Caresses magiques

Décomplexer la masturbation

Après avoir décomplexé le clitoris, Lori Malépart-Traversy s’attaque à la masturbation avec Caresses magiques, une série animée composée de cinq courts métrages, en vue d’informer, de démystifier et de libérer enfin les femmes d’un tabou qui a assez duré. Le tout en douceur et avec le sourire (même un brin de pudeur).

Le premier épisode de la série, produite par l’ONF (Masturbation : la petite histoire d’un grand tabou), est aussi présenté cette semaine en première mondiale et en compétition officielle, dans le cadre des 20es Sommets du cinéma d’animation, à Montréal.

Ce dernier, le plus didactique des cinq, propose, en moins de quatre minutes, un habile survol historique de la construction de ce solide tabou : de la préhistoire (où l’on se masturbait « en toute tranquillité ») à la répression (avec la publication de l’Onanisme, recueil dénonçant les soi-disant dangers associés aux plaisirs solitaires), sans oublier les inventions prétendument vertueuses de Kellogg et Graham (pour qui les aliments trop goûteux risquaient d’encourager l’« auto-érotisme », ça ne s’invente pas).

Si l’on reconnaît de nos jours son importance (en matière de réduction du stress, connaissance de soi, libido), reste que la masturbation est encore loin d’être décomplexée, conclut d’ailleurs l’épisode, aussi succinct que complet (avec sa créatrice à la narration) : « Quand serons-nous enfin libérés du tabou de la masturbation ? »

« L’animation se prête bien aux sujets entourant la sexualité, commente Lori Malépart-Traversy, rencontrée lundi dans les nouveaux locaux de l’ONF au centre-ville. Je pense que les gens sont moins intimidés quand on aborde ces sujets avec des personnages, des dessins, des couleurs. Cela permet d’amener ça de façon beaucoup plus ludique. »

Fou, effectivement, ce que deux petits doigts qui dansent peuvent évoquer… Et la réalisatrice peut en témoigner : son premier court métrage animé, un travail universitaire sur le thème du clitoris (2016), a été vu à ce jour près de 13 millions de fois, toutes plateformes confondues.

Les quatre autres épisodes de la série (Big Bang, Cuir désir, Doux Jésus et Poisson turquoise) sont quant à eux directement inspirés du livre éponyme (Caresses magiques, autoédité en 2015), collection de témoignages intimes sur la sexualité féminine, recueillis à l’époque à l’invitation de Sara Hébert et Sarah Gagnon-Piché (à qui l’on doit la balado Les préliminettes) et de leur complice, l’illustratrice Sophie Bédard. Leur mission ? La démystification, un objectif qui rejoint directement celui de Lori Malépart-Traversy, on l’aura compris.

La réalisatrice, pour sa série, a donc sélectionné quatre récits du livre (après validation auprès d’une sexologue, pour s’assurer de la représentativité des sujets choisis) pour les raconter en dessins animés. Mieux : en dessins animés narrés par les principales intéressées (parmi lesquelles Sarah Gagnon-Piché). Aux récits (au « je ») de sexualité précoce ou au contraire plus tardive, se superposent ainsi les dessins naïfs de poissons, de sirènes, d’huîtres ou carrément de petits jouets coquins.

Si le ton est léger et les dessins font sourire, plusieurs thèmes sérieux sont abordés au passage. Pensez : vaginisme, fantasme, porno, religion et, bien sûr, honte. Sujet omniprésent s’il en est. « Elle a pris très bien soin de mon histoire intime, pour en faire quelque chose de magnifié, quelque chose d’universel », se félicite d’ailleurs, et avec émotion, Sarah Gagnon-Piché. « Je suis vraiment fière de nous… et d’elle ! »

« Moi je voulais me servir de tout ça pour décomplexer la masturbation, reprend Lori Malépart-Traversy. C’est important que le message soit positif. » Qu’on se le dise : « C’est correct de se masturber… ou pas ! », conclut-elle en riant.

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