Festival Lasso

Une nouvelle vitrine pour un country renouvelé

Combien d’artistes invités au festival Lasso portent un chapeau de cowboy sur leur photo officielle ? Zéro. On compte quatre casquettes et deux tuques, les autres ont les cheveux au vent. Ce n’est pas un détail, mais le signe qu’on n’a plus la musique country qu’on avait. Plus pop, parfois mêlée à des éléments de soul, de R & B et même de rap, elle se diversifie et s’attire de nouvelles oreilles.

Ce n’est pas d’hier qu’un trait d’union rapproche les étiquettes « country » et « pop ». On pourrait remonter jusqu’à Chet Atkins et au Nashville Sound des années 1950. Sans aller aussi loin, il suffit de songer aux succès phénoménaux de Garth Brooks et de Shania Twain dans les années 1990 pour se rappeler que les disques country servis par des refrains accrocheurs et une sensibilité pop n’ont aucun mal à séduire un très vaste auditoire.

Lasso, qui sera présenté les 12 et 13 août au parc Jean-Drapeau après avoir été repoussé deux fois à cause de la pandémie, fait justement le pari d’attirer des milliers de personnes en misant sur la frange la plus accessible et commerciale de la musique country nord-américaine. Ses têtes d’affiche, Dierks Bentley et Luke Bryan, sont des vedettes du genre dont les dizaines et dizaines de millions d’écoutes sur une plateforme comme Spotify se comparent à celles des stars de la pop.

« Convaincre des artistes country de venir jouer à Montréal n’a jamais été facile parce qu’il n’y a pas de CKOI du country ici », explique Nick Farkas, vice-président programmation, concerts et évènements chez evenko. Son équipe elle-même n’avait pas conscience de l’attrait qu’exerce ce genre musical au Québec avant de programmer un concert de Luke Bryan, dont les places se sont envolées en l’espace d’un week-end il y a environ six ans. Ces résultats ont causé la surprise chez le promoteur.

« On a commencé à faire plus de recherches et on a réalisé que Montréal était le deuxième marché en importance au Canada pour le streaming de musique country, derrière Toronto, ce qui nous a aussi surpris. »

— Nick Farkas, vice-président programmation, concerts et évènements chez evenko

Il y avait là un marché à exploiter, ce que le promoteur souhaite faire en offrant aux amateurs du genre une expérience de festival semblable à celle qu’il propose dans le cadre d’Osheaga, Heavy MTL ou Île Soniq.

Un attrait grandissant

Peu présente dans les médias traditionnels, la musique country fait son chemin sur les plateformes de diffusion en continu et sur des antennes de moins grande portée, qui constatent l’engouement indéniable pour le genre. Ce qui fait que le moment est idéal pour lancer un festival comme Lasso, selon Dany Côté, directeur musical de la chaîne Hit Country. « Il y a une demande en progression », assure aussi Gabriel Marineau, qui anime depuis huit ans La zone New Country à WKND 99,5 FM.

« C’est une musique qui se chante bien. Même si on n’est pas anglophone, on comprend les paroles et les refrains sont accrocheurs au possible », ajoute-t-il, précisant que les propos trouvent facilement écho dans le quotidien.

« Les thèmes de la musique country, c’est de garder les choses simples, de passer du bon temps en famille et entre amis, de profiter de la vie au maximum, des chansons d’amour. »

— Gabriel Marineau animateur de La zone New Country

L’attrait nouveau de la musique country tient aussi au fait que la pop s’est éloignée du folk et du rock, selon Nick Farkas. « Le country s’est rapproché de la pop, mais il a gardé les guitares », observe-t-il. Ceux qui apprécient une instrumentation basée sur la six-cordes se retrouvent probablement davantage chez Riley Green que chez Dua Lipa.

Dany Côté croit par ailleurs que la variété des sonorités mise de l’avant dans la musique country d’aujourd’hui contribue beaucoup à son rayonnement. « Le côté pop et même hip-hop vient chercher les jeunes, dit-il. La musique country n’est plus ce qu’elle était, c’est-à-dire des chansons nasillardes. Les artistes évoluent beaucoup musicalement. » Lasso fait d’ailleurs largement écho à cette diversité. Si les Dierks Bentley et Luke Bryan restent davantage dans les sentiers balisés de la country pop, d’autres comme Breland, Lily Rose ou Sacha empruntent volontiers à la soul, au R & B ou au rap.

Un univers qui s’ouvre

La transformation de l’univers country n’est pas que musicale, elle est aussi sociale. Lasso présente Lily Rose, une rare artiste ouvertement homosexuelle dans ce milieu souvent perçu comme très conservateur. « On veut mettre de l’avant des femmes et des artistes country issus de la diversité », précise Audray Johnson, coordonnatrice à la programmation.

« Il y a un stéréotype assez lourd qui suit le country : le redneck du sud des États-Unis. Je pense que c’est de moins en moins ça. »

— Audray Johnson, coordonnatrice à la programmation de Lasso

Nick Farkas ajoute qu’il n’était pas question de faire un festival avec juste des hommes coiffés d’un chapeau de cowboy ou d’une casquette. « On voulait faire partie de cette vague de changement et d’inclusion », dit-il. Ce ne sont pas des paroles en l’air puisque Lasso propose une affiche paritaire : la moitié des 30 spectacles seront offerts par des femmes ou un duo au sein duquel se trouve une femme.

« Il y a toujours des références aux valeurs traditionnelles dans le country, mais moins qu’avant. Je pense que le new country s’adresse plus que jamais à une foule urbaine, insiste Gabriel Marineau. Ça rejoint une nouvelle génération qui ne s’identifie plus à l’église et qui est, disons, plus ouverte d’esprit et sur le monde. »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.