recharge partout au Québec, même dans les petites villes. La province en comptait environ 7000 selon les dernières données, et de nouvelles surgissent chaque semaine.

La situation est totalement différente à Terre-Neuve, lieu de notre récente escapade en famille. Nous avions voulu nous y rendre l’été dernier, mais la province ne comptait alors pas la moindre station de recharge rapide. Elle en compte maintenant 14, réparties le long de la Transcanadienne. Et grâce à l’application PlugShare, nous avons même découvert des endroits proposant des recharges gratuites, comme les centres d’accueil des parcs nationaux et un certain nombre de concessionnaires automobiles. Les nuits où nous dormions dans un endroit loué par l’entremise d’Airbnb, nous rechargions la voiture à partir d’une prise électrique extérieure ordinaire.

Il est exact qu’une escapade routière en véhicule électrique exige encore certains calculs. Il faut faire une halte toutes les quelques heures pour recharger, mais est-ce une mauvaise chose ? C’est un bien petit sacrifice en comparaison de l’ampleur des dommages environnementaux causés par les véhicules à essence. D’ici quelques années, tout le monde roulera en véhicule électrique et considérera la longue période de dépendance de notre société au pétrole comme une ère de barbarie inutilement destructrice. À chacun maintenant de se demander s’il préfère faire dès aujourd’hui le saut vers l’inévitable passage à l’électrique… ou rester à la traîne.

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