Avenir du Parti québécois

« La bataille de toutes les batailles »

Absente à l’est de Rivière-du-Loup, la Coalition avenir Québec veut profiter de la faiblesse du Parti québécois pour faire des gains lors des élections du 3 octobre prochain. Mais la formation de René Lévesque n’a pas dit son dernier mot. Elle mènera « la bataille de toutes les batailles » pour assurer sa survie. La Presse s'est rendue en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent pour prendre le pouls.

« Le dernier bastion »

Paspébiac — « L’Est-du-Québec et la Gaspésie ont peut-être ça entre les mains. »

« Ça », c’est l’avenir du Parti québécois.

Le candidat dans Bonaventure Alexis Deschênes ne vit pas d’illusions : « Objectivement, quand on regarde le contexte, ça n’a jamais été aussi difficile. » L’ex-journaliste devenu avocat de l’aide juridique sait que le défi qui attend sa formation politique est colossal : « C’est la bataille de toutes les batailles. »

Le Gaspésien se tient devant une cinquantaine de militants réunis pour un « souper homard » dans une petite salle communautaire de Paspébiac, à deux pas du village de New Carlisle, qui a vu naître René Lévesque.

« [Ceux] qui veulent mettre fin à la vie du Parti québécois, ils devront nous passer sur le corps et vous allez m’entendre crier jusqu’à la fin », lance-t-il avec fougue.

« On va tout donner. »

Plus que jamais, les espoirs du PQ se concentrent à l’est de la province avec les départs de Véronique Hivon (Joliette) et de Sylvain Gaudreault (Jonquière). Tout le territoire à l’est de Rivière-du-Loup, de Rimouski aux Îles-de-la-Madeleine en passant par Gaspé et Paspébiac, a été peint en bleu en 2018. Ça vaut aussi pour la Côte-Nord.

Mais alors que les sondages le placent dans un creux historique avec 8 % des intentions de vote, que restera-t-il du Parti québécois le 3 octobre ?

La mort du PQ est de plus en plus évoquée par les observateurs politiques. Le site Québec125, un modèle statistique de projections électorales basé sur les sondages et les tendances, donne un seul siège à la formation, dans Matane–Matapédia, château fort de Pascal Bérubé. « Je le sais que c’est une possibilité », assume Alexis Deschênes en entrevue.

« Ici, on le sent, on est forts encore, mais on est le dernier bastion. »

— Alexis Deschênes

La Coalition avenir Québec (CAQ) fourbit d’ailleurs ses armes pour ravir les forteresses péquistes en difficulté. La formation de François Legault a confirmé mercredi la candidature du maire de Baie-Comeau, Yves Montigny, dans René-Lévesque où le député actuel, Martin Ouellet, ne sollicite pas de nouveau mandat.

Aux Îles-de-la-Madeleine, la CAQ envoie le maire Jonathan Lapierre croiser le fer avec Joël Arseneau, qui avait remporté les élections par 15 voix en 2018. Selon les projections de Québec125, une vague caquiste pourrait déferler partout sur la péninsule gaspésienne et évincer le PQ de la Côte-Nord.

Les nouvelles des dernières semaines n’ont rien eu pour aider : le coup de filet de la CAQ qui a recruté l’ex-ministre péquiste Bernard Drainville et les durs propos de l’ex-premier ministre Lucien Bouchard qui a remis en question « le véhicule » du Parti québécois pour faire la souveraineté.

Qu’à cela ne tienne, Alexis Deschênes ne veut pas rester sur les lignes de côté. « Je ne peux pas être un gérant d’estrade au moment où on nous annonce la mort du parti de René Lévesque », argue celui qui a été défait sous la bannière péquiste en 2014 dans Trois-Rivières.

Celui qui est revenu s’établir dans sa Gaspésie natale prend le pari de garder dans le giron du Parti québécois la circonscription de Bonaventure, laissée vacante avec le départ de Sylvain Roy qui a quitté la formation il y a un an en invoquant une rupture du « lien de confiance » avec le nouveau chef Paul St-Pierre Plamondon.

Sylvain Roy, qui a siégé ensuite comme indépendant, n’a pas encore fait le point sur son avenir politique.

Bérubé au front, le Bloc en renfort

Signe de l’importance de l’Est pour l’avenir de la formation politique, le député de Matane–Matapédia, Pascal Bérubé, ne ménagera pas les efforts alors qu’il fera campagne au Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie et sur la Côte-Nord. Il ira à Sept-Îles (Duplessis) prochainement où il tente de trouver un successeur à Lorraine Richard.

Fait surprenant, René-Lévesque et Duplessis, deux forteresses péquistes, n’ont toujours personne sur les rangs pour défendre les couleurs du PQ. Le comédien Mario Saint-Amand, récemment établi à Sept-Îles, a été pressenti, mais sa candidature a été écartée.

« Je vais m’engager dans la campagne […]. Je vais le faire pour mes voisins immédiats : Alexis Deschênes, Méganne Perry Mélançon (Gaspé) et Samuel Ouellet (Rimouski) », assure l’ex-chef intérimaire du PQ dans une longue entrevue à La Presse.

« Je vais suivre les chiffres de pointage, on va coordonner des sorties médiatiques », énumère M. Bérubé. « Par exemple, si j’ai des téléphonistes qui ont atteint leurs objectifs à Matane en une journée, bien je les déploie dans un autre comté. J’ai une banque de militants parce que ça va être très décentralisé », ajoute-t-il.

Il promet d’être omniprésent dans la région et de prendre le téléphone « sans arrêt » pour joindre les électeurs.

Le Bloc québécois viendra aussi prêter main-forte au Parti québécois, comme l’a confirmé Yves-François Blanchet au dernier congrès de la formation. Les militants des circonscriptions bloquistes aideront notamment les équipes locales du PQ.

Vers une énième reconstruction ?

De retour à Paspébiac, les discussions vont bon train autour d’un bon homard et d’un verre de blanc. Des militants soufflent même qu’Alexis Deschênes pourrait bien être le prochain chef du Parti québécois. « Il a un leadership naturel et pourrait mener le Québec vers l’indépendance », dit l’un d’eux.

« Ce gars-là, si le Parti québécois se reconstruit, je dis bien si parce que ce n’est pas gagné, il va faire partie de la reconstruction, c’est important de l’envoyer à Québec », lance l’organisateur de campagne, Benoit Cayouette.

Le principal intéressé garde la tête froide : « Je ne sais pas si je serai élu, je ne sais pas combien on sera, mais, si je suis élu avec un certain nombre de députés […], on va avoir un noyau dur à partir duquel, oui, on va pouvoir reconstruire », admet le père de trois adolescents.

« C’est Félix Leclerc qui chantait que le cri qui va réveiller la nation va venir de la Gaspésie. C’est ce que je souhaite. »

7

Nombre de députés du Parti québécois à la dissolution de la Chambre

35 000

Nombre de membres du Parti québécois

Source : Parti québécois

Rimouski la convoitée

Laissée vacante par Harold LeBel, la circonscription de Rimouski clignote sur l’écran radar de la Coalition avenir Québec (CAQ) et de Québec solidaire (QS). Le départ de l’ex-député vedette du Parti québécois, exclu du caucus en raison d’accusations d’agression sexuelle, ouvre une brèche que les adversaires ne voudront pas laisser passer. Et la lutte est bel et bien engagée.

La CAQ veut s'étendre

La CAQ veut étendre ses tentacules à l’est de Rivière-du-Loup. La candidature de Maïté Blanchette Vézina a été confirmée au printemps pour qu’elle se mette rapidement au travail sur le terrain. De l’aveu même de la recrue, la formation de François Legault voulait sceller l’entente l’été dernier. « Je n’étais pas prête », affirme l’avocate de formation, assise sur une table à pique-nique dans la cour des Écuries du Pont d’or de Saint-Fabien.

C’est le Jour du cheval. Les activités sociales se succéderont pour la mère de deux jeunes enfants en ce samedi frisquet. « Ah, le nom me disait quelque chose », lance une femme en lui serrant la main. « Moi, c’est sûr que je revote pour [Legault], il a fait une belle job pendant la pandémie », manifeste un autre participant.

Maïté Blanchette Vézina a démissionné de son poste à la direction de Centraide Bas-Saint-Laurent pour faire le saut en politique. Celle qui a été mairesse de Sainte-Luce de 2017 à 2021 affirme par ailleurs avoir eu « des demandes » pour défendre les couleurs d’autres formations politiques, au fédéral et au provincial.

Lors de son arrivée à la CAQ, Pascal Bérubé a révélé qu’elle lui avait demandé en février 2020 s’il quittait la vie politique dans le souhait de lui succéder dans Matane–Matapédia, où se situe Sainte-Luce. « J’avais lancé ça à la boutade », assure-t-elle aujourd’hui, déplorant « ce genre de politique là ».

« Je ne me retrouvais pas dans les partis traditionnels, je cherchais un peu ma place », ajoute la caquiste. Nous la rencontrons le premier samedi de juin. La veille, la fuite sur l’arrivée de Bernard Drainville à la CAQ a provoqué un séisme politique. Même à Rimouski, la nouvelle est sur toutes les lèvres.

« Je viens d’une famille de péquistes », dit la femme de 34 ans, qui ne se qualifie pas personnellement de souverainiste. « Je n’ai pas connu les référendums, je n’ai pas cet attachement-là […]. Je suis nationaliste. »

« [Ma famille] a migré, je les ai convaincus, poursuit-elle. Oui, il y a une forte tradition péquiste ici, mais qui n’est pas aussi forte, en tout cas, c’est ce que je perçois. […] Il y a beaucoup d’indécis qui migrent vers la Coalition avenir Québec. »

QS espère une percée

Vendredi après-midi. Le temps est à la pluie. Carol-Ann Kack fait le tour des tables de l’aire de restauration du Carrefour Rimouski.

La candidate de Québec solidaire s’active afin d’obtenir la signature d’au moins 100 électeurs inscrits sur la liste électorale de Rimouski. « On a travaillé fort, les gars ! », lance-t-elle avec énergie à deux retraités qu’elle parvient à convaincre. « Le chèque de 500 $ promis après l’élection par Legault, j’ai trouvé ça ordinaire », souffle l’un d’entre eux.

QS ne s’en cache pas, il mise sur Rimouski, une « ville étudiante », pour faire un gain et obtenir plus de 10 députés au 3 octobre. Le chef parlementaire Gabriel Nadeau-Dubois a promis « une équipe du tonnerre dans le Bas-Saint-Laurent » alors qu’il veut avoir « la meilleure équipe de [son] histoire » sur les rangs.

Carol-Ann Kack était des blocs de départ en 2018 où elle a pris le troisième rang. « L’expérience a été pour moi très révélatrice des compétences et des forces que j’avais pour pouvoir le faire et, donc, depuis quatre ans, j’ai continué à être porte-parole de Québec solidaire dans Rimouski, j’ai continué à avoir une tribune », exprime-t-elle.

« Moi, depuis quatre ans, je suis en préparation », ajoute la femme de 31 ans. Elle dit par ailleurs voir le changement. « Depuis 2018, Québec solidaire n’est plus considéré comme un parti marginal. Les gens ne se demandent pas “c’est quoi, ça ?”, ils nous connaissent », explique la psychoéducatrice.

QS est particulièrement actif sur les campus, ce qui lui avait permis de faire des gains en 2018 dans Sherbrooke par exemple. Une association étudiante de Québec solidaire a d’ailleurs été créée après les dernières élections à l’Université du Québec à Rimouski. Carol-Ann Kack remarque que la mobilisation a aussi gagné les cégeps, ce qui n’était pas le cas il y a quatre ans.

PQ : conserver ses acquis

Dans le giron du Parti québécois depuis près de 30 ans, Rimouski est une forteresse que les péquistes veulent à tout prix défendre. Les militants, à l’issue d’une investiture à deux, ont choisi un candidat de la garde rapprochée d’Harold LeBel, celui qui a été son attaché politique de 2017 à 2021 : Samuel Ouellet.

Attablé chez Germaine, une sympathique buvette en plein cœur du centre-ville, le jeune père de famille admet être animé par « le besoin de servir [sa] communauté ». Il voue aussi un attachement à la ruralité alors que Rimouski compte sur son territoire un chapelet de petites municipalités.

Une passion qu’il a eue en évoluant aux côtés d’Harold LeBel, maintenant député indépendant. « La proximité, l’écoute » lui viennent en tête lorsqu’on lui demande ce qu’il retient de l’élu qui quittera la vie politique à la fin de son mandat, en attente de son procès. Il n’estime pas que la situation le désavantage, les forces péquistes étant toujours vives à Rimouski, dit-il.

« La transition se fait tranquillement. J’ai quand même accompagné M. LeBel pendant plusieurs années sur le terrain, les gens me connaissent […], je pense qu’ils comprennent que ce sont aussi des dossiers différents », explique celui qui a aussi un parcours d’entrepreneur. Il vient d’ailleurs de vendre le journal Le Soir, acquis en 2021.

Âgé de 27 ans, le jeune politicien espère bien ajouter son nom à ceux de la « relève souverainiste de l’Est » avec les Méganne Perry Mélançon (Gaspé), Kristina Michaud et Maxime Blanchette-Joncas, deux députés bloquistes de la région. « On essaie de dire qu’on est juste des têtes grises alors que c’est complètement faux. »

Résultats électoraux 1er octobre 2018 (Rimouski)

Harold Lebel (PQ) : 43,92 %

Nancy Lévesque (CAQ) : 24,09 %

Carol-Ann Kack (QS) : 17,43 %

Claude Laroche (PLQ) : 13,33 %

Taux de participation : 70,25 %

Source : Élections Québec

Difficile pour le PLQ

Rimouski — Les bonnes vieilles luttes des rouges contre les bleus semblent de plus en plus révolues en Gaspésie alors que la table est mise pour un affrontement entre le Parti québécois et la Coalition avenir Québec. Les libéraux tardent à mettre des candidats sur les rangs, signe que le recrutement est difficile.

« Est-ce que c’est facile partout dans la région ? Non, évidemment », reconnaît la cheffe libérale, Dominique Anglade. Elle rentre d’une tournée de quatre jours en Gaspésie alors que nous l’attrapons sur le chemin du retour, à Rimouski. Un mois plus tôt, elle s’arrêtait aux Îles pour une deuxième fois en six mois.

« Il y a des endroits où ça peut être plus difficile que d’autres, il y a des endroits où les gens se manifestent, je n’ai pas d’annonce à faire présentement », indiquait-elle lors d’un entretien au Café des Halles de la populaire rue Saint-Germain. « Il y a des discussions qui sont terminées à toutes fins pratiques », ajoutait-elle.

Les libéraux ont finalement confirmé la candidature du directeur de l’Association des chasseurs de phoques intra-Québec, Gil Thériault, aux Îles-de-la-Madeleine.

Il s’agit du premier candidat confirmé pour les libéraux dans l’Est, qui n’ont encore personne sur les blocs de départ sur la Côte-Nord non plus. Dominique Anglade assure que des « gens sont intéressés », citant les circonscriptions de Gaspé, Bonaventure où il y a un « passé libéral ».

Dans Gaspé, Méganne Perry Mélançon l’avait emporté à l’arraché, avec 41 voix de plus sur son adversaire libéral, en 2018. Aux Îles, Joël Arseneau avait eu le dessus sur le candidat du PLQ avec seulement 15 voix. Dans Bonaventure, ancien fief de Nathalie Normandeau, les libéraux avaient terminé derrière Sylvain Roy.

« Je sens que les militants sont mobilisés sur le terrain, je pense que la question de la division [que veut semer François Legault] ressort ici aussi », illustre celle qui a accusé le premier ministre de « cultiver sciemment la méfiance » de l’autre.

Dominique Anglade souligne par ailleurs que la pandémie de la COVID-19 n’a pas aidé à se faire connaître. La fin de session a été marquée par son absence au Salon bleu alors qu’elle s’est rendue sur le terrain pour combler son déficit de notoriété.

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