Crise dans les urgences

Christian Dubé veut augmenter la capacité aux étages

Québec — Christian Dubé demande à ses équipes d’évaluer une nouvelle recommandation venant de sa cellule de crise qui forcerait les étages d’un établissement de santé à augmenter leur capacité d’hospitalisation pour répartir la pression lorsque les urgences sont engorgées.

Le ministre de la Santé estime qu’il s’agit d’une « excellente recommandation » qui ne peut cependant être mise en application en « criant ciseau ». M. Dubé a confirmé mercredi avoir demandé au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) d’évaluer rapidement la « praticabilité » de cette mesure, alors que « le débat est toujours entre les urgences et les chirurgies », a-t-il expliqué.

« C’est une question de jours, il faut aussi s’assurer que les recommandations qui sont faites sont applicables et appliquées correctement », a indiqué M. Dubé à son arrivée à la réunion du Conseil des ministres, mercredi. Le ministre réagissait aux informations du 98,5 FM qui rapportait mercredi que la cellule de crise avait recommandé que, lorsque les urgences d’un établissement sont à 150 % de leur capacité, les étages soient obligés de prendre plus de patients.

« On [parle de] cellule de crise dans les urgences, c’est de la vie des gens [qu’on parle]. Quand il y a des recommandations comme celle que j’ai entendue ce matin, et que je trouve très intéressante, je veux juste m’assurer qu’on mette ça dans le public quand tout le monde [sera] d’accord. »

— Christian Dubé, ministre de la Santé

Le MSSS n’a pu fournir mercredi à La Presse le détail de la mesure proposée.

Efficacité critiquée

Le ministre de la Santé a défendu l’efficacité de sa cellule de crise mercredi, après avoir été accusé par Québec solidaire d’être « déconnecté du réseau ». Le gouvernement Legault a créé il y a un mois une cellule de crise pour trouver des solutions afin de désengorger les urgences, principalement celles du Grand Montréal, qui croulent sous les patients. Selon Québec solidaire, les résultats se font toujours attendre sur le terrain.

« Sur le terrain, les infirmières disent ne pas être écoutées, et elles sont au cœur de la crise », a déploré le porte-parole solidaire en matière de santé, Vincent Marissal. « M. Dubé devrait écouter pour vrai, ça veut dire aussi écouter l’opposition. Je lui ai envoyé une lettre pour le féliciter d’avoir été renommé à la Santé, je lui ai annoncé que j’étais toujours là, et je lui ai demandé, ça fait presque un mois, une rencontre pour être capable de parler de la situation. Je n’ai même pas eu d’accusé de réception », a ajouté le député de Rosemont.

De son côté, le premier ministre François Legault a soutenu que « tout le monde fait son possible », rappelant que le réseau doit composer avec une pénurie d’infirmières.

Des indicatifs à la baisse

La durée moyenne d’attente sur civière aux urgences est toujours de 18 heures, comme lors de la création de la cellule de crise, alors que la cible est de 14 heures. La proportion des patients qui occupent des civières mais qui ne requièrent plus de soins aux urgences est en revanche en baisse, à 12,14 %. À la mi-septembre, cette proportion était de 13,90 %, selon le tableau de bord du MSSS.

Le taux d’occupation aux urgences a aussi diminué depuis un mois à l’échelle du Québec pour atteindre environ 114 %. Ce taux tournait autour de 125 % à la mi-octobre.

Reste que les urgences d’hôpitaux du Grand Montréal demeurent très sollicitées. Au Centre hospitalier de St. Mary, le taux d’occupation est de 173 %, selon le site Index Santé. Il est de 190 % à l’Hôpital général du Lakeshore.

La situation est d’autant plus préoccupante qu’il y a actuellement une crise dans les urgences pour enfants en raison de la forte circulation de virus respiratoires. La Presse rapportait mercredi que plus de 150 000 enfants sont absents de l’école en ce moment.

C’est plus que lors de la vague Omicron qui a fortement secoué le Québec à l’hiver 2022. Le nouveau ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, n’a pas voulu répondre aux questions des journalistes sur la situation à son arrivée à la réunion du Conseil des ministres. M. Drainville n’a participé à aucune mêlée de presse depuis le lendemain de sa nomination. Il a simplement dirigé les journalistes vers la Santé publique et dit suivre ses recommandations.

Le gouvernement Legault a présenté jusqu’à présent des mesures pour désengorger les urgences comme la création de deux cliniques d’infirmières praticiennes spécialisées à Montréal, l’achat de lits à l’extérieur du réseau et un retour de la ligne « Un appel, un service », par le 811, pour les soins pédiatriques. La semaine dernière, il a aussi annoncé la création d’une équipe de fluidité hospitalière.

— Avec la collaboration de Charles Lecavalier, La Presse

Ottawa lance un appel à la vaccination des enfants

Au moment où plusieurs virus respiratoires provoquent un débordement dans les urgences pédiatriques, la Santé publique canadienne s’inquiète de la baisse de la couverture vaccinale contre la rougeole et la polio. Le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, a visité une garderie d’Ottawa mercredi afin d’encourager les parents à travers le pays à faire vacciner leurs enfants. « La vaccination a fait une grande différence contre la COVID-19 et elle est particulièrement importante présentement, alors que les enfants sont touchés par plusieurs virus respiratoires et les hôpitaux pédiatriques sont submergés. C’est le temps de se faire vacciner », a-t-il plaidé. La Santé publique canadienne note que la majorité des Canadiens a reçu le vaccin contre la COVID-19, mais que ce n’est pas le cas chez les plus jeunes. Au Québec, par exemple, moins de 6 % des moins de 5 ans ont reçu une dose de vaccin contre la COVID-19, selon les données du ministère de la Santé.

— Pierre-André Normandin, La Presse

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