Tournée canadienne de Notre-Dame de Paris

L’œuvre vue par quatre vétérans

Ils avaient tous les quatre une belle carrière lorsqu’on leur a proposé, voilà près de 25 ans, de plonger dans l’aventure de Notre-Dame de Paris. En marge de la nouvelle tournée du spectacle musical, Daniel Lavoie, Bruno Pelletier, Gilles Maheu et Robert Marien nous disent ce que Notre-Dame a changé dans leur vie.

Bruno Pelletier

Bruno Pelletier a créé le rôle de Gringoire le 16 septembre 1998, en France. Le chanteur reprend du service ces jours-ci après une longue pause pour la nouvelle tournée canadienne.

« Ce spectacle a tout changé. J’avais 35 ans quand j’ai décroché le rôle. Ma carrière était déjà bien amorcée, avec trois albums, dont Miserere [1997] qui allait fort bien, merci. Mais l’explosion Notre-Dame de Paris a eu un impact tant sur la carrière de l’interprète de Gringoire que sur celle du chanteur solo. Un quart de siècle plus tard, ce qui est le plus difficile, c’est le cardio, parce que… je retrouve mon personnage 20 ans plus tard. Gringoire courait beaucoup sur la scène jadis ; je vais courir un peu moins et respirer plus souvent cet été. Ce sera un Gringoire plus vieux, avec des cheveux blancs, que le public va voir. De plus, je me fais un beau cadeau de fête en reprenant Gringoire. Car je vais avoir 60 ans durant la tournée [le 7 août]. »

Daniel Lavoie

Daniel Lavoie a créé le rôle de Frollo au Palais des congrès de Paris, en 1998. L’interprète était de la grande première new-yorkaise, le 14 juillet dernier.

« Ce que Notre-Dame de Paris a changé dans ma carrière ? Je vais répondre comme Bruno : Tout ! Tu ne peux pas passer à travers la folie d’un spectacle comme NDP sans être transformé. Le spectacle m’a donné des admirateurs partout sur la planète. Ce que je n’avais jamais eu. En 1998, j’étais rendu à une période de ma vie où je ne savais pas trop où je m’en allais. J’avais besoin de sortir de ma zone de confort, et pas juste vivre pour sortir un disque tous les deux, trois ans. Aujourd’hui, à 73 ans, je suis en pleine forme pour reprendre ce rôle ; j’escalade tout de même un mur ! Et j’arrive à un âge où il faut commencer à prier un peu », blague l’interprète du prêtre amoureux d’Esmeralda.

Gilles Maheu

Après avoir créé des spectacles-phares avec sa compagnie Carbone 14 (Le rail, Le dortoir), le metteur en scène Gilles Maheu a signé la création de NDP en septembre 1998. Il suit depuis la production à travers le monde.

« Contrairement à ce que pensent les mauvaises langues, ce n’est pas pour l’argent que j’ai dit oui à Luc [Plamondon] pour faire Notre-Dame. À la fin des années 1990. j’avais de plus en plus de difficulté à créer mes pièces, très intimes et personnelles, avec Carbone 14. J’avais l’impression d’avoir fait le tour de mon jardin. J’ai senti le besoin de découvrir un autre monde. Et ce sont deux mondes très différents, celui de l’avant-garde théâtrale et des vedettes de la chanson. Mais au fond, j’ai aussi un côté populaire et je viens d’un milieu très populaire. Bien sûr, j’ai aussi embarqué pour la puissance des harmonies de Richard [Cocciante] et parce que je faisais confiance à Luc, à sa culture générale, pas juste musicale, qui est énorme ! Puis c’est devenu un énorme succès ! Or, même si le show avait été un flop, je ne suis pas sûr que je serais resté avec Carbone 14… »

Robert Marien

Robert Marien s’est joint à la distribution de NDP peu après la création en 1999. Il a joué Frollo en alternance, en anglais et en français, plus de 750 fois dans le monde. Depuis 2016, le comédien est aussi superviseur artistique du spectacle en tournée.

« Si Les Misérables m’a permis de percer le monde du théâtre musical, à Londres et New York, Notre-Dame de Paris m’a ouvert les portes de l’Asie. Et il y a un énorme marché pour les comédies musicales en Asie ; Séoul, c’est le Broadway asiatique. J’ai monté le spectacle en coréen avec deux troupes différentes avec un interprète. Quand on fait des adaptations en langue étrangère (je l’ai même monté en kazakh), le spectacle est pareil, mais chaque troupe apporte un peu son âme culturelle. Les personnages de Victor Hugo sont bien sûr universels. Je reviens toujours à Notre-Dame parce que je carbure au théâtre musical. Mon rêve, c’est de voir à Montréal un théâtre permanent avec une saison complète de comédies musicales. Parce qu’il y a le talent et la relève au Québec. Mais on est dans une “craque”, entre le théâtre et les variétés. Pour avoir des subventions, on tombe entre les deux. »

La tournée canadienne de NDP

Notre-Dame de Paris est actuellement en tournée au Canada. Le spectacle sera présenté entre autres à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, du 10 au 20 août.

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